Suicides dans la police : "on se retrouve à servir des statistiques ministérielles"

Six mois après le suicide d’une policière de 27 ans, des associations alertent sur le mal-être au sein de la police. Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat VIGI, de défense de policiers et de personnels du ministère de l’Intérieur, était interviewé dans "le coup de fil du matin" sur Sud Radio le 12 mars. "Le coup de fil du matin" est diffusé tous les jours à 7h12 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

"Parce que je ne compte pour rien"

Une jeune policière a laissé une vidéo pour désigner les responsables de son acte. "Elle avait envoyé une vidéo en disant 'surtout ne laissez pas la hiérarchie dire que j’avais des problèmes personnels. Je les ai gérés', explique Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat VIGI, de défense de policiers et de personnels du ministère de l’Intérieur. "Malheureusement, l’enquête a dit qu’il n’y avait pas de problème hiérarchique. C’était l’objectif de notre manifestation de mercredi. C’est d’autant plus amusant que notre rassemblement a été interdit par le préfet de police. Des manifestations sur Paris sont régulièrement autorisées avec des risques plus élevés. Là, c’est une des rares interdites ces derniers jours."

Quel est le problème avec la hiérarchie ? "Elle a justifié son acte en disant 'parce que je ne compte pour rien'. Nous sommes déshumanisés, on nous demande de faire du chiffre, des statistiques, avec des ordres incohérents. Il y a une perte de repères par rapport aux missions pour lesquelles nous nous sommes engagés. On vous dit que l’on va vous fouetter, que vous devez remplir les statistiques pour que le ministre puisse avancer."

"Plus de 20 millions d’heures supplémentaires"

"Sinon vous aurez de petites brimades, des week-ends reportés, des vacances décalées, détaille Alexandre Langlois. Nous sommes rentrés dans la police pour servir l’intérêt général, on se retrouve à servir des statistiques ministérielles." Est-ce difficile à vivre, une ville comme Sartrouville, pour une jeune fille de 27 ans qui venait du Gers ? "Il y a toujours un côté adaptation à l’Île-de-France, mais il y a des quartiers plus difficiles. 80% des jeunes policiers sont affectés là, loin de leur famille, de leurs amis de leurs repères. C’est déjà compliqué à gérer au quotidien."

Que demandent les policiers ? "Nous demandons un suivi psychologique. Quand on le demande, on passe pour un faible. Nos collègues québécois ont mis en place un suivi régulier obligatoire pour tout le monde. Cela permet de détecter les cas de collègues au bord du gouffre. Nous demandons aussi des cycles de travail compatibles avec un repos minimum d’un week-end sur deux. On nous dit que cela coûte trop cher. Dernière chose : que l’on puisse se reposer dans un métier où l’on voit des choses difficiles. Nous avons plus de 20 millions d’heures supplémentaires cumulées. Le contexte ne fait que s’aggraver. Que l’on puisse avoir une vie équilibrée ! Aujourd’hui, c’est impossible, malheureusement."

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