Stéphane Le Foll : la gauche s'est "enfermée dans cette idée de l'union"

Stéphane Le Foll, maire PS du Mans et ancien Ministre, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 9 juin 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Stéphane Le Foll interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 9 juin 2021 à 7h40.

Stéphane Le Foll : "il n’y a plus cette capacité à respecter les élus de la démocratie"

En visite dans la Drôme, mardi 8 juin, Emmanuel Macron a été giflé. Un geste filmé qui a fait très rapidement le tour d’internet. "Ça signifie qu’il y a aujourd’hui en France des gens qui n’acceptent plus la règle de la démocratie", estime Stéphane Le Foll qui explique que la démocratie est née "pour pacifier les rapports" par le biais de débats et de votes. "Là on est passés sur l’idée qu’il n’y a plus cette capacité à respecter les élus de la démocratie". Pour l’ancien ministre, gifler le président de la République c’est gifler "celui qui représente la France. Et ça, c’est parfaitement inacceptable".

 

 

Emmanuel Macron a toutefois tenté de minimiser les faits, en déclarant qu’il s’agissait d’un acte isolé d’un individu seul. "Qu’il minimise et qu’il poursuive, je comprends." Néanmoins, le maire PS du Mans souligne qu’il "n’y a pas que le président de la République qui a été agressé : je le voyais il y a encore peu de temps, un maire a été agressé et de manière beaucoup plus violente".

"Qu’on ne se pose pas la question plus large de ce qu’il se passe aujourd’hui, ce serait une erreur", juge le ministre qui parle d’un "irrespect total" de la gifle "qui aurait pu être beaucoup plus grave s’il y avait eu n’importe quelle arme dans la main de ce personnage".

 

"On sait qu’il y a des risques"

Malgré cela, Stéphane Le Foll estime que "tout ce qui va être excessif, avec des propos, avec des violences verbales ; tout ce qui va conduire, justement à laisser penser que tout ça s’est normal" et que "s’invectiver continuellement" sans apporter de réponses aux questions que se posent les citoyens, "participe à un climat" qui pourrait laisser penser aux citoyens que "tout est permis". Il s’adresse ainsi aux élus eux-mêmes dont les déclarations sont parfois violentes. Mais il tient à préciser que "non, tout n’est pas permis".

François Hollande avait lui-même été agressé à coups de farine, durant la campagne présidentielle de 2012. "Vous avez aussi Jacques Chirac et son tir de carabine...", rappelle le maire du Mans. "On sait qu’il y a des risques".

La gifle a fait revenir sur le devant de la scène la question de la sécurité du président de la République, qui a pu sembler trop faible. "Elle est assurée, mais après, face à un imprévu, souvent il faut faire un retour d’expérience". Stéphane Le Foll souligne qu’il y a une solution simple : "vous n’allez plus au contact", ce qui garantit une sécurité maximale… "mais il n’y a plus ce contact nécessaire, aussi, en politique".

 

"Rendez-vous après les régionales et les départementales"

Depuis des années au Parti Socialiste, Stéphane Le Foll en est l'un des membres éminents. Sur la situation actuelle de la gauche en général, il estime qu’elle s’est "enfermée dans cette idée de l’union". "Elle n’a pas réfléchi à ce qu’était l’enjeu premier de la politique", à savoir "si on gagne, qu’est-ce qu’on va faire", "à quelles questions on répond" ou encore "comment on s’y prend".

Pour lui, la gauche est entrée dans le "confort de l’opposition qui consiste à critiquer, critiquer". Et, désormais, elle voit "comme seule alternative électorale, l’union". "Je l’avais dit, moi, pendant le conseil national en début d’année : je donnerai rendez-vous après les régionales et les départementales. Et on regardera ce qu’il se passe électoralement" pour en tirer des "conclusions".

 

"Il faut une réflexion de fond"

Alors que le Rassemblement national semble devant ses concurrents "un peu partout" et "que la gauche est en-dessous de 30%" dans les sondages, "tout ça a été un choix stratégique qui a été une erreur". Ce choix, est celui de l’union qui oblige, par exemple, à s’allier avec Jean-Luc Mélenchon. "Mais de quoi on parle ? De quelle gauche on parle ? De quel projet on parle ?", s'interroge l’ancien ministre.

Pour lui, "il faut une réflexion de fond" au niveau de la gauche, notamment après la crise qui a "accéléré des changements de rapport non seulement à la politique, mais qui nécessitent aussi de la part des politiques de comprendre ce qu’il s’est passé".

Pour 2022, alors qu’Olivier Faure avait déclaré qu’un candidat PS ou écologiste ferait l’affaire pour la gauche, Stéphane Le Foll estime que si l’écologie est un combat qu’il "partage", il y a dans l’écologie "un angle mort", à savoir "les couches insécurisées". "Celles qui n’ont pas la perspective de la fin du monde mais qui ont la perspective de la fin du mois."

 

"On n'a pas une proposition sur la table"

Un congrès du Parti socialiste est prochainement prévu, même si Stéphane Le Foll "ne croit pas qu'il règle les problèmes". Dans le cas où Anne Hidalgo, pressentie pour se présenter en 2022, se rangerait derrière Olivier Faure, "il se passera ce que je pense, Olivier Faure gagnera ce congrès et on n'aura pas réglé les problèmes politiques", craint-il. Pour l'ancien ministre, "la vraie question à se poser c'est de savoir si on veut un candidat, sur quelles bases et lignes politiques on le porte". Une question qui "n'est posée nulle part", regrette l'élu.

Le cadre du Parti socialiste regrette l'absence de "propositions sur la table pour savoir comment on désigne un candidat". Le secrétaire général du PS, Olivier Faure a pourtant émis l'idée de valider "un conseil des sages" pour désigner un candidat et un projet socialiste pour 2022. "Mais qui sont-ils ?", s'interroge l'ancien ministre.

 

L'extension des terrasses pérennisées au Mans

Dans sa ville du Mans (Sarthe), la réouverture totale des restaurants, mercredi 9 juin, s'accompagne de la décision de la municipalité de "pérenniser les extensions de terrasses". Des discussions avec les commerçants seront entreprises pour "savoir si certaines seront saisonnières". Les surfaces occupées aujourd'hui resteront "gratuites pour cette année", précise Stéphane Le Foll.

 

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