Drôle d’époque, Franck Dedieu, vous êtes rédacteur en chef à Marianne et vous vous intéressez à un rapport sénatorial qui a été dévoilé il y a quelques heures et qui pointe du doigt les pratiques de la grande distribution qui font pression sur l’agroalimentaire. Donc l'inflation dans les rayons, au détriment des consommateurs, fait les affaires en fait de la grande distribution.
« Oui les sénateurs de la commission d'enquête ne ménagent pas les Leclerc, Auchan et autres Carrefour. Ils ont fait 200 auditions de grands pros du secteur, c'est donc une affaire sérieuse, et ils avancent trois chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Sur 100 euros dépensés par le consommateur d'un alimentaire, 40 vont aux hypermarchés, 35 aux importateurs, les fameuses intermédiaires, 14 à l'industriel, les fournisseurs de produits que l'on trouve en rayon, et 8 à peine vont dans les poches des agriculteurs.
L'un prend le gros du morceau, les grandes enseignes, l'autre une part non négligeable, les industries de l'agroalimentaire, et celui qui produit dans les champs avec des difficultés que l'on sait, l'agriculteur, il récupère des miettes. Alors la sénatrice, présidente de la commission, une centriste, Anne-Catherine Loisier, pas du genre à vouloir abattre tous les matins le mur de l'argent, parle de déséquilibre structurel. Alors ils sont polis les sénateurs, le terme d'accaparement, voire de spoliation, paraissent plus indiqués.
"Il y a plusieurs techniques diaboliques"
Alors comment font ces Super et Hyper pour emporter le gros du morceau ? C'est un peu l'objet de l’enquête. Alors il y a plusieurs techniques diaboliques, il y en a une qui est réputée. C'est que dès le début de négociation, quand ils sont autour de la table, et bien la grande distribution menace de diminuer les commandes, de déférencer les produits, certaines entreprises, notamment dans les produits frais, peuvent se retrouver très dépendantes à 60% d'une seule grande enseigne.
Pas besoin de vous faire un dessin, ces boîtes finissent par manger dans la main des grandes surfaces, et certaines ne peuvent pas compenser le coût de l’énergie et donc finissent par fermer boutique. »
🏪Les "pratiques abusives" des supermarchés dénoncées par le Sénat
— Sud Radio (@SudRadio) May 22, 2026
🗣️@f_dedieu : "Tout est fait pour priver les agriculteurs d'une juste rémunération ! Ce sont les dindons de la farce, comme les consommateurs" #GrandMatin
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"42% des agriculteurs sont en situation de sur-endettement"
Ok, les grandes surfaces ont du pouvoir, mais vous n'allez quand même pas nous faire pleurer sur les multinationales comme allez au hasard Danone, Coca-Cola, Ferrero, Nutella, et autres producteurs de lessive par exemple.
« Non mais alors c'est vrai, les noms que vous citez, ils font des profits, ils ne sont pas sur la paille. Mais d'abord, ne figurent pas simplement des géants dans cette histoire. Il y a en France des entreprises de l'agroalimentaire de petite taille, c'est pas que des géants, et qui souffrent. Un chiffre, 30% des PME de l'agroalimentaire en France sont déficitaires. Si elles sont déficitaires, c'est donc bien qu'il y a un problème au niveau de leur prix, elles n'arrivent pas à vendre trop cher. Vous imaginez aussi les effets pour l’emploi.
Mais le vrai problème réside en amont, à l'échelle des agriculteurs. Il y a eu, en 2024, 1500 faillites d'exploitation agricole. 42% des agriculteurs se trouvent en situation de sur-endettement. Tout est fait pour les privés, d'une juste rémunération. Le rapport parlementaire dénonce une autre pratique, qui est au détriment directement des agriculteurs. Les centrales d'achat mettent en place des grands géants et ces mastodontes qui sont nés de regroupements d'enseignes se trouvent à l'étranger, et ils font peser une pression d'enfer sur les prix. Se mettre à l'étranger, c'est une manière, selon les sénateurs, de contourner la loi Egalim, qui devait protéger les agriculteurs, notamment face à la hausse de leur coût de production. »
"La transparence a tout de même des vertus"
Donc on peut dire que les agriculteurs sont clairement le dindon de la farce, et les consommateurs, nous, dans cette histoire, alors qu'en permanence les gros patrons se présentent comme les amis des consommateurs, c'est-à-dire de nous, c'est faux ?
« C'est faux, c'est exactement ce que dit le rapport. Les hyper et les super, à les écouter, leur pratique d'approvisionnement à prix cassé servirait aux consommateurs. Ils sont contents d'acheter moins cher. Le rapport sénatorial fait sonner un autre son de cloche, et il dit : « Depuis 2021, les prix de vente en magasin augmentent plus vite que les tarifs négociés avec les fournisseurs. » Ça veut quand même dire qu'il y a une surmarge qui se crée.
Alors les sénateurs avancent des idées pour rééquilibrer le rapport de force. Il y en a un qui est intéressant, il est préconisé un affichage obligatoire des marges de la grande distribution sur les produits non transformés. En gros, les fruits et légumes. On en déduirait ainsi ce qui reste aux agriculteurs, et les consommateurs pourraient choisir les produits les plus favorables aux agriculteurs. La transparence, ça a tout de même des vertus. »
Retrouvez Drôle d'époque dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger.