L'Observatoire des pratiques policières demande l'interdiction des LBD

Un policier pointe un lanceur de balles de défense sur des manifestants
ludovic MARIN / AFP

Info Sud Radio / Nouveau rebondissement dans le débat sur l’utilisation des lanceurs de balles de défense (LBD) et grenades de désencerclement. Après le Défenseur des droits, c'est au tour de l'Observatoire des pratiques policières de demander l’arrêt de leur utilisation. Dans un rapport qui doit être rendu public ce mardi, l'observatoire, créé il y a deux ans à Toulouse par des avocats, universitaires et sociologues lors des manifestations contre la loi travail, estime que ces armes non-létales ne répondent pas aux problèmes  de  maintien de l’ordre. Ces observateurs (juristes, scientifiques, universitaires), présents dans toutes les manifestations toulousaines et clairement identifiables, constatent depuis 11 semaines un usage disproportionné de ces lanceurs de balle, ainsi que de ces grenades.

Une "stratégie de la peur" depuis janvier

Premier constat, explique Philippe Gassiot, membre de l'Observatoire des pratiques policières: cette bascule, début janvier, dans les directives données pour la gestion des manifestations toulousaines.

"Ceux qui dirigent laissaient les manifestations se dérouler dans Toulouse pendant deux heures, ou deux heures et demi. Les policiers subissent éventuellement des jets de peinture, ou même des rambardes qui leurs sont lancées dessus; et ils ne bronchent pas ! Puis d'un seul coup à 16h30, et de façon concomitante, on a les premiers lancers de grenade et l'hélicoptère qui commence à tourner dans le ciel. On pense qu'il y a une décision politique, à un moment donné, de dire: à partir de telle heure, on ne manifeste plus et on disperse".

Philippe Gassiot parle de stratégie de la peur. "On pense qu'il y a eu l'idée de dire: on va tellement faire peur aux manifestants qu'ils ne vont plus manifester". Mais selon lui cette méthode a eu l'effet inverse. "Les gens ont dit: comment ça, on nous tape dessus?! Eux qui criaient: 'la police avec nous !'. Ils ne comprenaient pas ! Donc les gens ont continué, la colère a grandi. On la sent, cette ambiance, ceux qui disent: quoi qu'il arrive, on continuera à manifester".

Conséquence: la radicalisation des manifestants

Et effectivement, pour le sociologue Daniel Welzer-Lang, lui aussi membre de l'observatoire, l'utilisation de ces armes non-létales ne provoque qu'une seule chose: la radicalisation des manifestants. 

"Lors des manifestations avant les gilets jaunes, il y avait du gaz lacrymogène ou des problèmes de dispersion, des gens un peu nerveux quand les jeunes chantaient ou se mettaient assis près du monument aux morts. Mais ça n'a jamais entraîné autant de blessés ! Donc la police, professionnelle du maintien de l'ordre, sait faire !  Il n'a jamais eu autant de violences, à Toulouse, de mémoire de manifestants".

Cette spirale de la violence semble sans fin selon les observateurs, qui demandent principalement l'interdiction des LBD dans les pratiques de maintien de l'ordre.

Reportage Sud Radio de Christine Bouillot

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