Référendum sur le climat : "Chronique d’un échec annoncé" pour Stéphane Le Foll

Stéphane Le Foll, maire PS du Mans et ancien ministre, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le mercredi 16 décembre sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Stéphane Le Foll interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 16 décembre 2020 à 7h40.

Le gouvernement a donné les dernières consignes pour Noël et notamment une qui a surpris : autoriser de garder les enfants à la maison les jeudi 17 et vendredi 18 décembre, plutôt que d'aller en cours pour s’autoconfiner. "Ce n’est pas clair", réagit Stéphane Le Foll. "C’est pas clair quand Olivier Véran, à propos des tests, dit ‘faites-vous tester mais si vous êtes négatif ça ne veut rien dire". Un paradoxe alors qu’une campagne de tests massifs est lancée dans plusieurs villes de France. "Vous ne pouvez pas avoir d’injonctions contradictoires", affirme l'ancien ministre.

"Il y a en termes de confiance, quelque chose qui s’est rompu"

Pour ce qui est de cet auto-confinement, qui nécessite que les enfants n’aillent pas à l’école, "on ne comprend pas pourquoi il y a cette espèce d’agitation et d’expression multiple qui, au lieu de fixer une ligne, de donner une cohérence, de rassurer, finit par, non pas inquiéter", estime-t-il, en soulignant que cela "donne l’impression que finalement ça ne sert à rien d’écouter ce qui se dit". "Il y a en termes de confiance, quelque chose qui s’est rompu", rapporte le maire PS du Mans. "La seule chose qui va marcher c’est le couvre-feu", prévient l'élu.

Dans sa ville du Mans, l'édile annonce avoir organisé les tests "à la fois sur les PCR et les antigéniques". "Ce que je souhaite vraiment, c’est qu’on arrive à avoir très rapidement des tests salivaires" qui permettraient de mettre en place "des stratégies", dans les établissements scolaires ou "dans les grands événements sportifs".
Ces tests "permettraient d’avoir des activités" en garantissant une prémunition "d’une partie de la contamination", estime Stéphane Le Foll.

"Le monde de la culture est pénalisé durement"

Depuis les annonces de la stratégie de déconfinement, jeudi dernier, l'ancien ministre remarque que "le monde de la culture est pénalisé durement". Ce secteur doit rester fermé jusqu’au 7 janvier 2021 minimum, contre une ouverture annoncée initialement au 15 décembre. Il y a "une forme d’incompréhension" car "il y a une organisation qui est possible", réagit Stéphane Le Foll, qui souligne que cette décision "empêche la contamination par la limitation des déplacements, parce que c’est ça l’objectif".

"Et qui sont les victimes ? Ceux qui, le soir, ont des activités", pointe-t-il. "On devrait mettre en place des stratégies qui devraient permettre de continuer toutes ces activités", estime l’ancien ministre, dans l’attente de l'arrivée des vaccins. "Au lieu de ça on a l’auto-confinement personnel", regrette le maire du Mans.

"Le centre de santé est compté plein pot comme une dépense qui est le choix du maire"

Depuis quelques années, l’État a incité de nombreuses communes à installer des Maisons de Santé pour répondre à la désertification médicale en France. Stéphane Le Foll est venu en parler car sa municipalité va devoir payer une amende de 400.000 euros. "Qu’est-ce qu’il se passe ? Il y a eu le pacte de Cahors où il fallait que les communes respectent 1,20% d’augmentation des dépenses de fonctionnement" au maximum par an, rapporte le maire de la préfecture sarthoise.

"Le centre de santé du Mans a été mis en œuvre en 2018", explique le maire qui rappelle qu’il s’agit là de l’année de son élection. "Il arrive en 2019, pour 500.000 euros de fonctionnement, avec un résultat extrêmement positif. Ce centre fonctionne très bien", souligne le maire. "Cette dépense sur le centre de santé, est comptée plein pot comme une dépense qui est le choix du maire et qui est comptée comme ‘on ne maîtrise pas ces dépenses de fonctionnement’", déplore Stéphane Le Foll qui s’indigne d'avoir "payé sur 500.000 euros de fonctionnement, une amende de 400.000 euros".

"Il y a des moments où la colère est là"

"J’ai envoyé un courrier au ministre en lui demandant de neutraliser cette dépense" car c’est l’État qui demande des centres de santé. "Cela fait partie des dépenses des communes et donc ça n’a pas à être neutralisé", lui aurait répondu le ministre Olivier Dussopt. "Quand j’entends ce gouvernement, et quelques fois M. Dussopt, donner des leçons… On va passer à 122% d’endettement au niveau du pays ; on va avoir un déficit budgétaire qui va atteindre 8, 10, 11, 12%… je ne sais plus ; on va avoir une sécurité sociale qui va avoir un déficit de plus de 40 milliards d’euros, déficit qui était déjà engagé avant la Covid", dénonce l'ancien membre du gouvernement de François Hollande.

"Quand on se prend des leçons par quelqu’un que j’ai connu comme député socialiste il n’y a pas si longtemps, franchement, il y a des moments où la colère est là", confie Stéphane Le Foll, qui demande "une chose simple" : "que les dépenses des centres de santé soient neutralisées". Il explique que les collectivités qui font ces dépenses "ne font que compenser l’absence d'une politique de santé au niveau de l’État".

"On annonce un référendum qui ne se fera pas"

Emmanuel Macron a annoncé envisager un référendum constitutionnel pour intégrer la lutte écologique dans le premier article de la Constitution française. "Chronique d'un échec annoncé", commente l'ancien ministre de l'Agriculture. "Toute sa politique sur l'écologie a été faite d'effets d'annonces : fin du glyphosate, puis après on y revient ; fin des néonicotinoïdes, et puis après on dit 'c'est pas ça qu'il faut faire'", note-t-il.

"Et puis là, on fait une convention" avec des citoyens à qui on dit "travaillez, toutes les propositions que vous ferez, on les prendra, et puis en fait on les reprend pas", déplore Stéphane Le Foll qui conclut que "pour solder cet échec annoncé, on annonce un référendum qui ne se fera pas". Selon lui, la priorité du gouvernement en 2021 sera autre, et la situation sanitaire et économique de la France ne permettront pas une organisation sereine d'un vote de cette ampleur.

 

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