Élisabeth Moreno : "L’ascenseur social est rouillé"

Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, était l’invitée de Patrick Roger le 12 février dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h10.

Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio, à 8h10, dans "C'est à la une".

Elle est le symbole de ce que la France peut proposer, ayant gravi toutes les marches de la société depuis son arrivée du Cap Vert dans les années 1970. Aujourd’hui, un tel parcours serait-il encore possible en France ?

"Certains arrivent encore à prendre l’escalier"

"Je pense que ce parcours est toujours possible, mais qu’il est beaucoup plus compliqué que quand je suis arrivée dans les années 1970, juge Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. J’ai eu la chance de travailler sur les quatre continents, de vivre dans d’autres pays. Je peux vous dire qu’il y a de rares pays dans le monde à avoir des valeurs aussi importantes qu’égalité, liberté et fraternité."

"Cette égalité étant au cœur de notre pacte républicain, il faut se débrouiller pour le faire vivre, souligne-t-elle. Cet ascenseur est rouillé, mais certains arrivent encore à prendre l’escalier." Pourquoi lancer cette plateforme de lutte contre les discriminations ? "On ne peut pas parler d’égalité des chances sans lutter contre les discriminations, estime Élisabeth Moreno. En dix ans, on est passé de 9 à 45% de femmes dans les conseils d’administration simplement par ce qu'il y a eu une loi. On sait qu’il y a des écarts de salaire colossaux, de 9 et 25%, entre hommes et femmes. Ces chances ne sont pas les mêmes pour tout le monde, selon que vous ayez une orientation sexuelle différente, une origine sociale différente. Aujourd’hui, il faut six générations à un enfant d’ouvrier pour devenir cadre. C’était quatre, il y a encore quelques années."

 

"Une égalité des droits pour avoir l’égalité des choix"

"Ces inégalités qui explosent notamment du fait de la crise sanitaire, c’est fondamental, estime la ministre déléguée. Il faut que nous fassions tout ce que nous pouvons pour les réduire. Pour que les gens aient accès aux mêmes opportunités, cette plateforme que nous lançons avec le défenseur des droits aujourd’hui est là pour accueillir la parole des gens qui sont discriminés. Emploi, logement, éducation... Il faut que vous ayez quelqu’un à qui vous puissiez parler !"

"C’est terrible, un pays dans lequel les jeunes ne croient plus dans leurs possibilités de réussite parce qu’ils ne sont pas nés au bon endroit, n’habitent pas la bonne ville ou n’ont pas le patronyme auquel on est habitué, rappelle Élisabeth Moreno. Ces jeunes, je veux qu’ils puissent croire en eux. Je pense que la France donne sa chance à tous de réussir, mais c’est de plus en plus compliqué. Parfois, les barrières sont insidieuses, invisibles, mais volontaires. Des gens ne vous recevront pas à cause de votre couleur de peau. Quand vous êtes une personne d’origine maghrébine ou noire, vous avez cinq fois moins de chances de voir votre CV considéré pour un emploi. Quand un jeune étudiant qui habite sur un territoire ultramarin vient en métropole pour ses études et donne la caution de ses parents, le propriétaire dit 'désolé, je ne peux pas accepter cette caution'. On ne peut pas tolérer cela. Cette égalité des droits pour avoir l’égalité des choix est fondamentale."

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