Le regard libre d'Élisabeth Lévy - "Ce qui va le plus manquer à Macron, ce sont des ministres capables de lui tenir tête"

Le premier gouvernement "Castex" ressemble donc étrangement au précédent, Dupond-Moretti et Bachelot en plus. Mais tout cela manque de partis différents, d'animaux politiques, de caractère. Enfin, "Acquittator" devrait faire un grand ménage du côté de l'indépendance du Parquet et des magistrats, tout en défendant corps et âme la présomption d'innocence. Et pour le reste ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Que m’inspire ce premier gouvernement Castex ?

Seule concession au progressisme ambiant : la parité est plus que respectée. Et avec 17 femmes et 15 hommes, c’est même le premier gouvernement où le mâle blanc n’est plus majoritaire. Étonnant que les féministes n’aient pas crié victoire. Étonnant aussi qu’elles n’aient pas hurlé avec la promotion de Gérald Darmanin, alors que la Cour d’appel de Paris a ordonné la reprise des investigations au sujet d’une plainte pour viol. Cela prouve qu’Emmanuel Macron respecte la présomption d’innocence et c’est tant mieux. C’est d’ailleurs l’un des combats du nouveau Garde des Sceaux.

Dupont-Moretti à la Chancellerie, c’est une bonne idée ? 

C’est le seul coup d’éclat. La levée des boucliers des magistrats -  l’Union des Syndicats de la Magistrature a parlé de “déclaration de guerre” - est révélatrice. Les juges qui donnent volontiers des leçons de morale aux politiques ne supportent pas la critique. Éric Dupond-Moretti a été victime de leur désir de se faire des puissants (ses fadettes ont été épluchées dans l’affaire Sarkozy). Il est l’un des rares à protester contre le feuilletonnage dans la presse des affaires politico-financières. Sans secret de l’instruction, pas de présomption d’innocence. Et sans présomption d’innocence pas de justice. 

En revanche, pas sûr qu’il soit l’homme de la réponse pénale demandée par les policiers. Comme avocat de la défense, il n’est pas un grand partisan des peines de prison. Peut-être le ministre le plus à gauche du gouvernement.

Donc, c’est un gouvernement de droite ?

Macron n’a pas cédé aux exhortations du parti des médias qui, depuis des jours, annonçait - c’est-à-dire, réclamait - un rééquilibrage à gauche. Pas de prophète de l’apocalypse à l’écologie malgré la prétendue vague verte. D’après les beaux graphiques du Figaro, sur les 32 ministres, seuls 4 viennent de la gauche. 

Mais ce qui frappe c’est l’absence de politiques, de ces gens capables de négocier des compromis. 53 % de ministres sont issus d’un parti et 47 % viennent de ce qu’on appelle curieusement “la société civile”. Bien sûr, la plupart ont rejoint le parti du président, mais ils n’ont aucun poids face à Macron. À quelques exceptions près. Ceux qui ne sont pas élus, il n’a pas dû négocier avec eux. Il a fait leur carrière. Certes, il y a des grandes gueules comme Dupond-Moretti. Mais ils ne représentent qu’eux-mêmes, pas un parti ni un territoire. Bref, ce qui va le plus manquer à Macron, ce sont des ministres capables de lui tenir tête.