Entre solitude, oisiveté, drogues, fouilles à nu régulières ou manque de formations, l'incarcération des adolescents est "incompatible" avec l'enfance, affirme mardi la section française de l'Observatoire international des prisons (OIP) dans un rapport sur la détention des 13-17 ans et ses écueils.
Au 31 août, 817 mineurs, garçons et filles, étaient détenus en France, soit 0,9% de la population carcérale totale. Par endroits, le taux d'occupation des places qui leur sont dédiées arrivait à saturation, comme dans les maisons d'arrêt de Limoges ou Pau (100%), voire au-delà pour le centre pénitentiaire de Marseille (144,4%).
Ils sont détenus dans 41 quartiers mineurs (QM) ainsi que dans six établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM).
Ouverts en 2007, les six EPM du territoire hexagonal avaient pour mission de pallier les dysfonctionnements des quartiers des mineurs des prisons en donnant la priorité à l'éducatif.
Déjà en janvier 2024, la contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPLL) estimait que l'enseignement dispensé aux mineurs privés de liberté était "loin d'être à la hauteur", appelant à faire de la scolarité "une priorité absolue pour les enfants enfermés".
A l'été 2025, elle notait ensuite que le fort taux d'absentéisme du personnel entraînait aussi bien le "surenfermement" que la privation de scolarité. Un constat partagé par la Défenseure des droits qui évoquait en novembre des "conditions indignes de vie", estimant que la privation de liberté" des enfants "ne permettait pas de garantir leur réinsertion dans la société."
Aujourd'hui, déplore l'OIP, ces EPM "qui ne devaient pas ressembler à une prison en ont pourtant tout d'une".
Face à ce constat, l'OIP formule une seule recommandation : "mettre fin à l'enfermement des enfants et des adolescents comme réponse pénale", a résumé Julien Fischmeister lors d'une conférence de presse. "L'ensemble" des "professionnels du terrain font au quotidien l'expérience d'un fonctionnement des quartiers mineurs qui est catastrophique" et "totalement contre-productif".
- "Effondrement psychique" -
Le choc carcéral est notamment décrit comme "particulièrement violent pour la majorité des adolescents", souligne Pauline Petitot, chargée d'enquête à l'OIP. "Les EPM, qui, à l'origine, devaient être un environnement effaçant la carcéralité, ont très rapidement été dotés dès les premiers incidents de grilles, de grillages, de portes, de panneaux occultants, de caillebotis".
A cela s'ajoutent des fouilles à nu régulières, assorties de "méthodes subies et particulièrement intrusives", d'autant plus marquantes à un âge où le rapport au corps est complexe.
Le choc carcéral est "un effondrement psychique chez des adolescents qui sont déjà finalement sur des fragilités globales, des moments de turbulence dans leur construction", analyse Julie Houdan, psychologue à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).
"L'incarcération va venir les effondrer, faire rupture très forte" et, pour certains, avoir "des impacts durables, notamment des entrées dans des pathologies psy importantes et qui vont impacter durablement leur vie".
- "22 heures dans une cellule" -
Entre 2016 et 2021, le taux de récidive des mineurs incarcérés a oscillé entre 63 et 69%, souligne Odile Macchi. "Ces trajectoires sont le fruit de différents facteurs, dont une partie est liée à l'expérience carcérale", dit-elle et sa "relative impréparation des projets de sortie qui ne favorisent ni une insertion professionnelle, ni un raccrochage à la scolarité".
En détention, "l'accès aux cours n'est pas garanti" et "les normes de temps hebdomadaire prévues", déjà "inférieures au temps scolaire à l'extérieur, ne sont pas respectées", déplore-t-elle, alors que selon les autorités, 56% des jeunes suivis par la PJJ entre 16 et 17 ans sont déscolarisés.
Du fait d'effectifs pénitentiaires insuffisants, "les élèves ne sont pas forcément accompagnés pour aller en salle de classe", relève encore Mme Macchi.
Cela signifie qu'il n'y a pas non plus de visite d'avocat pour des mineurs dont plus de la moitié n'ont pas de visite, selon l'OIP.
"On peut avoir des jeunes qui se retrouvent à faire 22-23 heures dans leur cellule", résume Carlos Lopez, éducateur et responsable Auvergne du SNPES-PJJ/FSU.
Dans ce huis clos, les drogues qui circulent abondamment peuvent servir à certains de "béquille", voire les faire basculer dans le trafic.
Au 1er septembre, une nouvelle réforme est entrée en vigueur avec le lancement de 85 unités judiciaires à priorité éducative (UJPE), autrement dit foyers d'éducation renforcée, censées être "mieux adaptées aux besoins des jeunes".
Par Anne-Sophie LABADIE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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