Une demande de libération rejetée et la diffusion de vidéos de propagande: le procès de Rémy Daillet et de ses quatorze co-prévenus, poursuivis pour avoir fomenté un coup d'État et organisé l'enlèvement de la petite Mia au printemps 2021, s'est ouvert mardi pour trois semaines au tribunal correctionnel de Paris.
À nouveau détenu après avoir enfreint à plusieurs reprises son contrôle judiciaire, l'ancien youtubeur conspirationniste, aux lunettes dorées cerclées, a reconnu, lors de sa première prise de parole, une "escapade en Provence" cet été. Qui lui a valu de voir sa demande de libération rejetée.
Militaires, professeur de physique-chimie, intermittent du spectacle, coach sportif ou encore retraités, âgés de 28 à 74 ans, ont défilé à la barre avant que ne soient diffusées trois vidéos de propagande de leur ancien leader, appelant à "renverser le gouvernement".
Seul dans son box, Rémy Daillet-Wiedmann, 60 ans, est apparu comme absorbé par ses propres propos tournés en Malaisie où il s'était expatrié - avant d'en être expulsé en 2021 - pendant le confinement en 2020.
L'éphémère cadre du MoDem en Haute-Garonne prônait, sur sa chaîne aux 35.000 abonnés, l'instauration d'un "État fort" et le renversement du gouvernement, "pacifiquement ou avec effusion de sang".
Surfant sur la crise sanitaire et les colères des "gilets jaunes", il est soupçonné par l'accusation d'avoir structuré un réseau hiérarchisé clandestin d'ultradroite.
- "Pas bien d'être ici" -
Sa petite entreprise factieuse est sortie de la clandestinité en avril 2021 lorsqu'une fillette de 8 ans, Mia, est enlevée dans les Vosges à sa grand-mère, à laquelle elle avait été confiée en raison de graves négligences parentales.
Mia avait ensuite été remise à sa mère, Lola M., l'unique femme parmi les prévenus, qui doit être auditionnée jeudi.
"Pas bien d'être ici", la mère de Mia, épais chignon et allure longiligne, est jugée pour complicité de séquestration et soustraction d'un mineur par ascendant.
Lola M., la mère de la petite Mia, enlevée dans les Vosges en 2021, au palais de justice de Paris, le 15 septembre 2026
SIMON WOHLFAHRT - AFP
Le rapt de sa fille, retrouvée cinq jours plus tard dans un squat en Suisse, a servi d'entraînement à Rémy Daillet et ses troupes en vue du futur coup d'État codifié sous le nom "Azur".
L'organisation occulte s'articulait autour d'une branche civile, gérée par Adrien B., surnommé Booga, responsable de la propagande et du recrutement, et d'une branche militaire confiée successivement à d'anciens officiers: Francis M., candidat aux législatives en 2012 sous l'étiquette RN et antisémite notoire, puis Christophe M., colonel à la retraite désœuvré, et enfin Sylvain P., surnommé "Pitchoune", un pianiste et chanteur.
Parallèlement à l'opération "Azur", la structure gérait de façon cloisonnée plusieurs objectifs: attaques de loges maçonniques, "restitutions" d'enfants placés, prise de contrôle d'organes de presse.
Elle visait également des personnalités juives comme Jacques Attali, des responsables politiques comme Édouard Philippe, ainsi que des "gauchistes", journalistes et magistrats, sommés de "rendre des comptes au peuple".
Des actions de sabotage, comme la destruction par incendie de deux antennes-relais 5G début 2021 près d'Aix-en-Provence et Lyon, ont fait office d'entraînement.
L'influence de Rémy Daillet s'établissait au-delà du groupe: en novembre 2020, un homme avait foncé sur la gendarmerie de Dax après avoir tagué sur un mur "Tous avec Rémy Daillet".
Le procès est prévu jusqu'au 9 octobre.
Par Charlotte HOUANG / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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