Pour Pascal Jouary, "le secret défense renforce le complotisme"

Invité d'André Bercoff sur Sud Radio, le journaliste Pascal Jouary, auteur de "Secret défense : le livre noir" (éd. Max Milo), démontre comment l'exécutif a pu abuser, depuis soixante-dix ans, de cette obscure notion de secret défense.

Pascal Jouary
Pascal Jouary, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états" sur Sud Radio.

Pascal Jouary était l’invité d’André Bercoff le lundi 15 novembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12-14h, "Bercoff dans tous ses états", pour son livre "Secret-défense : le livre noir" aux éditions Max Milo.

C’est un sujet dont on parle, par définition, très peu. Le secret défense. Derrière ce terme, se cachent de nombreuses informations, ou opérations, qui si elles étaient révélées, pourraient porter atteinte à la sécurité nationale. Mais le secret défense est-il pour autant infaillible ? N’y a-t-il pas eu, au cours de l’Histoire, et au nom du secret défense, des couacs, ou des erreurs commises ?

Le Covid-19 et le secret défense

C’est tout l’objet du dernier livre de Pascal Jouary. "Secret défense : le livre noir" (éd. Max Milo). Dans cet ouvrage, le journaliste a enquêté sur les échecs de la galaxie secret défense. Un véritable pavé dans la marre puisqu’il aborde, entre autres, la question de la gestion du Covid-19, dont certains points sont classés secret défense. Une gestion qui ne pourra être connue que dans des décennies, lorsque les informations en question seront "déclassifiées".

partir du moment où l’on a décidé de faire des Conseils de Défense à la place de Conseils des ministres, tout ce qui est dit dans ces conseils est classifié. Comme pour d’autres domaines. Il y a une espèce d’automatisation. C’est sensible, on classifie. À partir du moment où c’est classifié, c’est 50 ans ou 100 ans. Certains peuvent demander une déclassification, comme le président de l’Assemblée nationale, ou un juge. Mais en général quand un juge le demande, il ne l’obtient pas", explique Pascal Jouary sur Sud Radio.

L’exemple de Lafarge

À partir de ce moment-là, on peut se poser la question de la justification du secret défense. Pour Pascal Jouary, cette automatisation est contre-productive. "Il y a déjà une assez grande défiance du peuple à l’égard des institutions. Cela ne fait que la renforcer. À l’heure où l’on crée des institutions pour lutter contre le complotisme, cela ne fait que le renforcer. Y-a-t-il une bonne raison de cacher des choses ? Est-ce que cela en vaut la peine dans la balance ?" s’interroge le journaliste au micro d’André Bercoff.

Dans son livre, Pascal Jouary revient sur plusieurs affaires, où la question de la légitimité du secret défense a pu se poser. Par exemple, l’affaire Lafarge. Lafarge est soupçonné d’avoir versé des millions à des terroristes en Syrie dont Daesh. "C’est comme s’ils avaient financé des attentats jusqu’en 2030", lance-t-il. Quand la guerre a éclaté en Syrie, Lafarge était implantée sur place. "Les services français ont demandé à Lafarge de ne pas fermer leur entreprise, pour se servir du site comme d’un poste de renseignement et un poste opérationnel. Plusieurs millions ont été versés à Daesh pour obtenir des renseignements sur la guerre en Syrie", ajoute-t-il.

Quand la raison d’État perd de son statut

À travers ces multiples exemples, Pascal Jouary entend démontrer que parfois, en raison du secret défense, la raison d’État se mélange à des intérêts politiques ou commerciaux. Et cela sans aucun contrôle en raison d’une spécificité bien française. "Un article de la Constitution rappelle que les Affaires étrangères et la Défense dépendent uniquement de l’exécutif. Ce n’est pas partout comme ça. Et c’est cela qui leur permet de faire des Conseils de Défense", précise l’auteur du livre "Secret défense : le livre noir" (éd. Max Milo).

"J’ai essayé d’interroger tous les acteurs autour du secret pour que l’on se rende bien compte. Il y a des victimes qui savent beaucoup de choses, il y a des avocats, l’armée, des paroles du renseignement qui défendent le secret", conclut le journaliste ajoutant que "ceux qui sont impliqués diront toujours qu’ils ont une éthique. Du point de vue citoyen, il n’y en a pas et la raison d’État est complètement dévoyée".

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Retrouvez André Bercoff et ses invités du lundi au vendredi sur Sud Radio, à partir de midi. 

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