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Marie Derain de Vaucresson critique le choix du pape sur les victimes

"Un rendez-vous raté": à trois jours d'une visite très attendue, le choix du pape de rencontrer sept victimes de violences sexuelles dans l'Eglise plutôt que des collectifs a été vivement critiqué mardi par la présidente sortante d'une des principales instances restauratives créées par l'épiscopat.

Marie Derain de Vaucresson lors d'une conférence de presse sur les victimes dans l'Eglise.
MEHDI FEDOUACH - AFP

"Un rendez-vous raté": à trois jours d'une visite très attendue, le choix du pape de rencontrer sept victimes de violences sexuelles dans l'Eglise plutôt que des collectifs a été vivement critiqué mardi par la présidente sortante d'une des principales instances restauratives créées par l'épiscopat.

"Le format interindividuel, je le comprends" car "pour échanger vraiment, il faut être un petit nombre", a affirmé Marie Derain de Vaucresson lors d'une conférence de presse bilan de l'Inirr (instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation).

Cependant "on aurait pu imaginer une parole portée par un petit nombre, mais construite avec un nombre beaucoup plus important", par exemple lors d'"un temps d'échange d'une journée entière, avec 250 ou 300 personnes" à Lourdes. Une grande rencontre entre victimes et évêques y avait d'ailleurs été organisée pendant deux jours en avril 2025.

Ce colloque avait été salué de toutes parts et Mme Derain a souligné la "maturité" existant en France sur le sujet: il est "possible", malgré les difficultés apparentes, de travailler avec des collectifs.

"Et c'est, je crois, dommage d'avoir raté ce rendez-vous", a-t-elle affirmé.

Ce regret rejoint les critiques des collectifs qui ont largement déploré de ne pas avoir été conviés à la rencontre, même si certains des participants sont membres à titre individuel de collectifs.

L'Inirr ne rencontrera pas non plus Léon XIV, mais Mme Derain a expliqué que si elle avait été conviée, elle aurait mis en avant "le petit temps d'avance" de la France sur le sujet, avec l'existence d'instances de reconnaissance telles que l'Inirr, mises en place en 2021 par l'épiscopat dans le sillage du rapport estimant à 330.000 le nombre de victimes dans l'Eglise depuis 1950.

Marie Derain de Vaucresson, 2ème position à gauche, lors d'une conférence de presse bilan de l'Inirr le 22 septembre 2026, à Paris

Marie Derain de Vaucresson, 2ème position à gauche, lors d'une conférence de presse bilan de l'Inirr le 22 septembre 2026, à Paris

MEHDI FEDOUACH - AFP

Cette expérience "devrait inciter le Vatican à porter haut et fort la volonté de continuer à faire la vérité" sur cette réalité, et à "inciter les conférences nationales des différents pays à s'engager résolument", a-t-elle affirmé.

Dans la salle, plusieurs personnes victimes ont exprimé ce qu'elles auraient aimé dire au souverain pontife.

"Pape Léon, qu'est-ce que vous faites pour que les écosystèmes du silence mis en place à tous les niveaux s'arrêtent ?", a lancé Pierre F, 36 ans, victime d'un prêtre dans son enfance, qui comme d'autres victimes a souhaité garder l'anonymat.

"Je lui dirais de revoir les cours de sexualité au séminaire, de ne pas ordonner trop vite certains prêtres", a affirmé Cécile Reneaume, 34 ans.

Une autre personne victime, Eric, s'est dit "satisfait" de l'existence même de cette rencontre car "la parole des victimes va être portée". "Ce que je dirais au Saint-Père, c'est +continuez d'apprendre à écouter. Vous êtes sur la bonne voie, mais vous n'y êtes pas encore+", a-t-il ajouté.

- "Indépendance" -

Marie Derain de Vaucresson lors d'une conférence de presse bilan de l'Inirr le 22 septembre 2026, à Paris

Marie Derain de Vaucresson lors d'une conférence de presse bilan de l'Inirr le 22 septembre 2026, à Paris

MEHDI FEDOUACH - AFP

L'Inirr est depuis le 1er septembre remplacée par une autre structure créée par l'épiscopat: l'Iniave (instance nationale indépendante d'accompagnement des victimes dans l'Eglise).

A l'heure du bilan, Mme Derain a indiqué que l'Inirr avait été saisie par 1.969 personnes depuis 2021 et que 1.184 décisions avaient été rendues.

Un tiers des victimes sont des femmes selon l'Inirr, qui observe un phénomène de rajeunissement: l'âge moyen des personnes saisissant l'instance a baissé à 56 ans l'an dernier (contre 64 en 2022).

Quant aux réparations financières, elles atteignaient 36.739 euros en moyenne l'an dernier.

La fin annoncée de l'instance, qui n'accepte plus de dossiers depuis fin août, a provoqué un afflux de saisines (45 en août). Aujourd'hui il reste "200 personnes à accompagner jusqu'au 31 décembre 2027", a expliqué Mme Derain.

Quant à la nouvelle instance, très critiquée par les collectifs de victimes lors de sa présentation au printemps, Mme Derain a estimé que depuis "les évêques ont bougé".

"Nous sommes tout à fait partants pour transmettre notre savoir-faire" aux dirigeants de l'Iniave, a-t-elle assuré, en avertissant toutefois: "Nous ne le ferons pas à n'importe quelles conditions".

La question de l'indépendance notamment est selon elle "absolument déterminante", tout comme l'adoption de principes d'action sur l'écoute inconditionnelle et la reconnaissance des faits.

AFP / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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