Philippe Martinez : "Le problème de ces aides c’est qu’on licencie d’abord et qu’on discute après"

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 24 septembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Philippe Martinez interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 24 septembre 2020 à 7h40.

Au lendemain des nouvelles annonces du ministre de la Santé, Olivier Véran dans la lutte contre la Covid-19, Philippe Martinez regrette "des mesures annoncées sans véritablement de concertation". Le gouvernement, selon lui, dit "tout et son contraire depuis début mars". Le secrétaire général de la CGT concède qu’il faut éviter le reconfinement, "à condition que le discours et le message soient clairs", rappelant le couac de communication sur le port du masque. "Les citoyens ne comprennent pas", rapporte-t-il.

Avec le gouvernement, Philippe Martinez concède qu’il "y a des discussions" tout en demandant : "qu’est-ce que c’est qu’une concertation ? C’est un coup de fil pour nous expliquer comment ça va se passer ou c’est un vrai échange et la prise en compte de nos propositions ?"

 

Des aides suffisantes pour les entreprises ?

Le gouvernement a mis en place de nombreuses aides pour les entreprises pour faire face à la crise sanitaire et économique. "Le chômage partiel c’est une bonne chose", admet Philippe Martinez tout en critiquant "le chômage partiel conditionné à des accords de compétitivité" qui pose problème. "Le problème de ces aides c’est qu’on licencie d’abord et qu’on discute après", souligne le syndicaliste.

De nombreuses entreprises ont annoncé des plans sociaux, terme que Philippe Martinez tient à préciser : "des plans de licenciements ; ça n’a rien de social. Se faire virer n’a rien de social". Ces plans annoncés par les entreprises vont impacter les petites sociétés "dont on parle moins" et qui sont des "dégâts collatéraux", selon le syndicaliste qui précise que ce sont "des gros dégâts". "Ce qui est assez regrettable et scandaleux c’est qu’on a donné de l’argent à ces grandes entreprises et qu’il n’y a pas d’alternatives à ces suppressions d’emplois", note le porte-parole de la CGT.

Les aides obtenues par les grandes entreprises qui annoncent des plans sociaux devraient être "remboursées", demande Philippe Martinez. "Et puis quand ils ne veulent pas céder leur boîte ou céder les murs, on leur pique et puis c’est tout", justifie-t-il.

Allier le social et l'environnemental

La fermeture de Bridgestone est également liée au refus des syndicats de valider en 2019 un accord de performance faisant passer le temps de travail de 32 heures à 34 heures. "On met toujours le couteau sous la gorge ou vous êtes virés", s'indigne Philippe Martinez qui rappelle que le même référendum avait été adopté chez Smart, dans l’usine de Hambach en Moselle qui, elle aussi, va fermer et avant d'être reprise.

Le syndicaliste souligne l’incohérence du gouvernement auquel "on n’arrête pas de faire des propositions". "On parle de sauver la planète et on va faire fabriquer à 10.000 km de chez nous des choses qu’on peut fabriquer ici et qui sont utiles ici", dénonce Philippe Martinez qui demande des appels d’offres publics contenant "des clauses sociales et des clauses environnementales". "Faire venir des produits de l’autre bout de la planète, c’est pas bon pour la planète", estime le numéro un de la CGT.

Il ne prône non pas du protectionnisme national mais du "protectionnisme social et environnemental".
Le protectionnisme social c’est "appliquer des règles internationales de droits des salariés", explique-t-il. Une application qui pourrait être réalisée par l’OIT, une branche de l’ONU. Parmi les règles internationales il y a le respect du droit de grève. Pour Philippe Martinez, intégrer ces règles dans les appels d’offres entraînerait que de nombreuses entreprises ne pourraient pas y participer, notamment des entreprises chinoises. "Ça permettrait d’améliorer le sort dans les autres pays", prévient le syndicaliste.

Vers une crise plus grave ?

L’ordonnance Covid a été vivement critiquée. Elle permet à un actionnaire de racheter une entreprise en faillite. La ministre du Travail, Elisabeth Borne a annoncé que le gouvernement allait se pencher à nouveau dessus estimant qu’il fallait se réinterroger sur ce texte. "C’est le moins qu’on puisse dire", juge le secrétaire général de la CGT. "Je pense à Alinéa par exemple où c’est une des familles les plus riches de France qui se met en dépôt de bilan et qui va racheter avec des aides publiques une entreprise qu’elle a elle-même mise en dépôt de bilan", s"indigne Philippe Martinez.

Le pire de la crise pourrait être à venir, selon Philippe Martinez, s’il n’y a pas "de mesures radicales du gouvernement". "On ne donne pas de l’argent sans contrepartie", prévient-il, appelant le gouvernement à lancer un "plan de rupture". Pour l’instant c’est un "plan de continuité : je vous donne de l’argent et puis soyez gentil et essayez de ne pas trop licencier", regrette le secrétaire général de la CGT. "Est-ce que vous pensez qu’on prépare l’avenir en virant des gens qui ont un savoir-faire, qui peuvent former des jeunes ?", interroge-t-il.

 


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