Manque de moyens, de place, de temps: la ministre de l'Education nationale, Elisabeth Borne, a souhaité une généralisation de la "pause numérique" au collège, mais cette injonction risque d'être peu suivie sur le terrain pour le moment.
La ministre a répété mercredi lors de son discours de rentrée qu'elle souhaitait lutter contre "le fléau de la surexposition aux écrans" et les dégâts du "cyber-harcèlement" en généralisant le dispositif "Portable en pause" au collège.
Dans l'académie de Paris, à l'approche de la rentrée, il était difficile de trouver un collège qui ait fait l'acquisition de casiers ou autres pochettes pour mettre les précieux portables sous clé. "Le déploiement du dispositif débute tout juste", a commenté pour sa part le rectorat de Créteil, interrogé par l'AFP.
Le téléphone est déjà interdit par une mesure de 2018, mais celle-ci peine parfois à être respectée. Le dispositif "portable en pause" vise à renforcer son application en contraignant les élèves à le laisser pendant les cours dans des casiers, mallettes ou pochettes.

La ministre de l'Education Elisabeth Borne à Paris le 27 août 2025
Xavier GALIANA - AFP
Cette mesure s’accompagne de la suspension de la mise à jour des outils numériques comme Pronote les soirs et week-end a également annoncé la ministre.
"Déjà expérimenté dans plus d’une centaine de collèges pendant l’année scolaire 2024-2025, ce dispositif a eu des effets positifs significatifs sur le climat scolaire et la disponibilité des élèves aux apprentissages", fait valoir le ministère sur son site.
- "Ne pas se mentir" -
La généralisation de la "pause numérique" avait été annoncée par l'ex-ministre Nicole Belloubet l'an dernier puis reprise en avril par Elisabeth Borne qui veut sa mise en vigueur partout à partir de cette rentrée et d'ici à la fin de l'année calendaire.
Mais l'association Départements de France jugeait dans un communiqué le mois dernier que cette mesure "ne doit pas se faire de manière générale et imposée".
"Le financement ne peut reposer exclusivement sur les conseils départementaux", insiste l'association mais le ministère n'a prévu aucune contribution financière à ces équipements.
"Chaque conseil départemental garde le choix de financer cette mesure selon les modalités qu’il décidera" et "il revient à l’établissement, sur ses fonds propres, de se doter d’équipements s’il le désire", précise Départements de France.

Sachant que les budgets des établissements sont serrés, ils sont peu à se précipiter pour acheter les fameux casiers ou autres pochettes de stockage
Loic VENANCE - AFP/Archives
Sachant que les budgets des établissements sont serrés, ils sont peu à se précipiter pour acheter les fameux casiers ou autres pochettes de stockage.
"Il ne faut pas mentir, il ne faut pas dire aux gens que ça va se passer, je pense qu'il y a plein d'endroits où rien ne va changer", affirme Bruno Bobkiewicz, proviseur de la cité scolaire Buffon à paris et secrétaire général du SNPDEN-Unsa, le syndicat des chefs d'établissements.
S'il approuve l'idée que "moins les élèves utilisent leurs téléphones, mieux on se porte", il met en avant un "principe de réalité: +Ca n'est ni techniquement possible dans plein d'endroits, ni matériellement ni humainement+.
Départements de France recense "un à deux collèges par département (qui) ont fait savoir leur volonté de s’équiper" dans le cadre de ce dispositif, "mais il ne semble pas y avoir de réel besoin pour la quasi-totalité des plus de 5.000 collèges publics français".
Certains établissements comme la Cité scolaire François-Villon à Paris ont fait le choix de l'éducation avec une charte à approuver par les élèves, un effort de sensibilisation des parents pour décourager l'achat des smartphones avant la 4e au moins.
Par Véronique DUPONT / Paris (AFP) / © 2025 AFP