Jean-Baptiste Moreau (LREM) : "Les premiers discours de Jean Castex nous ont rassurés"

Jean-Baptiste Moreau était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 8 juillet 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Jean-Baptiste Moreau interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 8 juillet 2020 à 7h40.

Le nouveau gouvernement de Jean Castex a multiplié les déplacements dès sa nomination. Une bonne chose pour Jean-Baptiste Moreau, député LREM de la Creuse et porte-parole d'En Marche, qui rappelle qu’il "n’y a pas de temps à perdre" et qu’il "y a beaucoup à faire". Notamment, car "c’est un gouvernement de 600 jours" et que donc le temps est compté.

Parmi les sujets fondamentaux, il y a la relance économique qui "va être vitale", car "on va avoir une rentrée au mois de septembre qui va être catastrophique sur le plan de l’emploi". "On n’a pas de temps à perdre", estime le député qui juge que "c’est bien que ce soient des ministres déjà opérationnels qui aient été choisis".

 

"Le casting, ce n’était pas l’essentiel"

Député de la Creuse, ayant lui-même sa propre exploitation agricole, Jean-Baptiste Moreau a des remontées de terrain au sujet des priorités attendues par les habitants. Il souligne que, pour ce qui est du nouveau gouvernement, "le casting, ce n’était pas l’essentiel". Les inquiétudes se portent surtout sur la crise économique "est-ce que je vais perdre mon boulot ? Est-ce que ma boîte de TPE du bâtiment va tenir le coup ?" "Ils nous attendent là-dessus, sur les mesures de soutien."

Les chefs d’entreprise, souligne le porte-parole d’En Marche, "sont assez unanimes à reconnaître la qualité de l’accompagnement qu’il y a eu pendant la crise".

 

"Il va y avoir de la casse à l’automne, on le sait très bien"

Le député ne se fait toutefois pas d’illusions : la casse sociale sera bien au rendez-vous. De plus en plus d’entreprises annoncent en effet des plans sociaux, quand ce ne sont pas carrément des faillites. "J’ai des inquiétudes moi aussi." "Dans l’automobile, c’est compliqué : les bons de commandes sont loin d’être pleins", explique le porte-parole d’En Marche en parlant d’un équipementier de sa circonscription. "Il va y avoir de la casse à l’automne, on le sait très bien."

"C’est pour ça qu’il faut aujourd’hui déjà préparer la création des nouveaux emplois" et qu'il faut "essayer de soutenir nos TPE et nos PME le plus possible". Le porte-parole d'En Marche remarque le bon choix d’Alain Griset, ancien secrétaire de l’U2P, en tant que ministre délégué aux PME. "Dans nos régions rurales, les artisans, les TPE, les PME sont l’essentiel du tissu économique."

Certains Français jugent toutefois que les aides données aux grandes entreprises sont trop importantes, une position critiquée par Jean-Baptiste Moreau qui rappelle que "derrière il y a une foule de PME qui dépendent de ces grands constructeurs".

 

"La décroissance s’accompagne plutôt de la misère que de la richesse"

Le discours des écologistes se tourne de plus en plus vers l’idée de décroissance. Une idée que Jean-Baptiste Moreau ne cautionne pas : "comme le Premier ministre l’a dit : pour partager de la valeur, il faut déjà la créer". "Je ne suis pas un adepte de la décroissance." "La décroissance s’accompagne plutôt de la misère que de la richesse."

Parmi les principes de la décroissance il y a, selon le député, la notion de destruction d’emplois, ou tout du moins de travailler moins et de consommer moins. "Avant de supprimer des emplois aujourd’hui, il faut peut-être déjà en créer" tout en tenant compte "des impératifs écologiques et environnementaux".

 

"En Marche ce n’est pas l’annihilation de la droite et de la gauche"

Le nouveau gouvernement Castex est jugé plutôt à droite par les politologues et les experts : Jean Castex est un sarkozyste tandis que Darmanin et Le Maire viennent initialement de la droite. Pour le député de la Creuse, ce n’est pas réellement un problème, soulignant que lui-même "vient de la gauche".

"En Marche ce n’est pas l’annihilation de la droite et de la gauche, c’est le fait de pouvoir travailler ensemble avec des gens qui sont originaires de la droite et d’autres de la gauche, sans dogmes, sans parti pris." Il rappelle par ailleurs que Gérald Darmanin et Bruno Le Maire "ont adhéré à En Marche depuis le début". "Je les considère comme des gens avec lesquels il est facile de travailler." Et lorsqu’on regarde "la composition" globale du gouvernement Castex, "sur les 30 il doit y en avoir 14 qui sont issus de la gauche".

 

Dupond-Moretti a "un fort potentiel"

La grande surprise du gouvernement de Jean Castex a été la nomination d’Eric Dpond-Moretti au ministère de la Justice. "Je ne le connais pas", concède le porte-parole d’En Marche tout en soulignant avoir "lu un certain nombre de ses bouquins" et trouver "la personnalité très intéressante".

"Ça va être intéressant, les questions au gouvernement avec lui, ça va redonner un peu de peps", juge le député. "Et il a des idées" comme la notion de "séparation des parquets". "Il a un fort potentiel."

 

"Je peux regretter l’absence de certaines personnes"

Les grands absents du gouvernement Castex sont toutefois les Marcheurs de la première heure, ce qui semble avoir provoqué une déception dans les rangs de LREM. "Je peux regretter l’absence de certaines personnes", estime le député de la Creuse, comme son amie Brune Poirson "qui ne sait pas trop où elle va aller" alors qu’elle était, dans le gouvernement d’Édouard Philippe, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire.

Alors que, selon le député, la loi sur l’économie circulaire qu’elle a portée était "une loi importante", il trouve dommage qu’elle n’ait pas aujourd’hui "sa place de plein droit au gouvernement". Toutefois, les secrétaires d’État n’ayant pas encore tous été nommés, il espère "que ça va permettre justement de ramener un certain nombre de personnes, de Marcheurs d’origine."

 

"Je suis très content de voir Julien Denormandie à l’agriculture"

Parmi les marcheurs d’origine, Julien Denormandie a été nommé ministre de l’Agriculture. "Je suis très content de le voir à l’agriculture", souligne Jean-Baptiste Moreau, car ce sont "les dossiers que je bosse le plus" et que le ministre est "un ami proche". Julien Denormandie, de plus, est ingénieur agronome de formation, ce qui paraît une qualification totalement cohérente avec sa fonction.

"L’enjeu fort du ministère de l’Agriculture dans les deux ans à venir ce sont les négociations de la Politique Agricole Commune (PAC)", rappelle le député. "Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il va arriver au bout de ces négociations."

 

"Jean Castex est tout sauf un bobo parisien"

Cette tendance au virage à droite semble malgré tout inquiéter la majorité LREM qui paraît déçue. "Je ne sais pas, moi personnellement non, je ne suis ni déçu ni amer", déclare Jean-Baptiste Moreau qui souligne ne pas avoir vocation "à parler au nom du groupe majoritaire".

Toutefois, il concède : "on est dans l’attente, oui, il y a une part d’incertitude". "On ne connaissait pas le Premier ministre il y a une semaine". Mais "les premiers discours qu’il a eus nous ont rassurés".

Jean Castex a notamment mis l’accent sur la nécessité de "retourner sur le territoire" ou encore que "les députés retournent sur leur circonscription" et "s’ancrent vraiment sur leur territoire". "Il a un discours qui résonne, qui nous prend aux tripes." "Jean Castex est tout sauf un bobo parisien."

 

"L’agriculture française est la principale solution dans la lutter contre le réchauffement climatique"

De plus en plus, l’agriculture est pointée du doigt au niveau de l’écologie. Jean-Baptiste Moreau estime toutefois "délicat" un tournant écologique à ce niveau. "On entend beaucoup de choses sur l’agriculture, il y a plus de 400.000 agriculteurs aujourd’hui en France", mais "la majorité de la population est prête à donner des tas de contraintes à l’agriculture, vu que ça ne les touche pas". Ainsi, l’agriculture devient "responsable de toutes les atteintes à l’environnement, ce qui est faux".

"L’agriculture française est la principale solution dans la lutter contre le réchauffement climatique et pour l’environnement", juge le porte-parole d’En Marche. "Je suis toujours un peu gêné des gens qui ne connaissent finalement pas grand-chose à l’agriculture et qui veulent lui imposer des tas de normes supplémentaires alors qu’ils s’opposent à tout changement de leur propre mode de vie qui est souvent plus impactant sur l’environnement."

 

"Je serai toujours aux côtés des agriculteurs"

Avec Barbara Pompili, issue de EELV et nommée à au ministère de la Transition écologique, quelques conflits pourraient naître : "il faut faire avec, il ne faut pas faire contre". "Ça n’a échappé à personne que je n’ai pas toujours eu de francs accords avec Barbara Pompili", notamment sur la Loi Egalim.

"Qu’il faille une meilleure prise en compte de l’environnement dans l’agriculture mondiale, oui, dans l’agriculture européenne, oui, sans aucun doute. Dans l’agriculture française, beaucoup a été fait." Et s’il peut rester des choses à faire même dans l’agriculture française, "la prise en compte environnementale, elle est déjà là" tient à précise Jean Baptiste Moreau

"J’espère qu’on ne va pas être dans la caricature d’opposition écologie et agriculture, mais effectivement, je serai toujours aux côtés des agriculteurs."

 

Bien-être animal : le référendum est "vite caricatural"

La protection des animaux est un sujet qui intéresse de plus en plus les Français et pour lequel un référendum d’initiative partagée pourrait avoir lieu. Le député de la Creuse est clairement contre cette idée : "je ne vais pas étonner et je vais recevoir un certain nombre de mails d’insultes, suite à ça, mais globalement non parce que c’est vite caricatural".

Si pour ce qui est des chiens, des chats ou des animaux dans les cirques, "il y a sans doute des choses à faire", il juge que "quand on va parler des animaux d’élevage, on va tout de suite rentrer dans la caricature". Le référendum pourrait, par exemple, porter sur une interdiction de l’élevage intensif : "qu’est-ce que l’élevage intensif, il faudrait déjà le définir". Un tel référendum pourrait, de fait, ajouter des contraintes aux agriculteurs.

"Si on continue à mettre des boulets aux pieds de l’agriculture française, on va la détruire", déclare Jean-Baptiste Moreau. Pour autant "on va continuer à manger", mais ce seront des produits qui seront importés depuis des pays "où la cause du bien-être animal n’est absolument pas prise en compte". "On ne fera pas progresser le bien-être animal en mettant des contraintes que sur l’agriculture française."

Naturellement le député ne cautionne pas toutes les pratiques, loin de là, et appelle notamment à condamner les excès "à chaque fois qu’ils ont lieu" et à "aller plus loin encore dans les sanctions" lorsque les faits de maltraitance animale dans la filière agricole sont avérés, notamment dans les abattoirs. "Mais il ne faut pas laisser croire que c’est la majorité." "Aujourd’hui, dans la majorité, les éleveurs s’occupent très bien de leurs animaux, ils passent jour et nuit pour ne gagner pas grand-chose au bout." "Il faut sortir des images d’Épinal."

 

L’agriculture ne sera pas sauvée uniquement par le circuit court

Le modèle agricole français se dirige malgré tout vers une transformation afin de s’adapter aux nouveaux modes de consommation et répondre aux enjeux du 21e siècle. La relocalisation est vue comme une solution pour sauver la filière. "C’est une piste", concède le député tout en précisant qu’il "ne faut pas laisser croire qu’elle n’aura que le circuit court et que le circuit court va sauver l’agriculture française". Le circuit court est effectivement "une demande du consommateur" et "une demande de proximité" ce qui fait qu’il faut "aller plus loin", en particulier au niveau de "l’étiquetage et la transparence".

 

 

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