Thierry Guerrier - Emmanuel Macron tente l’apaisement avec les pays musulmans

Éditorial politique

 

 

Emmanuel Macron a donné une interview à la chaine du Qatar, « Al Jazeera », pour tenter d’apaiser la colère suscitée, dans certains pays musulmans, par la re-publication des caricatures de Mahomet…

Pendant une heure, sur cette chaine télé d’info continue regardée par près de 40 millions de téléspectateurs dans le monde (y compris en France, surtout des musulmans), le président de la République s’est livré à un exercice d’équilibriste, très délicat. Il s’agissait pour lui, à la fois de défendre nos valeurs (la liberté d’opinion et de caricature, et la laïcité bien-sûr), mais aussi d’apaiser les tensions, en tentant de convaincre le monde musulman que son discours sur le refus du séparatisme et que la re-publication des caricatures de Charlie hebdo ne sont pas les deux manifestations d’un quelconque "complot" qu’aurait déclenchée la France contre l’Islam. Il a donc rappelé qu’en France, caricaturer, y compris le président de la République, c’est un droit, une liberté comme celle de penser ou d’écrire ce qu’on veut ! Et il a expliqué qu’on pouvait défendre le principe même de ce droit (ce qu’il a fait) sans pour autant aimer ou soutenir les caricatures de Mahomet. Il a d’ailleurs rappelé au passage que celles-ci n’étaient pas le fait du gouvernement français, mais celles d’un journal indépendant. Bref, Emmanuel Macron a essayé de tenir cette ligne difficile : ne pas céder un pouce aux islamistes qui attaquent la France, tout en essayant de montrer que la laïcité à la française, c’est en fait le respect de toutes les croyances - Islam compris, bien-sûr. Et pour bien montrer qu’il ne lâchait rien, le président français s’est permis, sur « Al Jazeera », très regardée là-bas, de rappeler que ce n’est pas en France qu’on casse les mains des caricaturistes, qu’on tue et emprisonne les journalistes… Visant ainsi, sans les nommer, la Turquie, l’Iran ou encore le Pakistan…

Mais quel était le but réel de cet entretien? Car Emmanuel Macron sait bien que cette seule interview ne suffira pas à calmer le jeu... ?

D’abord, tout ça va mieux en le disant. S’expliquer dans un tel contexte ne fait jamais de mal. Mais vous avez raison, le président visait à la fois les masses musulmanes hors de nos frontières, en tentant de contourner leurs dirigeants, tout en parlant aussi aux musulmans de France. Emmanuel Macron avait pour eux le même message: la laïcité à la française, ce n’est pas attaquer votre foi. C’est la mettre à sa juste place: dans la sphère privée, à la maison. Comme le catholicisme ou le judaïsme, et tout ça dans le respect. Or, le président de la République redoute que, pour certains de nos concitoyens musulmans, la réaffirmation de ces règles en ce moment, couplée à la republication des caricatures de Charlie, soit vécue comme une agression volontaire.

 

C’est notamment toute la pédagogie sur la « loi de 1905 » de séparation des églises et de l’Etat, qui est à refaire, non ?

En tout cas, le président a conscience que cette loi qui stipule que « l’état respecte tous les cultes, mais n’en favorise aucun », devrait être mieux expliquée, hors de France, comme ici-même, pour rappeler à tous que la liberté de croyance est totale chez nous, du moment qu’elle ne déborde pas dans la sphère publique. Peut-être Emmanuel Macron devra-t-il réunir de nouvelles assises de la laïcité, avec toutes les religions et même les athées, pour que tous redisent leur attachement à ces règles...