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"Paris" perdu pour Rachida Dati, après un premier échec en 2020

Ancienne protégée de Nicolas Sarkozy devenue proche du couple Macron, Rachida Dati a perdu le "combat de sa vie" à Paris. Une écrasante défaite malgré une farouche détermination et une campagne sans états d'âme, alors qu'un procès pour corruption l'attend en septembre.

Ian LANGSDON - AFP

Ancienne protégée de Nicolas Sarkozy devenue proche du couple Macron, Rachida Dati a perdu le "combat de sa vie" à Paris. Une écrasante défaite malgré une farouche détermination et une campagne sans états d'âme, alors qu'un procès pour corruption l'attend en septembre.

Après un premier échec en 2020 face à la socialiste Anne Hidalgo, ex-complice devenue ennemie jurée, la candidate de l'union de la droite et du centre, âgée de 60 ans, a largement perdu son combat face à Emmanuel Grégoire, candidat de la gauche unie hors LFI.

Cette lourde défaite intervient après un décevant premier tour (25,46%) et la maire du VIIe, réélue quatre fois depuis 2008, n'a pas bénéficié du report de l'électorat centriste de Pierre-Yves Bournazel, avec qui elle avait pourtant fait alliance.

L'union avait toutefois des allures de mariage forcé, M. Bournazel créant la surprise en se retirant de la course.

Rachida Dati n'a pas non plus profité du maintien de l'Insoumise Sophia Chikirou à gauche, ni du retrait de l'eurodéputée d'extrême droite Sarah Knafo.

Fille d'un maçon d'origine marocaine et d'une mère au foyer d'origine algérienne, Rachida Dati a grandi à Chalon-sur-Saône, deuxième d'une fratrie de onze enfants.

Présentée comme le parfait symbole de la méritocratie républicaine, elle avait été propulsée en 2007 au poste de garde des Sceaux par Nicolas Sarkozy.

Également décrite comme une figure "bling bling" qui "ose tout", elle est réputée pour son franc-parler et sa capacité à frapper aux portes les plus prestigieuses.

- "Tripatouillage" -

Sa nomination surprise comme ministre de la Culture en janvier 2024, avec la bénédiction d'Emmanuel Macron, lui avait de nouveau offert une large exposition médiatique.

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Nalini LEPETIT-CHELLA, Sabrina BLANCHARD - AFP

Traversant indemne trois remaniements, elle avait défendu une "culture populaire", sans parvenir à faire adopter sa réforme phare de l'audiovisuel public.

A peine nommée, elle avait officialisé sa candidature à la mairie de Paris, le "combat de [sa] vie", tandis qu'Emmanuel Macron appelait à une réforme de la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille), chose faite à l'été 2025. Cette réforme avait été vilipendée à gauche comme un "tripatouillage électoral".

Même au prix d'alliances à marche forcée, l'absence de basculement politique de la capitale est hautement symbolique, 25 ans après la victoire du socialiste Bertrand Delanoë face à une droite entachée par les affaires.

"Dati a fait une campagne inégale. Très brillante au début, avec des vidéos qui ont totalisé des millions de vues, mais l'entrée en campagne de Sarah Knafo a stoppé net sa dynamique et elle n'est jamais parvenue à s'imposer sur le fond", observe Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication à Sciences Po.

Qualifiée de "battante" ou "warrior", voire de "bulldozer" par ses partisans, Rachida Dati n'en est pas moins clivante, y compris au sein de la droite parisienne, où elle s'est fait de nombreux ennemis.

Son tempérament incandescent lui a d'ailleurs coûté l'investiture de Renaissance, Gabriel Attal lui préférant Pierre-Yves Bournazel, candidat de "l'apaisement".

"Son rapport à la vérité m'a toujours étonné", jugeait aussi ce dernier, pour qui confier les clés de l'Hôtel de Ville à Rachida Dati serait "fou", "irresponsable".

- Procès en septembre -

Ses opposants n'ont eux aussi pas de mots assez durs, la jugeant "violente, agressive, mafieuse" et "sans foi ni loi".

Rachida Dati, candidate Les Républicains (LR) à la mairie de Paris, vote lors du 2e tour des municipales, le 22 mars 2026 à Paris

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Ian LANGSDON - AFP

"C'est une manoeuvrière. Elle est sans principes, c'est-à-dire qu'elle veut le pouvoir (...) à n'importe quel prix et par n'importe quel moyen", déclarait mercredi l'ancien maire socialiste Bertrand Delanoë, l'accusant d'avoir "brutalisé cette campagne".

Rachida Dati a multiplié ces derniers mois les attaques contre Emmanuel Grégoire, l'accusant notamment d'avoir "recruté des pédocriminels dans les écoles". Des propos jugés infondés par l'intéressé.

Elle est aussi critiquée pour avoir interdit l'accès de certains journalistes à ses meetings, ainsi que pour ses dérapages verbaux. Elle aurait traité de "con" Emmanuel Grégoire devant témoins, ou encore évoqué un "club des homosexuels" désireux de la faire perdre. Des propos qu'elle a démentis.

Faisant campagne sur la propreté, la sécurité et la dette en multipliant les vidéos "en situation" avec des éboueurs ou devant des campements de migrants, elle a refusé tout débat avant le premier tour, de peur d'être la cible des critiques.

Prochain rendez-vous médiatique pour la maire du VIIe, un retentissant procès pour corruption et trafic d'influence attendu en septembre.

Elle sera jugée du 16 au 28 septembre pour corruption et trafic d'influence, soupçonnée d'avoir perçu 900.000 euros d'une filiale de Renault-Nissan pour avoir fait illégalement du lobbying au Parlement européen.

Des faits qu'elle dément mais qui l'exposent à une peine de dix ans de prison et cinq ans d'inéligibilité, ce qui pourrait lui faire perdre son mandat de maire du très chic VIIe, coeur du pouvoir parisien, si l'exécution provisoire était prononcée.

Par Hélène DUVIGNEAU / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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