Pierre-Henri Tavoillot : "le premier art de gouverner, c'est l'art d'obéir"

Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, et auteur du livre Comment gouverner un peuple-roi ? Traité nouveau d’art politique (Odile Jacob), était l’invité d’André Bercoff mercredi 10 avril, sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

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"On vit une crise du pouvoir"

Selon André Bercoff, le livre de son invité, Pierre-Henri Tavoillot, est un traité politique qui parle à tous au moment de la crise politique qui agite la France, et permet de "démêler les chevaux quand on parle de peuple ou de démocratie." Concernant la période que l'on vit actuellement, le philosophe explique : "les diagnostics sont très différents. Dans le mot 'démocratie', il y a 'demos' et 'cratos', donc il y a deux manières de critiquer la démocratie : soit on considère qu'il n'y a pas assez de peuple, et donc il faut en mettre davantage, soit on considère qu'il n'y a ps assez de pouvoir, et qu'il faut en remettre davantage. C'est ce que l'on appelle la crise de représentation d'un côté, et l'impuissance publique de l'autre. Depuis que la démocratie existe, on est entre ces deux critiques."

Et Pierre-Henri Tavoillot de poursuivre : "On a tendance à dire qu'aujourd'hui l'on vit une crise de la représentation, mais je n'en suis pas persuadé. On vit une crise du pouvoir." Selon lui, le monde a changé et cette crise n'est pas due, comme on le laisse entendre, à un manque de courage des politiques ; mais leur marge est infiniment plus petite que par le passé. Il s'explique : "Gouverner est facile : on a quelques interlocuteurs, on a un espace public à peu près muselé, on a une puissance nationale importante, tout a changé. La mondialisation fait que la marge d'erreur des nations est assez restreinte. Par ailleurs la médiatisation fait que l'action politique est scrutée 24h/24. Et donc cet art politique est devenu infiniment compliqué." Il invite ainsi le peuple à en prendre conscience au lieu de critiquer systématiquement notre démocratie et nos dirigeants.

"Avec la démocratie participative, on risque de retrouver dans les urnes des minorités actives mais pas le peuple"

Comment parvenir à accepter que le travail des politiques est difficile et ne pas tomber dans la critique trop facile ? "Notre grand défi, nous autres citoyens, est de nous attacher à comprendre notre régime explique l'enseignant de Sciences Po, qui avoue : il m'a fallu sept ans pour en comprendre les méandres." Il appelle à un débat public réaliste, qui ouvre des solutions et de préciser qu'en politique, le choix se fait toujours entre la mauvaise et la pire. Selon lui, la démocratie participative ne peut s'installer dans la durée : "la démocratie participative demande de la disponibilité : on risque donc de retrouver dans les urnes les minorités actives, des minorités militantes et pas le peuple. Et sous couvert de donner le pouvoir au peuple, on va l'usurper. La démocratie participative c'est la dictature de ceux qui ont le temps."

Pierre-Henri Tavoillot estime donc que les députés sont indispensables : "le premier art de gouverner, c'est l'art d'obéir. L'obéissance ce n'est pas être soumis, mais 'prêter l'oreille'. Cela signifie être attentif au réel et aux autres. Il faut renoncer à voir le peuple en face de soi : le peuple est pluriel et discute ensemble dans un espace publique." Enfin, l'auteur de Comment gouverner un peuple-roi ? évoque le chef de l'État et son rôle : "Un Président de la République doit composer avec l’Europe, avec le Monde et avec tous les médias qui s’interposent..."

 

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