Le Parti socialiste maintient une bonne partie de ses positions, tandis que les Ecologistes subissent le reflux de la vague verte de 2020. Mais les deux partis sortent des municipales dans l'impasse sur leur stratégie d'alliance avec LFI.
Clermont-Ferrand, Tulle, Brest ou Avignon pour le PS, Besançon, Poitiers, Strasbourg pour les Ecologistes: une partie des villes où les maires sortants socialistes ou écologistes avaient décidé, au second tour, de faire alliance avec La France insoumise ont été battus dimanche soir.
Quelques exceptions cependant: les Verts conservent leur plus grande ville, Lyon, au terme d'une remontada du maire sortant Grégory Doucet. Comme à Grenoble ou à Nantes, ils avaient décidé d'une "fusion technique" avec LFI au second tour, qui s'est avérée victorieuse.
Principaux symboles du refus des alliances avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, les maires de Paris et Marseille, Emmanuel Grégoire (PS) et Benoit Payan (DVG) ont réussi leur pari, gagnant chacun haut la main au second tour.
Mais les regards étaient surtout tournés vers Limoges et Toulouse, où le PS et les Verts avaient été contraints de partir au deuxième tour derrière des candidats insoumis. Ces accords se sont soldés par des échecs.
D'emblée, le PS avait refusé tout accord national avec LFI au premier et au deuxième tours de ces élections municipales.
Municipales 2026 : les scores des listes au 2nd tour pour la ville de Lyon
Nalini LEPETIT-CHELLA, Sabrina BLANCHARD - AFP
Mais dimanche dernier, les scores inattendus de LFI avaient placé une quinzaine de maires socialistes en difficulté, au point de conclure dans l'urgence des accords avec le mouvement mélenchoniste.
"La France insoumise fait perdre", a accusé dimanche soir le secrétaire général du PS Pierre Jouvet sur France 2.
Dans une allocution à la presse, le premier secrétaire du parti Olivier Faure a lui aussi fustigé "la provocation outrancière, la conflictualisation à tort et à travers et les dérapages antisémites (qui) sont une voie sans issue", dans une charge contre LFI.
Mais celui qui avait revendiqué l'union de la gauche avec LFI aux législatives de 2024, avant de prendre ses distances, estime aussi que "les gauches irréconciliables conduisent à une impasse", et a appelé à ce que "la gauche puisse se rassembler sur des principes clairs", avec "ceux qui ont une claire conscience des enjeux et qui ne se résolvent pas à suivre aveuglément le bruit et la fureur".
- Clarification -
Ces résultats confortent surtout ses opposants internes, ainsi que le dirigeant de Place publique Raphaël Glucksmann, partisans d'une rupture franche et définitive avec Jean-Luc Mélenchon dans l'optique de la présidentielle de 2027.
Le premier secrétaire du PS "n'a pas su fixer de règles claires pour les accords, ni exercer l'autorité nécessaire pour dire ce qui était acceptable et ce qui ne l'était pas", a regretté l'ex-président socialiste François Hollande, dénonçant "l’impasse" de la ligne de "l'union pour l’union". Il a appelé à "ouvrir maintenant" un débat au sein du PS, car "le temps de la clarification est venu".
Le chef du parti de centre-gauche Place publique et député européen Raphaël Glucksmann lors d'un meeting en soutien à Thierry Miguel, candidat de l'alliance de gauche à la mairie de Limoges, le 12 mars 2026
Pascal LACHENAUD - AFP/Archives
Dans un communiqué, Raphaël Glucksmann a de son côté critiqué des "accords de circonstance, des ambiguïtés, des unions qui explosent au premier virage", en particulier entre le PS et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.
Pour le constitutionnaliste Benjamin Morel, "entre la voie +tout sauf les LFI+ ou +sans les LFI+, aucune n’apparaît gagnante pour les socialistes", qui perdent une partie des voix de leur électorat en s'alliant, mais ne peuvent gagner certaines villes sans le vote utile des électeurs insoumis.
Du côté des Ecologistes, la secrétaire nationale Marine Tondelier, qui défend l'union de la gauche jusqu'à LFI, a tancé à la fois "des propos inacceptables" du leader Insoumis Jean-Luc Mélenchon, et "des partisans à la droite d'Olivier Faure (...) qui voulaient raconter qu'on ne pourrait plus jamais travailler ensemble".
Toutefois, "derrière La France insoumise, ça ne fonctionne pas, mais je le savais avant", a-t-elle concédé.
Marine Tondelier sort cependant affaiblie, les Ecologistes ne gardant que trois villes issues de la vague verte de 2020 (Lyon, Grenoble et Tours). Ils gagnent cependant Bagnolet et Villepinte.
Dans le même temps, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard a souligné que sa formation avait permis "la victoire de la gauche à Lyon, à Nantes, à Grenoble ou à Tours". Et rejeté la responsabilité de la défaite, à Bordeaux ou Cherbourg, sur ceux qui ont refusé l'union.
Par Cécile AZZARO / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP