Sibeth Ndiaye : "Notre pays n’est pas un pays raciste. Mais, oui, il y a des brebis galeuses"

Sibeth Ndiaye était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 5 juin 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Sibeth Ndiaye interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 5 juin 2020 à 7h40.

L’Île-de-France est toujours en orange, ce qui limite certaines libertés durant la phase 2 du déconfinement. Anne Hidalgo, maire de Paris, réclame le passage de la région en "vert". Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, se dit "étonnée quand les responsables politiques réclament le fait que telles régions passent de l’orange au vert". "C’est un peu comme si c’étaient les responsables politiques qui décidaient de la circulation du virus".

 

"En fait, il y a des indicateurs sanitaires", explique-t-elle. "Ce sont eux qui déterminent les seuils de vigilance". "Ce n’est pas moi et ce n’est pas Anne Hidalgo qui allons décider du basculement de la région Île-de-France de l’orange au vert".

"La vie du virus et sa temporalité ne sont pas celles de la politique"

Quant à la date du basculement, Sibeth Ndiaye ne se prononce pas. "C’est beaucoup trop tôt pour le dire". Notamment, car la phase 2 du déconfinement n’a commencé "qu’il y a deux jours". "Il faut laisser du temps au temps", et ce même si on est impatient. "La vie du virus et sa temporalité ne sont pas celles de la politique", tranche la porte-parole.

"On refera le point à la fin du mois de juin avant la date limite du 22 juin", précise Sibeth Ndiaye. "Nous ferons à nouveau un bilan des indicateurs" et "nous déciderons en fonction de ces indicateurs".

"Certaines mairies ont surinterprété le protocole sanitaire"

Sur la réouverture des écoles, le ministre de l’Éducation a parlé de "souplesse" : certaines écoles sont en effet encore fermées, on estime à 80% le taux d’ouverture des classes et à 20% le taux des élèves présents. "Nous souhaitons que le maximum d’enseignants puisse être présents", mais certains "présentent des fragilités" et le gouvernement se doit de garantir leur sécurité sanitaire, explique Sibeth Ndiaye. "Il est hors de question de les mettre en danger".

Selon la porte-parole du gouvernement, "certaines mairies ont surinterprété le protocole sanitaire" notamment en n’ayant des classes que de 5 élèves alors que "nous savons que nous pouvons aller jusqu’à la quinzaine" d’élèves. "Ce que nous souhaitons, c’est que les mairies qui n’ont pas encore rouvert leurs écoles, puissent le faire le plus rapidement possible". Et, surtout, que "celles qui le font avec un excès de prudence puissent le faire dans le cadre du protocole sanitaire, pas plus, pas moins".

Sur le fait qu’il n’y ait qu’environ 50% de professeurs qui sont retournés dans les écoles, Sibeth Ndiaye répète : "on ne va pas les mettre en danger. On est très respectueux de leur santé". "Mais évidemment, dès qu’ils le peuvent, il faut qu’ils puissent revenir". De toute manière, à domicile, les professeurs effectuent du travail en "distanciel", précise l’invitée de Patrick Roger, afin de garantir la continuation du "service public de l’éducation".

"Nous devons envisager la prolongation de l’État d’urgence"

Plusieurs rumeurs prêtent à l’Élysée et au gouvernement la volonté de prolonger l’État d’urgence sanitaire au-delà de la date de fin prévue du 10 juillet 2020. "Nous devons envisager la prolongation de l’État d’urgence", juge Sibeth Ndiaye qui explique que la décision ne sera prise que lors d’une réévaluation de la "situation sanitaire". Et ce même si l’épidémie recule, ce qui est une bonne nouvelle : "tous ensemble, avec les mesures qui ont été prises, on a su faire ralentir voire même régresser complètement l’épidémie".

Pour autant, "je ne sais pas lire dans une boule de cristal", précise Sibeth Ndiaye : "je ne sais pas lire l’avenir, je ne sais pas vous dire s’il y aura une seconde vague ou pas. Et donc il faut qu’on soit attentifs, ensemble".

"J’aimerais bien que sur l’hydroxycholoroquine on arrête de se le jeter à la figure"

Sur l’hydroxychloroquine et l’étude de la revue The Lancet qui est remise en cause par ses propres auteurs, Sibeth Ndiaye tient à rappeler : "il faut bien retenir, dans cette affaire, que ça n’est pas une décision politique" que de décider de l’arrêt des tests sur l’hydroxychloroquine. "J’aimerais bien que sur l’hydroxycholoroquine on arrête de se le jeter à la figure" parce que "ce sont des médecins et des scientifiques qui doivent évaluer" le protocole médical et son efficacité.

"Lorsqu’Olivier Véran a fait le choix de suspendre les essais cliniques sur l’hydroxychloroquine", il a pris sa décision sur l’avis de la Haute Autorité de Santé Publique, "qui elle-même s’était appuyée non seulement sur l’étude du Lancet, mais également sur des études émanant du New England Journal of Medecine et d’autres revues scientifiques". Toutes ces études, selon Sibeth Ndiaye, "convergeaient" et estimaient qu’il n’y avait pas "d’effets positifs" sur le médicament.

"Il faut avoir des retours du terrain"

La situation a changé depuis, ce qui ne remet pas en cause la décision du gouvernement selon la porte-parole : "on doit s’appuyer à chaque fois sur des consensus scientifiques pour prendre des décisions". Elle rappelle également qu’Olivier Véran avait "écrit au Lancet" à cause des doutes soulevés sur cette étude afin d’avoir des précisions, lettre restée sans réponse à ce jour. "On va tranquillement attendre d’avoir l’avis et de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et de la Haute Autorité de Santé publique (HASP) pour voir comment nous devons, ou pas, reprendre ces essais en France".

Quant à Olivier Véran, "il a beau être médecin, il n’est pas non plus en train de réaliser les essais thérapeutiques". "Il faut avoir des retours du terrain." Toutefois, estime Sibeth Ndiaye, "on a très souvent reproché aux politiques de prendre des décisions sans queue ni tête, et ce n’est pas ce que fait Olivier Véran aujourd’hui."

"J’appelle les collectivités locales à délivrer des permis de construire"

Le gouvernement a présenté, le 4 juin 2020, son plan pour l’apprentissage où, entre autres, il augmente les aides à l’embauche des apprentis ; mais il n’a toujours pas présenté de plan de relance global de l’économie. Sibeth Ndiaye ne se prononce pas sur la date de présentation de ce plan : "je ne peux pas vous le dire parce que ce n’est pas une décision qui m’appartient".

Elle précise néanmoins que le gouvernement a "la volonté de consulter les organisations syndicales", et ce sous 15 jours. Objectif ? "Construire ensemble une nouvelle donne pour l’emploi". "Nous savons que la crise qui s’avance devant nous, c’est une crise qui sera terrible". Les chiffres annoncés par le gouvernement sont "des chiffres qu’on n’a jamais connus" alors que l’économie française "partait sur de bons rails" en début d’année. "On a pris un uppercut au foie, maintenant il faut aller de l’avant".

"Il faut qu’on puisse donner des signaux de confiance aux entrepreneurs", notamment pour le BTP, et cela passe par des contrats. Pour ce faire, "il faut que la commande publique puisse repartir". "J’appelle les collectivités locales à délivrer des permis de construire".

"Je ne crois pas que la police française soit raciste de manière organisée"

Les manifestations contre les violences policières se poursuivent en France avec des appels à manifester pour le samedi 6 juin 2020. Même Omar Sy a pris la parole et a lancé une pétition. "Réveillons-nous", a-t-il déclaré.

"Je pense qu’il a raison." Toutefois, elle ne "partage pas tout dans sa tribune". "Je ne crois pas que la police française soit raciste de manière organisée". Il peut "y avoir des individus qui sont racistes, ça existe", concède la porte-parole du gouvernement tout en rappelant que c’est le cas "dans tous les corps sociaux". Elle estime qu’effectivement les personnes originaires "d’une minorité ethnique" ont certaines difficultés comme pour trouver "un emploi" ou "un logement", ce qui peut entraîner "un rapport à la police un peu modifié". "On ne va pas se voiler la face, c’est une réalité". "Mais je ne veux pas non plus laisser dire qu’il y aurait un racisme d’État organisé, parce que ce n’est pas vrai".

"Au lycée, on m’a demandé si j’avais l’électricité et si je vivais dans une case"

La porte-parole du gouvernement parle de son expérience personnelle en tant que femme noire en France. Elle raconte d’ailleurs une anecdote à l’antenne de Sud Radio. "La première fois que je me suis rendue compte que j’étais noire, ça m’est arrivé en France". Chez elle, au Sénégal, ce n’était pas le cas et "le sujet ne se posait pas de cette manière-là". "En arrivant en France, j’ai ressenti que j’étais différente", mais ne s’est pas sentie "ostracisée" ou "rejetée".

"Je suis arrivée en France, j’avais 15 ans", confie Sibeth Ndiaye qui concède qu’elle a été victime de racisme "sous certaines formes". Il s’agissait de questions "sur l’endroit où vous vivez" : "au lycée, on m’a demandé si j’avais l’électricité et si je vivais dans une case". Pour elle, c’est lié à une "méconnaissance de l’autre". "Le racisme s’appuie d’abord sur la peur, c’est quand on ne connaît pas l’autre". Le racisme, comme l’antisémitisme, "nous devons le combattre fermement", estime-t-elle.

"Je pense que ces manifestations, dans un contexte sanitaire qui est le nôtre, elles ne devraient pas se tenir"

Concernant les rassemblements, "je pense que ce n’est pas une bonne idée" étant donnée la situation sanitaire en France. Les interdictions des rassemblements, en vigueur en France, ont en effet été décidées pour des raisons de sécurité sanitaire. "On voit dans ces manifestations que tout le monde n’a pas de masque".

Mais "ces manifestations révèlent qu’il y a un malaise". "On doit l’entendre et on doit être capables d’y apporter une réponse." Quant aux manifestations annoncées pour le 6 juin 2020, Sibeth Ndiaye reste ferme : "je pense que ces manifestations, dans un contexte sanitaire qui est le nôtre, elles ne devraient pas se tenir". "Il faut que ces gens qui ont envie de manifester trouvent une autre manière de s’exprimer".

"Notre pays n’est pas un pays raciste. Mais, oui, il y a des brebis galeuses"

L’autrice Virginie Despentes a, dans une lettre relayée par France Inter, déclaré que "je ne me souviens pas avoir vu en 50 ans un homme noir ministre". Une affirmation fausse. La porte-parole du gouvernement se dit "loin de partager les idées qu’elle développe". "On a des tensions qui sont importantes", estime Sibeth Ndiaye. Des tensions liées, entre autres, à l’affaire George Floyd aux États-Unis. Mais la situation américaine n’est "absolument pas comparable" à la situation en France. "C’est hors de propos de faire la comparaison".

"Notre pays n’est pas un pays raciste. Mais, oui, il y a des brebis galeuses." À cause du "manque d’éducation" ou encore "de la peur de l’autre", "il existe du racisme en France", concède-t-elle tout en appelant à "ne pas mettre tout le monde dans le même panier".

 


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