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Guerre hybride : c'est quoi et pourquoi cette menace inquiète-t-elle l’Europe ?

Par Elliott Léonard

GROS PLAN SUD RADIO - Cyberattaques, sabotages, opérations d’influence, attaques de drones… Depuis le début du conflit entre la Russie et l'Ukraine a émergé le concept de « menaces hybrides ». Mais que signifie réellement cette expression ?

Frappe de drones russe en Ukraine le 29 août. (Photo by Serhii Okunev / AFP)

La guerre ne se résume plus forcément à des chars, des avions de chasse ou des soldats sur un champ de bataille. Un pays peut aujourd’hui chercher à déstabiliser un autre État sans lui déclarer officiellement la guerre, en combinant plusieurs types d’actions, militaires et non militaires. C’est notamment ce que les autorités françaises décrivent lorsqu’elles évoquent l’intensification des menaces dites hybrides russes contre l’Europe.

Les sites sensibles dans le viseur

La notion de « guerre hybride » est au coeur du discours des autorités françaises et de celui du chef de l’État sur la protection des des « sites sensibles ». Lors de son intervention la semaine passée auprès des chefs de partis politiques, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de préparer un « plan de protection » des infrastructures critiques et sites sensibles principalement en raison de ce type de menaces .

Et pour cause : un aéroport, une voie ferrée, une usine de défense, un réseau électrique, un centre de données ou encore une infrastructure numérique peuvent avoir une importance stratégique sans être, à première vue, des installations militaires.

Les cyberattaques, armes de guerre 2.0

Attaquer un de ces sites peut donc avoir des conséquences qui dépassent largement les dégâts matériels. Perturber un réseau électrique, interrompre des communications ou bloquer une liaison ferroviaire peut affecter directement la population et le fonctionnement du pays. Attaquer ces sites sensibles est donc une façon de mener « une guerre hybride ».

Parmi les outils de la guerre hybride, les cyberattaques occupent une place importante. Elles permettent de perturber ou de pénétrer des systèmes informatiques à distance, avec des conséquences potentiellement très concrètes. C’est une façon de cibler des infrastructures ou des organisations sans avoir recours à une attaque militaire directe. Pas de drone, pas de missile : l’attaque se déroule directement dans le cyberespace.

Désinformation et fake news

Il y a également les opérations d’influence et d’ingérence. L'OTAN considère notamment la désinformation comme une composante possible des activités hybrides : elle consiste à diffuser volontairement des informations fausses ou trompeuses afin d'influencer les opinions et les comportements, voire carrément diviser ou fracturer un pays sur un sujet donné.

La prochaine élection présidentielle française pourrait notamment constituer un terrain d’opérations d’influence. Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur des soupçons d’ingérence russe visant notamment Édouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann. VIGINUM, le service français chargé de détecter les ingérences numériques étrangères, a notamment documenté des publications relayant différents récits trompeurs, dont l’un concernant une prétendue maladie de Parkinson de Gabriel Attal.

L’épisode de Leipzig comme alerte

Pour Emmanuel Macron, plusieurs événements concrets et récents montrent que ces menaces ne sont plus seulement en Ukraine, mais qu’elles concernent désormais directement l’Europe.

L’épisode de l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, le 4 août dernier, en est un exemple. Deux drones explosifs, attribués par les services allemands au renseignement militaire russe, le GRU, auraient été utilisés dans le cadre d’une tentative d’attaque qui a finalement échoué. Emmanuel Macron a expliqué que l’opération n’avait pas abouti, mais que ses conséquences auraient pu être considérables.

« Si ce qui se passe à Leipzig peut se passer dans toute autre ville européenne », a déclaré le chef de l’État, « nul n’est à l’abri ». Selon lui, cet épisode illustre le changement de nature de la menace russe en Europe.

L’attaque du train Kiev-Varsovie dans tous les esprits

Autre événement récent : l’attaque d’un train de passagers reliant Kiev à Varsovie, le 13 septembre. Un drone russe a percuté la locomotive près de la frontière polonaise, à environ deux kilomètres de celle-ci. Aucun passager n'a été blessé.

L'événement est particulièrement préoccupant en raison de la proximité immédiate avec le territoire polonais, membre de l'Union européenne et de l’OTAN. Emmanuel Macron a lui-même cité cette attaque parmi les événements récents illustrant l’intensification des menaces hybrides russes contre les Européens.

Quelques minutes auparavant, un autre train transportait l'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson. La question d'une éventuelle intention de le viser peut donc se poser, mais aucun élément ne permet à ce stade d'affirmer qu'il était la cible de l'attaque

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