Rachida Dati : "Paris est devenue un lieu de batailles rangées."

Rachida Dati était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 23 juin 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Rachida Dati interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 23 juin 2020 à 7h40.

Dans les sondages, Rachida Dati, maire Les Républicains du 7e arrondissement de la Capitale et candidate à la Mairie de Paris, est en légère hausse pour le deuxième tour des élections municipales 2020 à Paris, 34% contre 45% pour sa principale rivale, la maire sortante Anne Hidalgo. "J’ai tiré trois enseignements de cette campagne" et des sondages qui donnent "une tendance", explique la candidate. "Le premier enseignement est que la dynamique a toujours été en notre faveur."  Une dynamique qu’elle explique par le fait que son équipe a fait "des alliances avec les Parisiens", Les Républicains n’ayant pas fait d’alliances avec d’autres partis.

"Si vous voulez le changement, il faut voter utile"

"J’ai commencé ma campagne par le nord et l’est, parce que pour l’essentiel c’est le Paris abandonné", précise la candidate. Ces quartiers sont abandonnés "à tout" : délinquance, trafics, dépossession de l’espace public, pollution, dégradation… "J’ai pu élaborer mon programme dans cette proximité avec les Parisiens."

Le deuxième enseignement, pour la candidate, est que "le camp du changement est majoritaire". "Une majorité de Parisiens souhaite le changement." Rachida Dati estime que "si vous voulez vraiment changer Paris, c’est effectivement le vote utile" qu’il faut prioriser. "Si une voix va ailleurs, ça favorise la réélection d’Anne Hidalgo", explique-t-elle.  Et, pour elle, "le vote utile, c’est quand même nos listes". La liste LR est "pas très loin" en termes d’intentions de vote de celle d’Anne Hidalgo. Elle en appelle donc aux électeurs d’En Marche dont la candidate, Agnès Buzyn, troisième dans les intentions de vote, s’est maintenue pour le deuxième tour : "si vous voulez le changement, il faut voter utile. Et pour voter utile, il faut voter pour nos listes".

"Si je suis maire de Paris demain, le changement vous le verrez dès le premier jour"

Les changements que prévoit la candidate sont variés. Elle explique que lorsqu’elle demande "‘est-ce que vous êtes contents de Paris ?’", la "première réaction", précise-t-elle, c’est "Paris c’est très sale, on n’en peut plus". Les Parisiens se plaignent des dégradations et de la délinquance en forte hausse. "Vous avez vu que la délinquance a explosé à Paris." La Capitale est "au-dessus de la moyenne nationale pour les cambriolages, les vols avec violence et les vols y compris sans violence".

"Si je suis maire de Paris demain, le changement vous le verrez dès le premier jour", annonce la candidate. Une "ville propre 24h/24 7j/7 avec des brigades d’intervention, notamment dans les lieux les plus utilisés". Ces brigades "n’existent pas", explique Rachida Dati qui souligne qu’il y a "plus de 7.000 agents à la direction de la propreté" dont "moins des deux tiers" sont "effectivement sur le terrain". Ces agents, qu’elle ne "remet pas en cause", n’auraient "pas d’instructions" ni de "direction". "Il faut diriger, réorganiser cette direction de la propreté."

"Aujourd’hui, tous les détails de la ville de Paris sont dégradés"

Parmi les points forts du programme de Rachida Dati, il y a l’instauration d’une police municipale armée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui dans la Capitale. "La police municipale armée va servir en complément de la police nationale à lutter contre la délinquance du quotidien." Cette délinquance du quotidien est en effet ce dont "souffrent les Parisiens". "Une ville, elle est belle par ses détails", juge la maire du 7e arrondissement. "Aujourd’hui, tous les détails de la ville de Paris sont dégradés."

"L’écologie, c’est un engagement de tous"

"Je voudrais fondamentalement changer sur la propreté, sur la sécurité, mais aussi sur le cadre de vie." Elle souligne l’impossibilité de circuler à Paris, mais également la dégradation des logements du parc social. "Je veux réhabiliter l’architecture pour réaménager notamment le parc social, mais aussi, s’il y a de nouveaux aménagements, que ces aménagements intègrent les aspects écologiques." Elle pense notamment aux fortes chaleurs caniculaires de l’été qui sont, chaque année, un problème dans la Capitale.

Au niveau de l’écologie, alors qu’Anne Hidalgo a fait une alliance avec EELV, elle juge que "c’est un engagement de tous". Elle souligne, par exemple, que "tout le monde s’est mis aux économies d’énergie" et qu’ensuite "on a changé nos modes de transport". De quoi lui faire conclure que l’écologie c’est aussi "une éducation à de nouveaux modes de vie qui sont plus écologiques, plus respectueux de la planète".

Le parc social est "dégradé et absolument pas aux normes environnementales"

Elle annonce également des améliorations sur les 240.000 logements sociaux où "tout est dégradé et absolument pas aux normes environnementales". "Je réhabilite et je fais un grand plan d’isolation thermique de tout ce parc social." Un plan financé par la mairie de Paris qui a un budget de 10 milliards d’euros, mais également "6,5 milliards de dettes, sans compter les dettes cachées".

La candidate annonce également de l’innovation architecturale : "j’ai pu consulter de nombreux architectes". Ces derniers lui ont "fait des maquettes sur des aménagements parisiens" qui intègrent "toute la dimension écologique dans l’architecture". Elle prend en exemple les Ehpad : "aujourd’hui, il n’y a aucun équipement pour limiter les effets de la canicule" dans les résidences sénior et les Ephad à Paris. "Je voudrais que les aménagements intègrent ces dimensions-là", avec des îlots de fraîcheur, par exemple, ou des brumisateurs. Une nécessité, pour la candidate : "tous les ans, à Paris, comme ce n’est pas anticipé et organisé, on court après les bouteilles d’eau et les brumisateurs".

Anne Hidalgo veut compliquer l’accès à Paris

Alors que Anne Hidalgo est fortement opposée à l’utilisation de la voiture à Paris, Rachida Dati estime qu’un plan de mobilité "ça ne se réduit pas à une politique de symboles" et notamment pas à "une piste cyclable" ou à la réduction de la vitesse sur le périphérique. Elle veut mener "un plan de mobilité d’ensemble", notamment à "l’échelle du Grand Paris".

Sur ce point, elle tacle la maire sortante : "non seulement elle fait des pistes cyclables de manière très limitée, et puis elle veut fermer le périph’" ou, tout du moins l’aménager ce qui va "un peu plus compliquer l’accès à Paris".

"Il n’y a jamais eu moins de voitures à Paris, et l’espace public n’a jamais été aussi tendu"

"Je ne connais pas une ville où ça marche uniquement sur du 100%" comme le 100% voiture ou le 100% vélo, estime la candidate LR qui juge que "la mobilité, c’est un mix de toutes ces mobilités". Mais il y a une condition : il faut que l’espace public soit "apaisé". "Est-ce qu’il est normal que quand il y a un secteur qui est fermé ou où il y a une piste cyclable, on n’utilise pas des données pour savoir qui circule dans Paris ?"

"On ferme des rues, sans étude d’impact", juge la candidate qui précise que, de fait, la circulation se reporte "sur les rues adjacentes". "La mobilité, c’est un équilibre." "Il n’y a jamais eu moins de voitures à Paris, et l’espace public n’a jamais été aussi tendu." Pour la candidate, c’est simple : "il faut réguler cet espace public".

Anne Hidalgo est "la maire du béton"

Rachida Dati, en tant que maire du 7e arrondissement, est attaquée sur le manque de logements sociaux dans son arrondissement. Une critique qu’elle balaye : "d’abord, le logement social, j’en ai fait dans le 7e arrondissement". Mais, surtout, elle rappelle que "le maire d’arrondissement n’a aucune compétence ni sur le foncier ni sur la construction de logements sociaux".

Elle critique Anne Hidalgo sur la "densification" qu’elle a réalisée durant son mandat. "C’est la maire du béton." Rachida Dati précise que la maire sortante a acté "des centaines de logements dans des zones déjà très tendues", comme les projets de tours dans le 18e arrondissement ou encore dans le 12e arrondissement. "On va rajouter des tours, de la densité, de la densification là où c’est déjà très dense et très socialement tendu".

"Nous, on est contre la bétonisation, on veut végétaliser toutes les friches existantes ou ce qu’on appelle les délaissés fonciers."

"Paris est devenue un lieu de batailles rangées"

La police municipale armée semble aller à contrecourant de la tendance sociétale et, surtout, à l’encontre du mouvement populaire contre les violences policières. "Je ne vois pas le rapport", tranche la candidate. "La délinquance a explosé à Paris", répète la candidate qui regrette qu’on mette la police nationale "à toutes les sauces". "Elle contribue à régler ce qui n’a pas été réglé par le gouvernement, notamment toutes les crises." Les violences durant les manifestations sont désormais une habitude à Paris. "Paris est devenue un lieu de batailles rangées : il n’y a pas une manifestation, un événement festif qui se termine bien."

Rachida Dati se dit "très surprise et choquée par l’inaction et le silence de madame Hidalgo quand il y a des manifestations de Gilets jaunes et qu’on dévaste Paris". Elle explique que si elle était maire de Paris, elle recevrait les organisateurs des manifestations "pour organiser", mais également "les responsabiliser", et il en irait de même lorsqu’il y a "des événements festifs". "Vous ne pouvez pas avoir une ville dévastée systématiquement."

"Le problème et l’enjeu, c’est d’organiser la mobilité"

Les chauffeurs VTC ont manifesté lundi 22 juin 2020 contre l’interdiction de circuler dans certaines artères de Paris, notamment rue de Rivoli. Anne Hidalgo a toutefois tendance à opposer les taxis, profession réglementée, et les VTC, issus de l’économie numérique. "Le sujet, ce n’est pas la catégorie de taxi", estime la candidate LR à la mairie de Paris. "Le problème et l’enjeu, c’est d’organiser la mobilité."

La fermeture de la rue de Rivoli crée en effet des tensions, notamment entre les agents de la ville placés "tous les dix mètres pour empêcher la circulation" et qui déclarent se faire régulièrement insulter. "La circulation s’est reportée dans les rues adjacentes", explique Rachida Dati, ce qui a entraîné de l’incompréhension et de la tension. "Aujourd’hui, l’espace public est extrêmement tendu."

"On ne peut pas laisser une distorsion de cette nature"

Mediapart a publié un article qui dévoile ce qui pourrait être un scandale financier frappant les candidats LREM à la mairie de Paris, dont Laetitia Avia. Pour Rachida Dati, l’article "très étayé" met en évidence ce qui pourraient être "des aspects de détournement de fonds publics, de recel de détournement de fonds publics et également de financement illégal de campagne". Des affaires qui concernent "le 12e arrondissement et le centre de Paris, c’est-à-dire les arrondissements 1, 2, 3 et 4".

La candidate LR à la mairie de Paris explique que "nos candidats ont saisi évidemment le procureur national du Parquet financier, dont c’est la compétence, et le procureur de la République, mais aussi le président de la Commission nationale des comptes de campagne parce qu’on ne peut pas laisser une distorsion de cette nature". L’objectif est "qu’il y ait une action avant le 28 juin", date du deuxième tour des municipales, "pour évidemment pouvoir attester que le 28 juin, dans ces arrondissements, il n’y aura aucune atteinte à la sincérité du scrutin".

 

 

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