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"On assiste à une balkanisation de nos quartiers"

Michel Aubouin, ancien préfet, auteur de l’essai "40 ans dans les cités" (éditions Presses de la cité, 2019), était l’invité de Patrick Roger le 17 Juin dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Tensions ou apaisement ? Quel regard porte Michel Aubouin, ancien préfet, auteur de l’essai 40 ans dans les cités (éditions Presses de la cité, 2019), sur ce qui s’est passé à Dijon ?

 

Pas une guerre de territoires

"Cela ne m’étonne pas totalement, car j’avais déjà évoqué dans mon livre une affaire précédente, à Strasbourg, qui avait opposé des Tchétchènes à des individus de la communauté maghrébine, explique Michel Aubouin. Ces affrontements entre groupe rivaux, on les a déjà connus. Mais là, on est passé à un degré supplémentaire. Surtout, cela s’est passé en dehors d’un quartier. Le centre de Dijon, c’est beaucoup plus visible et a créé beaucoup plus d’émotion."

Est-ce une guerre de territoire ? "Pas du tout, c’est vraiment une question de vengeance. La communauté commence à être assez puissante en France. Elles s’est constituée avec des demandeurs d’asile accueillis assez favorablement en France pendant dix ans, après les guerres qu’a connues la Tchétchénie. Ils n’ont pas été accueillis en tant que tels mais en tant que Russes, ce qui rend un peu compliqué le fait de les quantifier dans la population étrangère de la France. Il en est entré environ 15.000 à 20.000, qui ont fait venir leur famille. Beaucoup sont devenus Français, mais beaucoup continuent à vivre dans une communauté très resserrée, avec un sentiment qui prévaut de l’honneur, de la vengeance, une culture de la violence qui nous est assez étrangère."

 

Des communautés organisées autour d'une mosquée

Les quartiers sont rongés dans la drogue et la radicalisation. Cette cohabitation de communautés dans les quartiers est-elle toujours limite ? "Je pense que cela va être de pire en pire, c’est une sorte de balkanisation de nos quartiers à laquelle on est en train d’assister. Les maghrébins et les Tchétchènes sont musulmans, mais ne le sont pas de la même façon. Ils ont chacun leur mosquée, ne se fréquentent pas et peuvent devenir rivaux. Les Tchétchènes se sont concentrés dans les mêmes quartiers : Strasbourg à l’origine, puis à Nice, Dijon aujourd’hui. Ils forment des communautés refermées sur elles-mêmes, mais ne sont pas les seuls. On est en train de laisser se construire de petites communautés organisées autour d’une mosquée. Elles continuent à faire vivre sur le territoire nationale l’esprit et la culture du pays d’origine, tout en ayant la nationalité française."

A-t-il été surpris par les revendications séparatistes de certains, suite à l’affaire Traoré ? "Ce n’est pas le même phénomène. L’affaire Traoré, c’est une émotion importée des États-Unis, cela n’a rien à voir avec ce que l’on a en France. C’est fortement agité par des groupuscules qui font un lien qui n’existe pas entre racisme et violences policières. C’est un lien complètent construit. Évidemment, la police française n’est pas raciste, et globalement, la société française est peu raciste. Beaucoup de jeunes se sont engouffrés dans cette émotion. Derrière, des gens manipulent les concepts et des médias relaient des messages complètement stupides. Cela mobilise beaucoup de monde sur Paris mais, à mon avis, cette affaire de Dijon est beaucoup plus grave, car cela montre la déliquescence de nos quartiers."

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