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En tournée en Afrique, Macron a multiplié les prises de parole pour vanter le continent

"Mon frère! My brother!" Emmanuel Macron, très complice avec ses homologues, très offensif pour défendre son bilan, voire agacé face aux rappels des déboires français en Afrique, a porté pendant cinq jours un message ultrapositif sur le continent, en phase avec son logiciel pro-business.

Ludovic MARIN - AFP

"Mon frère! My brother!" Emmanuel Macron, très complice avec ses homologues, très offensif pour défendre son bilan, voire agacé face aux rappels des déboires français en Afrique, a porté pendant cinq jours un message ultrapositif sur le continent, en phase avec son logiciel pro-business.

En tournée d'Alexandrie, en Egypte samedi, jusqu'à Addis Abeba, en Ethiopie, le président français a multiplié les prises de parole pour vanter un continent "qui est là et bien là", "le plus jeune du monde", "à la plus forte croissance".

C'est à Nairobi qu'il a consacré l'essentiel de son déplacement, trois jours auprès du président kényan William Ruto, son "frère" -- un surnom dont il n'est pas avare avec ses interlocuteurs. Les deux dirigeants, se tenant parfois par la main, se sont rarement quittés pendant le sommet franco-africain "Africa Forward", le premier en terre anglophone.

Ce dirigeant est devenu son allié-clé sur le continent, porteur avec lui d'un projet de réforme de l'architecture financière internationale, qu'ils pousseront ensemble au sommet du G7, mi-juin à Evian, dans les Alpes françaises, pour que l'Afrique ait davantage accès aux investissements privés.

Lorsque l'un des deux parle, l'autre apparaît comme son écho. En choeur, ils martèlent que les Africains ne demandent plus de "l'aide" publique mais de "l'investissement". Pour regarder "devant" plutôt qu'en arrière, comme le suggérait l'intitulé du sommet.

Quel meilleur symbole pour un Emmanuel Macron désireux de montrer que le temps du "pré carré" français dans les ex-colonies francophones est révolu?

Car forcément, les questions reviennent sur la montée du sentiment antifrançais dans plusieurs pays, les tensions avec certains d'entre eux, jusqu'au divorce au Sahel, où les putschs de 2020-2023 ont précipité le départ de l'armée française engagée contre les jihadistes. Et le président est visiblement agacé.

-"Ingratitude"-

Il dénonce "l'ingratitude" des juntes militaires, les "fausses informations" colportées par elles et leurs relais russes, et minimise leur absence -- le reste de l'Afrique de l'Ouest est bien "présent", vante-t-il, et lui-même ira à l'automne au Sénégal, malgré les tensions passées.

Et, peut-être pour la première fois, il concède qu'il aurait dû "repenser notre présence militaire plus tôt" en Afrique.

"Nairobi n'est pas la preuve d'un échec", assure un diplomate français, "c'est tout le contraire", celle d'une réussite de la diversification des relations portée par Emmanuel Macron.

Le président français Emmanuel Macron joue au foot en marge du sommet franco-africain de Nairobi le 11 mai 2026

Le président français Emmanuel Macron joue au foot en marge du sommet franco-africain de Nairobi le 11 mai 2026

Ludovic MARIN - AFP

Ce sommet a été conçu comme une mise en musique des thèmes de son discours fondateur, à Ouagadougou en 2017.

Le sport: le président mettant en scène son footing matinal avec la star kényane du marathon Eliud Kipchoge. La culture: une loi-cadre pour la restitution des oeuvres spoliées pendant la colonisation a été promulguée juste à temps.

La jeunesse: un échange, lundi à Nairobi, avec des représentants des diasporas africaines mises en avant par Emmanuel Macron, rappelle les rencontres qu'il affectionne, en France, avec les acteurs de la tech.

Et bien sûr l'économie: le business forum dans la capitale kényane avait des faux airs de Choose France, cette grand-messe qu'il organise chaque printemps pour attirer les investissements étrangers.

La version Afrique a permis d'annoncer 23 milliards d'euros d'engagements d'investissements, surtout privés, sur le continent (14 milliards d'investissements français; 9 milliards d'investissements africains).

Autant d'instruments du soft-power censés supplanter la vieille influence de la Françafrique.

Se démultipliant, Emmanuel Macron se montre à l'aise, dans son élément.

Trop? Une scène a désormais fait le tour des réseaux sociaux: face à une assistance bruyante, il se lève, monte sur scène, prend le micro et lance "hey, hey, hey!" pour demander le silence par respect pour les intervenants. Comme lors de son leitmotiv "for sure" en anglais, au forum de Davos en janvier, l'image est détournée, suscitant commentaires positifs mais aussi quelques critiques.

"Attention aux comportements vus comme néocoloniaux", lance sur X l'ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal.

Un proche du chef de l'Etat défend lui une réaction "spontanée", qu'il aurait pu avoir partout dans le monde. "Les gens politisés et militants tentent d'en faire un acte néocolonial" mais "les autres trouvent ça plutôt sympa", relativise-t-il.

Sur CNews, la chaîne du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, c'est une autre déclaration qui est critiquée, celle où il assure qu'être binational franco-africain, c'est être 100% français et 100% de son pays d'origine. "Il semble désinhibé" en "cette fin de mandat", grince l'éditorialiste Pascal Praud.

Par Francesco FONTEMAGGI / Addis Abeba (AFP) / © 2026 AFP

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