L'édito éco d'Yves de Kerdrel - "Le MEDEF avait suggéré à Matignon de ne pas froisser la CFDT"

Notre éditorialiste politique connaît bien le monde de l'entreprise, dont le MEDEF est un acteur majeur en tant que premier syndicat des patrons. La bonne entente entre et des hauts-placés du MEDEF et certains membres du gouvernement amène ce dernier à écouter les conseils du premier.

Geoffroy Roux de Bezieux, président du MEDEF, en visite à Matignon le 10 janvier. (Christophe ARCHAMBAULT / AFP)

Maintenant que l’âge-pivot a été retiré du projet de réforme des retraites, quelle va être l’attitude du Medef ?

"Et bien écoutez, à peine avait-on connaissance de ce retrait temporaire de l’âge pivot annoncé samedi après-midi que le Medef a réagi. Son président Geoffroy Roux de Bézieux a indiqué que le Medef participera à la conférence de financement dans un esprit de responsabilité. D’autant plus que le Premier Ministre a exclu, parmi les mesures possibles, une hausse des cotisations patronales, et donc du coût du travail.

Je vais même vous donner une information. Le Medef avait suggéré à Matignon d’agir ainsi afin de ne pas braquer la CFDT et Laurent Berger. Lors de la rencontre des partenaires sociaux vendredi, le Medef a soufflé cette sortie de secours au Premier Ministre qui l’a annoncée dès le lendemain. Ce qui lui permet de sortir d’un coin du ring où il était enfoncé, de sauver la face de la CFDT, mais de garder la main sur l’âge-pivot au cas où.

Mais pour le Medef qui plaidait pour un relèvement de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, c’est une déception ?

Cet âge de 64 ans, c’était un souhait naturel de la part du Medef, lié à l’allongement de l’espérance de vie, et la volonté d’avoir un système équilibré. Il ne faut pas oublier que le Medef participe à la gestion des retraites, notamment complémentaires et que c’est un sujet qu’il connait bien. Il avait donc effectivement pesé pour que dans cette réforme il y ait cette notion d’âge pivot.
D’autant plus que le courant est toujours très bien passé entre le patron du Medef et le Premier Ministre.
Maintenant, toute la question est de savoir si la conférence de financement va déboucher sur quelque chose de concret et de viable. S’il s’agit de puiser dans les réserves gérées par la Caisse des Dépôts, il y a peu de chance pour que le Medef accepte.

Mais il y a d’autres solutions. Par ailleurs, le Medef est très volontariste sur l’emploi des seniors ou même sur la prise en compte des carrières hachées. Et puis de toute façon l’âge-pivot de 64 ans s’appliquera quoi qu’il arrive à partir de 2027. Ce qui est pour lui une victoire."