Pour la députée PS des Hautes-Alpes et membre du bureau national du PS Karine Berger, "quand on donne un permis de licencier à des multinationales, on est en train de sortir du champ de la gauche".
Au lendemain de la réunion du bureau national du PS autour de Myriam El Khomri pour discuter de la réforme du droit du travail, Karine Berger était l'invitée de Territoires d'Infos sur Sud Radio et Public Sénat.

"Des articles ne peuvent rester en l'état si on espère un vote favorable de la gauche"

"L'ambiance était franche, pas désagréable mais franche. Tout le monde a clairement dit les points qui allaient et surtout les points qui n'allaient pas. J'ai décompté deux interventions sur les quelque 30 ou 35 qui étaient clairement en faveur de la loi. Le premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis lui-même, a fait une intervention dès le départ pour dire qu'il y avait des choses qui ne pouvaient pas rester dans la loi en l'état. Un certain nombre de personnes ont demandé le retrait du texte donc, de fait, le statut quo, mais majoritairement, les intervenants ont souhaité maintenir le texte et le modifier très profondément. Il y a des articles qui ne peuvent pas rester en l'état si on espère un vote favorable de la part de la gauche. Le fameux article 30 bis, qui donne une sorte de permis de licencier économiquement aux entreprises et aux multinationales. C'est inacceptable. Un autre, l'article 13, qui porte la question des accords d'entreprise, a aussi été lourdement attaqué hier soir.L'accord d'entreprise est une approche moderne et qui doit aboutir. C'est pour ça que je souhaite que le texte de loi aboutisse. Il faudrait que ce soit complété par un renforcement considérable des capacités de syndicalisation dans notre pays. Commencer une discussion, alors qu'on n'a pas le texte, en expliquant que, si nécessaire, on se passe de l'avis des députés et qu'on passe en 49-3, il y a effectivement eu erreur politique. Comment en est-on arrivé à avoir une proposition de texte de réforme du dialogue social sans qu'aucun syndicat ne soit d'accord ? Là il y a un problème politique. Notre quinquennat doit être le quinquennat du dialogue social. En l'état, le texte est inacceptable, parce que ce n'est pas de la modernisation, c'est de la libéralisation à outrance. La gauche de Manuel Valls, hier soir, c'était moins de 5 % du bureau national. S'il y a irréconciliabilité de deux gauches, il y en a une qui fait 5 % et l'autre qui fait 95 %. Je ne crois pas à la fracture irrémédiable de la gauche, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin. Quand on donne un permis de licencier à des multinationales dans un texte de loi, on est en train de sortir du champ de la gauche."

"Je serais plutôt favorable au Brexit"

"Je suis un peu abasourdie par ce qu'on a appris hier soir, dans le cadre de cette rencontre européenne. On apprend que le principe même de l'accueil sur le territoire européen de l'asile est remis en question et négocié directement entre un chef d'Etat européen, Mme Merkel, et un chef d'Etat n'appartenant pas à l'Union européenne, le Premier ministre turc.Il y a deux sujets. Mettre en place des mécanismes d'accueil dans les pays limitrophes pour faire les tests de savoir si la personne est demandeur d'asile ou pas et, évidemment, la sécurité des frontières. J'estime que les valeurs de l'Europe, c'est d'être capable d'accueillir tous ces gens qui fuient la guerre. Mais on a un autre problème. Ce n'est pas en renvoyant les gens en Turquie qu'on va résoudre la sécurité des frontières extérieures de l'Europe.La France est un pays qui a été attaquée deux fois sur son propre sol en 2015. Il est urgent de mettre en place, au niveau de l'Union européenne, une réponse de sécurité. Les deux vont ensemble. Notre continent a politiquement un peu perdu le chemin au cours des dernières années. On a l'impression que les Européens sont en train de se refermer sur eux. On a un vrai problème de délitement de l'Union européenne.Je pense que pour relancer le processus européen, il faut le relancer sur des bases extrêmement claires, sur des valeurs, de manière très resserrée. Par exemple, je serais plutôt favorable au Brexit parce que je pense qu'à force de faire rentrer des pays qui ne respectent plus les principes fondateurs de l'Union européenne ou qui veulent les remettre en cause, c'est toute l'Union européenne qu'on a fini par affaiblir."

"Le déficit public est sous contrôle"

"Le déficit public de ce pays est sous contrôle. Parmi les choses dont je suis fière que nous ayons réalisé, c'est ce contrôle du déficit public, cette réduction du déficit public. Les 3,3 %, j'y crois complètement parce que, pour la première fois depuis des années, depuis des décennies à vrai dire, les dépenses de l'Etat dans notre pays ont baissé. Donc oui, il y a un certain nombre de dépenses supplémentaires, notamment dans la Défense, face aux attaques terroristes, que nous devons mettre sur la table, mais nous pouvons le faire parce que le boulot d'assainissement des finances publiques, on l'a fait pendant les 3 premières années."

"L'éducation des filles dans le monde entier me tient vraiment à cœur"

"Au Parti socialiste, c'est une règle pour l'investiture. Une femme sur deux. Ça a été respecté au cours des dernières élections. Dans ma motion, nous aurons autant de candidatures féminines que masculines, cela va de soi, peut-être même plus de candidatures féminines.J'ajouterais que je fais partie des députés qui se battent pour que la France se batte pour les droits des femmes en France, mais aussi dans le monde entier. L'éducation des filles dans le monde est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. S'il y a un enjeu de politique, à long terme, de développement, mais aussi d'égalité et de valeurs, c'est l'égalité pour l'accès à l'école de toutes les petites filles, quel que soit le pays dans le monde. Et ça, on en est très très loin."Regardez l'interview de Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes et membre du bureau national du Parti socialiste, invitée de l'émission Territoires d'Infos sur Sud Radio et Public Sénat
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