Bruno Le Maire - Suppression de l'ENA : "un diplôme n’est pas une rente"

Entre les polémiques sur les dîners clandestins et l’« affaire » du fauteuil face à Erdogan, mais aussi les inquiétudes des commerçants concernant les aides d’État, cette interview balaie large. Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance était l’invité de Sud Radio.

Bruno Le Maire interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, à 8h10, dans "C'est à la une".

"Prêt à m'engager pour 2022"

Financement du "quoi qu’il en coûte", crise sanitaire, impôts, perspective de 2022, c'est ce qu’il évoque dans son livre… Les questions d’actualité ne manquent pas pour Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance. À commencer par les mesures d’aides aux arboriculteurs et viticulteurs victimes du gel de leurs productions. La procédure de calamité agricole peut-elle être accélérée ? "C’est possible et c’est souhaitable, estime Bruno Le Maire. S’il y a besoin d’accélérer les procédures, nous allons, avec Julien Denormandie, faire que les sommes soient versées le plus vite possible. Il faut soutenir et accélérer les décaissements."

La décision de supprimer l’ENA a été prise un peu par surprise par le président de la République. "C’est une décision importante que je soutiens totalement, estime Bruno Le Maire. Je l’avais proposé il y a cinq ans. C’est une décision symbolique, forte et un point de départ. Le message est très clair : un diplôme n’est pas une rente. Cette suppression est un point de départ d’une transformation en profondeur du rapport de l’État français avec la nation." Pour l’élection présidentielle de 2022, il évoque dans son livre le fait qu’il faut revoir l’art de gouverner et avoir une équipe resserrée. Se voit-il aux côtés d’Emmanuel Macron comme Premier ministre ? "Je me vois à ses côtés à la place que lui décidera. Je me suis engagé pour lui en 2017 pour le dépassement du clivage gauche droite. Je continue de considérer qu’il est le mieux placé pour poursuivre la transformation en profondeur du pays. Je me suis engagé pour lui et suis prêt à le faire en 2022." Quid d’Édouard Philippe ? "Nous aurons besoin dans cette élection qui va être difficile, de toutes les forces de la majorité. Un ancien Premier ministre représente un poids particulier. Laissez à chacun son rythme et son temps."

"On ne laisse pas faire, on se retire"

Quid de la polémique sur les dîners clandestins à Paris ? "Cette affaire m’a fait sourire au départ, cela ne me fait plus rire du tout. Je trouve toute cette histoire dangereuse et révoltante pour notre démocratie. Calomniez, il en restera toujours quelque chose. Les personnes qui jouent avec cela doivent être dénoncées, poursuivies et condamnées. Une démocratie repose sur la vérité, pas sur le mensonge, le soupçon, le ressentiment, la jalousie voire la haine."

La réunion européenne avec le président turc Erdogan a choqué. Charles Michel, président du Conseil européen, aurait-il dû réagir immédiatement ? "Ces images m’ont profondément choqué, de voir la présidente de la Commission européenne reléguée sur un canapé. J’ai été déçu par la réaction des plus hauts représentants de l’Union européenne. Quand on est face à un chef d’État qui joue la provocation, qui sait parfaitement ce qu’il fait,  jouant sur une valeur fondamentale de nos démocraties, l’égalité entre les femmes et les hommes, on ne laisse pas faire, on se retire. J’aurais aimé que les dirigeants de l’Europe se retirent et ne laissent pas faire."

"Les 3% de déficit public en 2027"

La crise sanitaire s’éternise. Le plan de relance risque d’en souffrir. Quel taux de croissance espérer ? "Nous avons révisé le taux de croissance à 5%, un chiffre déjà extrêmement élevé. Nous avons connu une récession forte en 2020. J’ai la conviction que l’économie française, dès que la crise sanitaire sera derrière nous, va redémarrer très fort. L’année dernière, au troisième trimestre, quand on a levé les mesures de restriction sanitaire, l’économie française est celle qui a rebondi le plus fort. Il faut croire dans l’économie française. Nous redémarrons vite et fort à l’été." Il n’y aura pas de hausse d’impôts pour financer tout cela ? "C’est un point clé de la stratégie définie : aucune augmentation d’impôts. Nous avons le niveau de prélèvements obligatoires le plus élevé de tous les pays développés. Ce serait absolument absurde de demander à nouveau un effort financier d’impôts et de taxe aux Français. Cette solution de facilité, cela fait trente ans qu’on l’emploie. Il faut trouver d’autres solutions : la réforme des retraites, envisager collectivement de travailler plus longtemps…"

"Nous avons protégé les compétences, les savoir-faire, les entreprises, les salariés, juge le ministre. Nous n’avons pas eu une vague de faillites comme certains l’annonçaient, du chômage comme certains le redoutaient. Nous avons protégé notre économie", juge le ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance. L’arrêt des aides sera-t-il progressif ? "Il le sera. Nous ne débrancherons pas les soutiens brutalement. Des secteurs très touchés continueront à avoir besoin du soutien de la puissance publique. Je pense au secteur de l’industrie aéronautique, au transport aérien, qui ne vont pas redémarrer du jour au lendemain." Tout cela a un coût. Quel sera le niveau de la dette de la France cette année ? "Elle va approcher des 120%, nous avons visé 118%. C’est un chiffre très élevé, mais une grande partie de cette dette est un investissement dans l’économie française, des mesures de soutien prises pour protéger nos entreprises et éviter les faillites. Ensuite, il faudra rétablir les comptes publics. Nous allons préciser notre stratégie dans les semaines qui viennent. Il faut le faire au bon moment pour ne pas tuer la reprise de la croissance. Les 3% de déficit public, je souhaite que nous les retrouvions en 2027. Protection d’abord, relance ensuite et puis rétablissement des finances publiques."

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