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La politique de TotalEnergies « risque d'entraîner une disparition des stations indépendantes »

Par Hugo Paillart

Interview Sud Radio – Avec la hausse des prix du carburant en France, TotalEnergies a pris la décision de plafonner les prix à la pompe. Au micro de Sud Radio, Jacques Goisque, président de la fédération française des combustibles carburants et chauffages, annonce saisir l’autorité de la concurrence ce vendredi pour sauvegarder les stations indépendantes.

carburant à prix coûtant : plein à la pompe
Photo : Pexels

Face à la hausse des prix du carburant provoquée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, TotalEnergies a décidé de plafonner le prix de certains carburants dans ses stations-service. Une mesure saluée par de nombreux automobilistes mais vivement contestée par les distributeurs indépendants, qui estiment subir une concurrence impossible à soutenir. Au micro de Sud Radio, Jacques Goisque, président de la fédération française des combustibles carburants et chauffages, annoncé vouloir porter l’affaire devant l’autorité à la concurrence. La fédération représentant près de 1 000 stations-service indépendantes estime que le plafonnement des prix pratiqué par TotalEnergies crée une distorsion de concurrence. Elle demande à ce que cette mesure soit retirée.

" Une tarification absolument pas supportable"

Vous représentez au total un millier de ces stations-services indépendantes : qu'espérez-vous exactement en saisissant ainsi l'autorité de la concurrence ? 

Jacques Goisque « En saisissant l'autorité de la concurrence, on dénonce en réalité une situation qui est particulièrement défavorable pour toutes les stations indépendantes que nous représentons. Elles sont principalement dans les territoires et se voient confronter à une tarification qui pour eux n'est absolument pas supportable. 

Cette politique de plafonnement des prix par Total va créer de fait une différence tarifaire très forte. Ce qui entraîne pour eux une chute des ventes et de leur activité. »

"Plus ça dure, plus les petites stations-services se fragilisent"

Ce que vous demandez concrètement de la part de l'autorité de la concurrence, c'est une condamnation de TotalEnergies ou qu’elle lui impose de mettre fin à ce plafonnement des prix ?

« Il faut savoir que Total a une sorte de position dominante sur le marché, notamment en amont. Total fournit la plupart des grossistes qui, eux, vont redistribuer ensuite aux détaillants finaux que sont notamment les stations services indépendantes. Avec cette position dominante, elle a plus de 50% des prix du marché. C'est l’entreprise qui raffine donc qui a une maîtrise de l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.

De ce fait, Total peut répercuter assez facilement ses efforts sur la distribution finale dans ses stations. Cette mesure provoque une différence tarifaire non négligeable et qui met en difficulté toutes ces petites stations indépendantes. Aujourd'hui, pour nous, la vraie difficulté, c'est que ça dure dans le temps.

Ce serait fait manière ponctuelle sur un week-end. On pourrait éventuellement le comprendre mais là, ça fait déjà depuis le mois de mars que cette situation tarifaire est en place et plus ça dure et plus les petites stations-services se fragilisent. C'était déjà un peu le cas avant même cette crise et là, ça ne fait qu'accentuer les choses. »

"Cette décision risque d'entraîner une disparition des stations indépendantes"

Cette politique de plafonnement des prix profite à beaucoup de Français qui vont prendre d'ailleurs leur voiture pour partir en vacances ou tout simplement au quotidien pour aller travailler, faire leurs courses,... Comprenez-vous que certains ne peuvent pas se permettre de payer un litre de carburant à plus de 2 euros ? 

« Bien évidemment, on le comprend parfaitement. On comprend que cette politique tarifaire peut avoir des effets positifs pour les consommateurs. Néanmoins, ce qu'il faut voir aussi, c'est que cette décision risque d'entraîner une disparition de ces stations indépendantes qui sont principalement dans les territoires.

Cette disparition va entraîner un affaiblissement du maillage géographique de ces stations et pour le coup, à terme, c'est du service en moins pour les consommateurs parce que les gens seront obligés de faire beaucoup plus de kilomètres pour aller chercher du carburant. »

"Cette situation nécessite une intervention de l'autorité de la concurrence"

D'ici 10 ans, la moitié des 3800 stations services indépendantes pourraient mettre la clé sous la porte. Ce chiffre est assez inquiétant. Quand avez-vous prévu de déposer votre dossier auprès de l'autorité de la concurrence ?

« Ce n'est pas encore fait, mais ça va être fait d'ici demain. De toute façon, le dossier est bouclé. On a un certain nombre d'entreprises adhérentes qui nous suivent dans cette démarche

On aura des éléments assez probants qui justifient en tout cas cette situation qui est une situation qui, pour nous, n'est pas acceptable et nécessite une intervention de l’autorité de la concurrence. »

« On veut éviter que ça se reproduise dans les années futures »

Quand espérez-vous une décision ?

« C'est un peu difficile parce qu'avec les autorités de la concurrence, ce sont des délais qui sont très longs. C'est 12 à 18 mois sur le traitement. Mais ce qu'on veut, c'est éviter qu'on puisse se retrouver dans des situations similaires. 

On l'a connu en 2022 avec le début de la guerre en Ukraine, où les plafonnements ont été mis en place. Et on veut éviter que ça se reproduise dans les années futures. On veut surtout protéger aujourd'hui un réseau de stations indépendantes qui, aujourd'hui, apportent beaucoup de services dans les territoires. »

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