Les agriculteurs lèvent le blocage de la bioraffinerie Total de La Mède

Les agriculteurs lèvent le blocage de la bioraffinerie Total de La Mède

Épuisés, les agriculteurs ont décidé de lever le blocage de la bioraffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône). Toutefois, n'ayant pas obtenu satisfaction, ils n'entendent pas renoncer à leur combat.

Alors qu'ils en occupaient le site depuis la veille au soir, les agriculteurs ont décidé de lever le blocage de la bioraffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône) ce lundi à la mi-journée. Le président de la FDSEA des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Paul Comte, a plaidé la "fatigue" pour expliquer cette levée, tout en précisant que les agriculteurs n'avaient pas "obtenu" satisfaction.

"Total est dans une démarche économique et nous, dans une démarche sociale"

La raffinerie, située sur la commune de Châteauneuf-les-Martigues, devait pourtant être occupée trois jours - tout comme 13 autres usines - conformément à la demande de la FNSEA et  des Jeunes agriculteurs (JA), qui avaient fait du site le symbole de la lutte contre la concurrence des produits agricoles importés, dont l'huile de palme, sur le marché des bio-carburants. Menacée de fermeture il y a peu, la plateforme de la Mède, d'où ne sort plus la moindre goutte d'essence, va désormais produire des bio-carburants. Un changement d'activité qui devrait permettre la sauvegarde de 250 emplois. Jusqu'ici tout va bien ! Seulement voilà, l'autorisation, accordée à Total par le gouvernement, d'importer de l'huile de palme depuis la Malaisie et l'Indonésie ne passe pas aux yeux des agriculteurs. Selon eux, ces importations sont une aberration écologique, en raison des conséquences de l'exploitation de l'huile de palme sur les écosystèmes indonésien et malaisien, en plus d'être un frein au développement du savoir-faire local français et notamment la filière de l'huile de colza, plus propre mais plus coûteuse.

Interrogé par nos soins vendredi dernier, Fabien Cros (Secrétaire CGT du comité d'entreprise de la raffinerie) nous expliquaient les raisons de la colère. "C'est à peu près aussi absurde que si Total déversait du carburant dans les champs des agriculteurs parce qu'ils n'utilisent pas de l'essence Total. Nous, nous ne sommes pas sur des critères économiques, qu'ils se débrouillent entre eux", pestait-il. "On pense que Total a les moyens de conduire son projet industriel sur d'autres huiles que celle de palme. On n'a pas les mêmes visions qu'eux (...) on ne poursuit pas les mêmes buts. Ils sont dans une démarche économique et nous, dans une démarche sociale. Il faut que Total réponde aux besoins de la société française en fabriquant du carburant et en assumant sa charge sociale, en ayant des emplois",  avait-il ajouté.

"Les propos de Stéphane Travert ne sont pas dignes d'un ministre"

Des revendications auxquelles a sèchement répondu le ministre de l'Agriculture, Stéphen Travert, qui a estimé que "les blocages (étaient) illégaux", tout en affirmant que "le gouvernement ne reviendra pas sur l'autorisation faite à Total". Une fin de non recevoir qui a fait bondir Jean-Paul Comte, lequel s'en est offusqué au micro de Sud Radio. "Quand on entend des propos pareils, ce n'est pas digne d'un ministre de l'Agriculture, qui doit d'abord défendre son pays, ses paysans et l'entretien du paysage", a-t-il ainsi déploré. "Le ministre devrait venir faire un stage en agriculture, il en aurait bien besoin (...) il traite les dossiers dans les bureaux parisiens et ne voit pas les répercussions. En France, l'agriculture, on est en train de la foutre en l'air et on va faire crever les productions les unes après les autres", a-t-il ajouté, avec colère.

Vous l'aurez compris, le conflit entre les agriculteurs et la "rue de Varenne" ne fait que commencer. Affaire à suivre.

Propos recueillis par Stéphane Burgatt

 

 

 

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