Chantal Delsol : "Il y a une levée de boucliers contre l'universel occidental"

La philosophe Chantal Delsol, auteure de l’essai "Le Crépuscule de l’universel" (éditions du Cerf) était l’invitée d’André Bercoff vendredi 21 février sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Chantal Delsol invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

L'universalisme des valeurs occidentales a longtemps dominé le monde. Mais cette suprématie semble désormais finie, selon la philosophe Chantal Delsol. "Depuis deux siècles, la plupart des cultures extérieures avaient intégré qu'au fond leur futur était de finir par nous ressembler, nous occidentaux", note-t-elle.

 

Des exemples sur tous les continents

Mais cette période de mimétisme semble désormais révolue. "Nous avons un recul depuis le début du siècle de la part de plusieurs cultures différentes", souligne la philosophe. "Pour la première fois on nous répond qu'on ne veut pas de nos droits de l'homme", remarque-t-elle, "c'est vrai aussi bien en Chine que chez les orthodoxes russes, et dans certains pays islamiques". Chantal Delsol relève qu'il y a "une levée de boucliers contre l'universel occidental au sein même de l'Occident, les gens qui ont voté Trump et un certain nombre de démocraties libérales en Europe centrale".

On peut légitimement penser que certaines cultures n'ont jamais accepté la démocratie occidentale. Et pourtant "la Chine avait jusqu'à présent un discours qui l'acceptait, elle se disait en démocratie et cherchait à récupérer cette tradition et à s'inscrire dedans". Quant aux Russes, "le communisme ce n'était pas une démocratie occidentale mais s'inscrivait dans un universel occidental pervertie", note la philosophe. "Un universel qui prenait sa source dans la Révolution de 1789", précise Chantal Delsol.

Une erreur de stratégie ?

"L'Occident donnait le la", analyse l'auteure. "C'est ça qui est en train de véritablement changer, avec le discours de certains intellectuels qui disent que votre culture occidentale, c'est les feuilles d'un arbre, mais si on n'a pas la racine on ne peut pas l'intégrer. Au fond ce n'est pas faux, on a cru que si on apportait les feuilles, la racine viendrait derrière", déplore-t-elle, donnant pour exemple "l'erreur faite avec les révolutions dans les pays arabes", en 2011. "La démocratie occidentale ce n'est pas un outil qu'on prête à quelqu'un et que l'on rend ensuite", note-t-elle. "Si on n'a pas de société libérale avant ça ne marche pas", affirme la philosophe.

À travers son livre, Chantal Delsol tente de poser les questions "critiques de notre universel". "J'ai tendance à penser que l'universel est une promesse", une utopie pour les peuples. "Tous les peuples cherchent une sorte d'émancipation mais en prenant en général plus de précautions que nous. Peut-être ont-ils raison parfois parce que nous allons beaucoup trop loin", conclut la philosophe.

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