Politique : la disparition du clivage gauche-droite en France

La politique française est-elle en train de changer de visage ? Oui pour le politologue Jérôme Sainte-Marie, pour qui le clivage gauche-droite laisse progressivement sa place à la mise en place de deux blocs : le bloc populaire et le bloc élitaire.

Jérôme Sainte Marie
Jérôme Sainte Marie, invité d’Arthur de Laborde dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio

Le politologue Jérôme Sainte-Marie était l’invité d’Arthur de Laborde le vendredi 17 décembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états", à l’occasion de la sortie de son livre Bloc populaire, aux éditions du Cerf.

Le "populisme" à la loupe

Dans Bloc contre Bloc, Jérôme Sainte-Marie démontrait la polarisation de la vie politique française. Dans cet ouvrage, le politologue expliquait la naissance du bloc des "élites" françaises. Ainsi que les mécanismes parfois obscurs de son pouvoir. Avec Bloc populaire, ce spécialiste de la vie politique française met l’accent sur la naissance, la formation et l’évolution du bloc populaire, dans une sorte de parallèle finement tracé. Qu’en est-il aujourd’hui de ce qu’on appelle "le populisme" ? Peut-il l’emporter électoralement, à l’aube d’une élection présidentielle particulièrement scrutée ?

Le problème de l’électorat pour la gauche

Invité sur Sud Radio, Jérôme Sainte-Marie a commenté la récente déclaration de candidature à l’élection présidentielle de Christiane Taubira. A l’heure où aucun représentant actuel de la gauche n’est en mesure de remporter le scrutin, selon les derniers sondages. "Les sondages montrent également que testée au milieu de l’offre actuelle de la gauche, Christiane Taubira ne ferait que 2%. Je ne suis pas sûr qu’elle soit plus une solution au problème qu’un élément aggravant de la division de la gauche. Elle n’apporte pas une clientèle nouvelle, or la gauche est de plus en plus limitée" lance le politologue.

Dans les années 70, ajoute-t-il, la gauche bénéficiait d’un "front de classe". "Cela signifiait que dans une logique de progrès social, la fonction publique montrait la voie et était suivie par une bonne partie des ouvriers et des employés. La fonction publique et les classes populaires avaient partie liée dans l’électorat de gauche. Cette dynamique a été brisée dès le premier septennat de Mitterrand. Et on a constaté après chaque passage de la gauche au pouvoir une chute du vote ouvrier et employé" analyse encore Jérôme Sainte-Marie.

Une démarche pragmatique

Dans son dernier ouvrage, Jérôme Sainte-Marie s’intéresse donc au bloc populaire, en opposition avec le bloc élitaire. Deux blocs qui vont lourdement peser à l'occasion de la prochaine élection présidentielle.  "Je voyais au début du quinquennat d’Emmanuel Macron un alignement des opinions des cadres et d’une bonne partie des retraités en faveur de ses réformes. Il m’est apparu que sur les ruines du clivage gauche-droite s’était formée une solution très cohérente, unie dans son idéologie, choisissant une forme politique qu’est le macronisme, le bloc élitaire" explique-t-il sur Sud Radio.

A l’opposé de ce spectre, le bloc populaire, duquel dérive une forme de style "populiste". "Un bloc c’est une forme politique destinée à prendre le pouvoir, une idéologie et une sociologie. Dans cette vision des choses, le bloc populaire, ce sont des gens qui travaillent et qui n’arrivent pas à s’en sortir. […] Leur forme politique, c’est le Rassemblement national et Marine Le Pen" explique-t-il. Ajoutant qu’un candidat tel qu’Eric Zemmour peut rebattre les cartes dans ce domaine. Dans tous les cas, il y a le refus du clivage gauche-droite. Toute l’inquiétude des partis traditionnels à l’aube de cette élection présidentielle...

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