Pouvoir "payer seul" ou être "accompagné" dans l'emploi: à huit mois de la fin de son mandat, Emmanuel Macron a tracé vendredi une feuille de route pour renforcer "l'accessibilité" en matière de handicap à l'horizon 2030, mais les associations restent sur leur faim.
"Toutes les avancées sont réelles (...) Pour autant beaucoup reste à faire", a concédé le chef de l'Etat, après avoir dressé le bilan de son action, en clôture de la 3e Conférence nationale du handicap de son double quinquennat à Bobigny.
"Trop de personnes se heurtent encore à des obstacles qui limitent leur autonomie, compliquent leur quotidien", a-t-il relevé. L'accessibilité à l'école, à l'emploi, au numérique est "une condition de l'égalité", a-t-il martelé.
Emmanuel Macron, qui a fait du handicap une de ses priorités depuis 2017, a présenté une série d'"axes d'efforts", déclinés en 65 mesures, qui doivent être mis en musique par le gouvernement d'ici la fin de l'année.
Il "souhaite des objectifs clairs pour simplifier tous les gestes du quotidien, pouvoir payer seul, traverser la rue en sécurité, accomplir ses démarches en ligne et sans assistance". Cela doit passer par des "terminaux de paiement accessibles", la "généralisation des télécommandes vocales pour les feux sonores" ou des "sites internet pleinement accessibles".
- "Vous pouvez compter sur moi" -
Le chef de l'Etat, dont la marge de manoeuvre est limitée, à huit mois de la fin de son mandat, dans un contexte budgétaire en outre très tendu, a fait peu d'annonces concrètes.
"C'était un discours de fin de quinquennat, sans moyens financiers, donc on reste sur notre faim", a ainsi regretté auprès de l'AFP Arnaud de Broca, président du collectif Handicaps qui rassemble une cinquantaine d'associations. Il salue toutefois le lancement d'une réflexion sur l'aide humaine (aide d'une autre personne pour effectuer les gestes du quotidien), un sujet prioritaires pour de nombreuses associations.
Le président Macron a également évoqué le lancement "dès la fin de l'année" d'une nouvelle stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement (TND), dont l'autisme, visant à "mieux repérer et accompagner dès le plus jeune âge" les personnes concernées.
Il a aussi cité la nécessité de continuer à soutenir l'accès à l'emploi des personnes en situation de handicap, avec notamment un "objectif de 20.000 bénéficiaires" pour l'emploi accompagné.
"Vous pouvez compter sur moi", "jusqu'au dernier quart d'heure", a lancé le chef de l'Etat, souhaitant que la question du handicap soit aussi "au coeur de la campagne" présidentielle. Un comité de mise en œuvre et de suivi de ces projets doit être installé fin septembre.
- Frustration -
Pas de quoi suffire à rassurer les associations.
Il s'agit de "beaucoup de préconisations et il n'y a pas d'éléments chiffrés donc on reste frustré", a réagi auprès de l'AFP Luc Gateau, président de l'Unapei (handicap intellectuel).
La Fédération Paralysie Cérébrale France a elle dénoncé dans un communiqué une "longue litanie de mesures pour la plupart déjà connues" et "dont on peine à voir concrètement les effets sur le terrain". Elle rappelle que "l'écosystème du handicap vit une crise profonde des modèles d'accompagnement". Et la CNH n'y "apporte aucune réponse".
Lors de la précédente, le gouvernement avait notamment annoncé la création de 50.000 solutions d'ici 2030 pour des enfants et des adultes sans réponse adaptée à leurs besoins (nouvelles places, soutien à domicile, etc.). Déjà 27.000 ont été déployées.
En France, entre 5,7 millions et 18,2 millions de personnes de cinq ans et plus présentent un handicap, allant d'une limitation fonctionnelle à des pathologies très lourdes, selon les derniers chiffres officiels.
Par Vanessa CARRONNIER et Valérie LEROUX / Bobigny (France) (AFP) / © 2026 AFP
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