Élisabeth Borne : "95% des saisonniers des remontées mécaniques ont pu être embauchés"

Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 9 février 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Élisabeth Borne interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 9 février 2021 à 7h40.

Élisabeth Borne : "Si vous pouvez faire toutes vos activités à distance, vous devez être 5 jours sur 5 en télétravail"

Le gouvernement demande toujours aux entreprises d’opter le plus possible pour le télétravail afin d’endiguer la pandémie. Toutefois, certains secteurs semblent moins jouer le jeu que d’autres. "On sait que globalement il y a eu une érosion du télétravail depuis la fin du mois de novembre", concède Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. L’érosion a été de "15 points parmi ceux qui télétravaillent à 100 %", précise-t-elle. "Il y a quelques secteurs, que j’ai reçus hier, dans lesquels le recul a été plus marqué", comme les banques ou les assurances et "tous les secteurs aussi du conseil et de l’ingénierie". Lors de la réunion du 8 février 2021, la ministre a tenu à leur dire : "tout le monde se remobilise".

Alors que certains Français jugent que les règles ne sont pas très faciles, concernant le télétravail en entreprise, "la règle, elle est très claire : depuis fin octobre, toutes les entreprises doivent appliquer cette même règle" qui est "quand on peut faire une tâche à distance, alors on doit être en télétravail. Si vous pouvez faire toutes vos activités à distance, vous devez être 5 jours sur 5 en télétravail. C'est la règle qui s'impose à toutes les entreprises". La ministre veut donc revenir au niveau de télétravail de novembre 2020. "C’est ce que j’ai demandé hier."

 

 

"On essaye de trouver un chemin pour éviter un nouveau confinement"

Le gouvernement a promis de renforcer les contrôles. "J’ai eu le retour de mes services qui, depuis une semaine, sont sur le pont et dans les entreprises", précise Élisabeth Borne. "Il y a des cas qui sont évidents : quand on a des entreprises qui ne font aucun télétravail, là il n’y a pas de doutes" que la règle n’est pas respectée. Dans une entreprise, raconte-t-elle, d’aucun salarié en télétravail le nombre est passé à 200 après le passage de ses services. "C’est une obligation de l’employeur de préserver la santé de ses salariés", rappelle Élisabeth Borne. "Un chef d’entreprise doit se conformer à ce protocole sanitaire."

Si les entreprises ne respectent pas les règles, un renforcement des contrôles et des sanctions pourrait être mis en place. Mais avant cela, la ministre du Travail compte sur la responsabilité des Français, patrons comme salariés, qui peuvent juger d’eux-mêmes ce que "coûte un confinement", mesure qui sera nécessaire si la pandémie ne baisse pas. "On essaye de trouver un chemin pour éviter un nouveau confinement", rappelle Élisabeth Borne. "Effectivement, si une entreprise ne joue pas le jeu, elle peut d’abord être mise en demeure" voire recevoir des sanctions.

 

"Passer en télétravail, ça ne doit pas être un coût pour le salarié"

Les salariés contraints de travailler chez eux voient leurs factures augmenter en conséquence, notamment en électricité et chauffage. Un budget qui peut dépasser 100 euros par mois pour certains. "Le principe, il est simple : passer en télétravail, ça ne doit pas être un coût pour le salarié." Le remboursement des frais "passe par une discussion au sein de chaque entreprise", souligne toutefois la ministre. "Il ne va pas y avoir une règle unique qui s’applique à tout le monde" concernant le remboursement des frais. "Il est important que les entreprises respectent" le principe. "Il appartient à l’employeur de couvrir les frais générés par le télétravail", répète Élisabeth Borne.

 

 

"95% des saisonniers des remontées mécaniques ont pu être embauchés"

Les "permittents", les intermittents du tourisme et autres secteurs saisonniers, se plaignent de ne pas être pris suffisamment en charge dans le cadre du chômage partiel et des aides, alors que leurs secteurs sont à l’arrêt. "Je peux leur dire qu’on est très attentifs à la situation de tous ceux qui, avant la crise, enchaînaient des contrats saisonniers, des contrats courts." Élisabeth Borne rappelle la mise en place "d’une aide exceptionnelle" pour ces salariés précaires, "qui doit permettre de leur garantir 900 euros par mois sur les mois de novembre à février". "Quand vous avez des personnes qui ont travaillé toute leur vie, qui ont cotisé toute leur vie, pour lesquelles l’allocation médiane est de 1.000 euros, moi je pense que l’allocation de 900 euros, c’est aussi un sujet d’équité."

Le gouvernement a appelé les entreprises qui embauchent des saisonniers de le faire pour les placer au chômage partiel directement, pour que le salaire soit pris en charge par l’État. Un succès puisque "95% des saisonniers des remontées mécaniques ont pu être embauchés", mais ça "dépend des secteurs". "J’invite vraiment les autres secteurs qui ont moins joué le jeu à le faire", précise Élisabeth Borne.

 

 

"Contrairement à beaucoup de forces politiques qui ne font que critiquer, les organisations patronales et syndicales ont un sens des responsabilités"

Le gouvernement insiste beaucoup sur la reprise du dialogue social. "Il y aura une nouvelle conférence du dialogue social autour du Premier ministre dans le courant du mois de mars confirme Élisabeth Borne, mais le dialogue social est permanent tient-elle à souligner. La crise a redynamisé le dialogue social : beaucoup d'accords ont été signés, notamment sur la reprise d'activité après le premier confinement rappelle la ministre. Beaucoup d'accords sont signés sur l'activité partielle de longue durée, qui protègent plus de 500.000 salariés. Il y a eu également un accord national sur le télétravail, sur la santé au travail. Par ailleurs, on travaille au quotidien avec les partenaires sociaux pour inventer des solutions pour les salariés dont les emplois sont menacés pour pouvoir les former, pour qu'ils puissent rebondir vers d'autres secteurs. Pour elle, il y a une très grande responsabilité de la part des organisations patronales et syndicales qui sont conscientes qu'on doit faire le maximum pour sauver les entreprises et les emplois. C'est un sens des responsabilités qui tranche par rapport à beaucoup de forces politiques qui ne font que critiquer !"

Concernant les réformes, "j'ai repris les discussions sur la réforme de l'Assurance chômage à la fin du mois de janvier avec tous les partenaires sociaux explique la ministre du Travail. Je souhaite mener cette réforme en allant au bout des discussions avec les organisations patronales et syndicales, car elle a deux objectifs : lutter contre la précarité, avec notamment le recours excessif aux contrats courts, et assurer plus d'équité". 

 

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