Gilets Jaunes : faut-il créer un fichier pour les casseurs ?

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À quoi bon créer un nouveau fichier pour les casseurs ? ©BERTRAND GUAY - AFP

Le fichier anti-hooligans a fait ses preuves. Peut-il être transposable à des casseurs avant une manifestation ? C’est le débat du jour avec Véronique Jacquier, dans "Info vérité" sur Sud Radio le 23 Janvier. Avec pour invités :
- Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique, spécialisé dans les questions de sécurité, et auteur du livre Que fait la police ? (Éditions L’Aube) ;
- Grégory Joron, secrétaire national d’Unité SGP Police FO ;
- Me. Frédéric Sicard, avocat au cabinet La Garanderie, et ancien bâtonnier du barreau de Paris ;
-Côme Dunis, Gilet Jaune du Loiret.

"Info Vérité" est diffusée tous les jours à 7h10 et 9h15 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

La loi anti-casseur annoncée par Édouard Philippe le 7 janvier est examinée aujourd’hui en commission des lois à l’Assemblée Nationale. Le gouvernement veut s’inspirer du fichier anti-hooligans pour empêcher les casseurs de venir dans une manifestation. Mais un tel fichier peut il avoir une réelle utilité ?

Un fichier de plus pour quoi faire ? 

Encore un fichier, serait-on tenté de s’interroger ? Entre les fichés S, le fichier anti-hooligans et autres, au total, ce sont presque 20 millions de Français qui sont fichés selon les chiffres d’un rapport parlementaire. Mais il faut dire que ces fichiers ne sont jamais nettoyés, d’où ce chiffre élevé. Que signifierait la création d’un nouveau fichier de police destiné à recenser les casseurs et à les interdire de manifestation ? Pourrait-on être interdit de manifester à vie ? Comment sera évalué le dispositif ? Et sur quel critère sera-t-on identifié comme casseur ?

"Il y a casseurs et casseurs, estime Véronique Jacquier. Les casseurs venus de certains quartiers de banlieue et les anarchistes et autres militants d’extrême gauche et d’extrême droite qui prennent pour cible les banques, entre autres. Le fichier va-t-il consigner des opinions politiques ?" Se pose par ailleurs la question de la finalité de ce fichier : va-t-il vraiment servir à arrêter des casseurs ? Comment faire quand les manifestations ne sont pas déclarées, selon quelle logique préventive ? "L’annonce de la création de ce fichier par le Premier Ministre est une petite réponse politique à la violence de l’acte 8 des Gilets Jaunes le 6 janvier. Mais je doute de son utilité pour endiguer la violence…"

Des interdictions difficilement applicables

Autre piste : le fichier anti-hooligans, qui a fait ses preuves, peut-il être transposable à des casseurs avant une manifestation ? "C’est difficile, estime Véronique Jacquier. Les hooligans interdits de stade le sont par une condamnation en justice ou sur décision du préfet. Et le fichier concerne une toute petite catégorie de la population : des supporters repérés par la justice." Appliquer une telle mesure pour empêcher de présumés casseurs de rejoindre un cortège constituerait en fait un danger pour les libertés publiques, en portant atteinte au droit de manifester et d’aller et venir aussi. Au final, alors que le procureur peut prendre des réquisitions pour ordonner des fouilles avant la tenue d’une manifestation où il y a des risques de violence, à quoi bon créer un nouveau fichier ? "Ce n’est pas la bonne réponse à un vrai problème."

"Je suis également dubitatif, confie Mathieu Zagrodzki, chercheur en science politique et spécialisé dans les questions de sécurité. La logique selon laquelle on essaie d’anticiper les problèmes et d’empêcher des casseurs de se rendre à des manifestations est louable. Mais sa faisabilité me semble plus problématique. Il est facile de vérifier si une personne interdite de stade se rend ou non à une compétition sportive. Elle doit pointer au commissariat. Mais comment faire pour les manifestations ? Cette personne sera-t-elle interdite de toute manifestation sur le territoire français ? Elle devra passer tout son temps à pointer dans une gendarmerie. Il est beaucoup plus facile de vérifier l’accès à un stade qu’à une manifestation, par définition ouverte et mobile."

 
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