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Othman Garrido : l'ex-jihadiste français face à la justice

La réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans a été requise mardi à l'encontre de l'ex-jihadiste français Othman Garrido, accusé d'avoir été un bourreau de l'organisation Etat islamique (EI) en Syrie.

Othman Garrido lors de son procès, accusé d'actes terroristes.
ZZIIGG - AFP

La réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans a été requise mardi à l'encontre de l'ex-jihadiste français Othman Garrido, accusé d'avoir été un bourreau de l'organisation Etat islamique (EI) en Syrie.

Garrido, qui a vécu de 2012 à 2020 en Syrie où il avait rejoint l'EI, a été un "jihadiste enragé, acharné", a lancé l'avocat général, en demandant à la cour de le reconnaître coupable de meurtres et d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste.

Le Montpelliérain, aujourd'hui âgé de 32 ans, est jugé depuis une semaine devant la cour d'assises spéciale de Paris pour association de malfaiteurs terroriste et pour deux meurtres et un assassinat commis pendant son séjour dans cette zone.

Au coeur du dossier, des photos retrouvées dans un téléphone portable ayant appartenu à sa femme, documentant la présence irréfutable de l'accusé sur une scène de décapitation publique de deux Iraniens en Syrie en 2015. Il y pose sourire aux lèvres avec les bourreaux, deux jihadistes français connus, morts depuis.

Une autre photo, non datée ni géolocalisée, qui lui vaut d'être poursuivi pour assassinat, montre un bourreau présumé partiellement masqué posant devant un cadavre décapité. Garrido a toujours nié être l'homme sur le cliché, mais l'avocat général, s'appuyant sur les vêtements, la silhouette, la posture, le contexte, s'est dit "convaincu" qu'il s'agissait bien de lui.

- "Jihadiste total" -

Dans un réquisitoire implacable, le magistrat a dépeint un "jihadiste total", "la synthèse chimiquement pure de l'EI".

"Aujourd'hui, ce n'est pas Daech qui est dans le box, Daech appartient à l'Histoire. Ce n'est pas le procès d'une époque ni d'une idéologie en général mais celui d'un homme qui a choisi de s'engager auprès d'une organisation dont il connaissait le projet criminel", a-t-il souligné.

L'EI avait instauré un "califat" en 2014 sur de vastes pans de territoires en Irak et en Syrie, avant d'être défait en 2019 par une coalition internationale menée par les Américains.

Juger Garrido, "c'est juger l'un des statuts les plus hauts de l'EI avec Tyler Vilus", un autre jihadiste français, haut cadre de l'organisation, condamné en 2021 à pepétuité pour avoir participé à une double exécution publique en 2015 en Syrie, a insisté l'avocat général.

Tout au long de son procès, Othman Garrido, "né radicalisé" dans une famille ultra religieuse, sous la férule d'un père converti à l'islam, a fait valoir qu'il était parti contraint, "sous emprise", et s'est présenté comme un jihadiste forcé, terrorisé par la mort et en quête de reconnaissance.

"Il décrit un jihad sous influence pour se dédouaner", balaie l'avocat général, en décortiquant les "vérités adaptatives" du jihadiste qui, après son extradition en France par la Turquie en 2020, nie, puis "s'adapte" face aux preuves qui lui sont présentées, et enfin "se déresponsabilise".

- Famille radicalisée -

"Othman Garrido a passé huit ans en Syrie, il est parti avant la naissance du califat, est revenu après sa chute", insiste l'avocat général.

Il s'agit de l'"un des départs les plus précoces vers la Syrie, la durée la plus longue d'un Français sur zone", souligne-t-il. Quelque 1.500 Français, hommes et femmes, sont partis en zone irako-syrienne rejoindre les rangs de l'EI au cours de la décennie 2010.

L'avocat général reconnaît la puissance de la figure tutélaire du père et décrit la famille Garrido (trois frères et deux soeurs) comme une famille "sous cloche, renfermée sur elle-même et radicalisée", "une famille de combat islamiste".

Mais il insiste sur l'autonomisation des frères, notamment l'aîné Oubey, et Othman, dans le parcours jihadiste qui a vu toute la famille s'installer en Syrie.

Face au discours de déradicalisation de l'accusé, qui a frappé l'audience par son parcours en prison et sa prise de distanciation affichée avec le jihadisme, le magistrat exprime ses doutes. "Son évolution est parfaite. Nous en prenons acte, il y a nécessairement une réalité. Mais cette évolution est tellement inattendue, immédiate, spontanée, radicale, qu'elle est évidemment suspecte", lance-t-il, exhortant la cour à "ne pas être dupe de cette stratégie, de ce Janus de retour de Syrie".

C'est pourquoi il demande aussi un suivi socio-judiciaire de 20 ans "afin qu'il fasse ses preuves". "S'il est sincère, il se réadaptera", dit-il.

AFP / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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