En crise depuis 18 mois, la filière française de la collecte des vêtements périclite. Mais les travaux ont repris avec les différentes parties et le gouvernement espère avoir les grandes lignes d'une réforme d'ici mars.
Débordé par les flux massifs de l'ultra fast-fashion, le modèle est "à bout de souffle" et "s'effondre progressivement", estime pour l'AFP Maud Hardy, directrice générale de Refashion, éco-organisme chargé d'accompagner l'industrie de la mode vers une économie plus circulaire.
Ce constat n'est pas nouveau, mais la réforme lancée au printemps 2025 patine.
Lors d'une réunion sous son égide vendredi dernier, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a présenté un scénario de désenvasement.
Le gouvernement espère un cahier des charges de la filière REP (responsabilité élargie du producteur) textiles d'ici fin mars.
Mais de nombreux arbitrages restent à faire et le nouveau modèle n'entrera pas en vigueur avant 2027, prévient-il.
- Emplois menacés -
En 2024, pour 891.309 tonnes de nouveaux produits (vêtements, linge de maison et chaussures), 289.393 tonnes de produits usagés ont été collectées.
Or le système repose encore à "plus de 60%" sur l'export, notamment en Afrique, rappelle Maud Hardy, et les marchés africains sont désormais saturés de vêtements importés de Chine, d'occasion ou neufs et à bas prix. Résultat: effondrement des prix, difficultés financières pour les trieurs, accumulation de stocks...
En outre, "on ne peut pas continuer à envoyer nos déchets à l'autre bout du monde", une bonne partie des textiles finissant en décharge ou dans les cours d'eau, ajoute-t-elle.
Les opérateurs traditionnels de la collecte (Emmaüs, Le Relais, La Croix-Rouge...) affrontent aussi la concurrence des plateformes comme Vinted ou les dispositifs seconde main des marques.
La crise a éclaté au grand jour l'an dernier quand le réseau d'entreprises de tri Le Relais a déversé des tonnes de vêtements devant de grandes enseignes.
Pierre Duponchel, fondateur du Relais, est inquiet: "On tient la filière à bout de bras, nous ne tiendrons pas six mois s'il n'y a pas de décision".
"On a de plus en plus de vêtements de moindre qualité qui nous coûtent de l'argent", abonde Emmanuel Pilloy, président du Relais France, rencontré dans le plus grand centre de tri du Relais en France, à Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), où 350 salariés embauchés en insertion trient chaque jour manuellement 70 tonnes de textiles.
Les acteurs de la collecte jugent toujours insuffisante la revalorisation du montant versé par Refashion, passé à l'été dernier de 156 à 223 euros par tonne de déchets triés. Ce montant provient de l'éco-contribution payée par les marques à Refashion pour chaque vêtement neuf vendu.
Mais selon M. Pilloy, elle ne couvre plus les coûts: "Sur quatre centimes prélevés" par pièce "un centime nous est reversé, on a besoin de plus".
Chez Emmaüs France, Thomas Ladreyt alerte sur "plus de 5.000 emplois menacés" et demande un soutien porté à 304 euros la tonne.
- "Submersion" -
La contribution "ne permet plus aux acteurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) de faire correctement leur métier", estime Benoît Hamon, président de l'association ESS, accusant certains vendeurs, "Shein, Temu", d'organiser "une forme de submersion de textiles" sans "mettre l'argent sur la table" pour financer leur fin de vie.
Le gouvernement a réclamé à Refashion des propositions cette semaine pour "faire payer davantage" l'ultra fast-fashion, et à l'Agence de la transition écologique Ademe de chiffrer sous un mois les soutiens nécessaires pour les opérateurs.
A long terme, l'État veut accélérer l'émergence d'une industrie du recyclage textile, en respectant la hiérarchie des traitements: réemploi d'abord, recyclage ensuite.
Le scénario inclut des pénalités pour les produits polyester ou multi-matières, des primes pour l'incorporation de matières recyclées et une traçabilité intégrale pour chaque maillon de la chaîne.
Toutes les parties questionnées par l'AFP trouvent le scénario "plausible" mais restent "vigilantes" en attendant un chiffrage.
Une question reste sensible: l'accès aux fripes de meilleure qualité, "la crème". Yohann Petiot, directeur général de l'Alliance du commerce (grandes enseignes), fixe une "ligne rouge": "Nous ne voulons pas de discrimination entre opérateurs et metteurs en marché".
"Il y a de la place pour tout le monde", dit-il, soulignant que seuls 30% des vêtements sont aujourd'hui collectés, loin de l'objectif de 60% fixé pour 2028.
Par Olivier LEVRAULT, avec Zoé LEROY à Bruay-la-Buissière / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP