Boris Vallaud : "On regrette le divorce entre le Conseil scientifique et le gouvernement"

Boris Vallaud, député PS des Landes, responsable du projet et Porte-parole du PS et auteur de "Un esprit de résistance" (Flammarion), était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 11 mai 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Boris Vallaud interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 11 mai 2021 à 7h40.

Boris Vallaud - Violences : la réponse "est aussi sur le terrain social"

Dans certains quartiers, les violences se multiplient contre les forces de l’ordre. Boris Vallaud réagit à ces faits "comme toutes les Françaises et tous les Français", soit "avec une grande colère face à ces actes de violence", qu’ils soient à l’encontre des policiers, des gendarmes ou encore des Sapeurs-pompiers. "Ce qu’il s’est passé nous rappelle que ce sont des métiers dangereux, que ce sont des hommes et des femmes qui, au quotidien, mettent leur vie en jeu pour protéger la nôtre." Il rappelle qu’il a eu l’occasion d’être sur le terrain, du fait de ses fonctions : "c’est un métier dur". Les policiers et les gendarmes, estime le député PS des Landes, "ont besoin de sentir que la population est derrière eux".


Plusieurs personnalités du PS, dont François Hollande, estimaient que certains territoires étaient en train d’être perdus. "La réponse, elle est sur le terrain sécuritaire, sur le terrain de la fermeté, de la répression de la délinquance", juge le porte-parole du Parti Socialiste. "Mais elle est aussi sur le terrain social.Il y a, dans les quartiers mais aussi dans des zones rurales, des personnes "qui cumulent les difficultés, qui ont un sentiment d’abandon", explique-t-il. "Il faut répondre à ça."

Et selon lui, ça commence par l’école, car "la promesse d’élévation par l’école, d’ascension sociale, est démentie par les faits", analyse le député. "Il faut de la mixité sociale à l’école." "Si on grandit ensemble, on vivra ensemble." Boris Vallaud rappelle également qu’il y a des villes qui ne respectent pas "la mixité sociale dans l’habitat" prévue dans la loi SRU. Or, "on a besoin de ça, de cette réponse en termes de cohésion sociale, en termes de justice. Donner des perspectives, être aux côtés de ceux qui travaillent, de ceux qui n'ont que leur force de travail pour vivre dignement".

 

"Il faut faire attention, ce n'est pas la police contre la justice !"

Les policiers jugent en partie que la réponse pénale a été négligée par l’État, notamment en termes de condamnations. "Des condamnations très fermes, et des circonstances aggravantes ou des peines durcies" dès lors que les actes ont été réalisés contre les forces de l’ordre "ça existe déjà", rappelle Boris Vallaud, qui alerte "il faut faire attention, ce n'est pas la police contre la justice !"

"Je regrette que la justice n’ait pas été plus investie, plus associée au Beauvau de la Sécurité." S’il faut "des réponses" sur ces points, "il en faut aussi sur les effectifs, les équipements, les moyens d’intervention des policiers", souligne le porte-parole du PS. Alors que le gouvernement a annoncé 10.000 nouveaux postes de gendarmes et policiers pour 2022, "pour l’instant nous n’y sommes pas. Pour sécuriser des interventions, il faut aussi des moyens, une police et une gendarmerie de proximité".

"Avec de la solidarité on peut surmonter bien des épreuves"

Dans son livre, Un esprit de résistance, Boris Vallaud parle d’un "délitement de la société", ce qui ne manque pas de rappeler les tribunes des militaires ou encore des retraités. "Je le dis : finalement, dans cette pandémie qui a été terrible, dans cette pandémie on s’est manqués les uns aux autres." "Retrouvons-nous lance Boris Vallaud. Ne nous contentons pas d'avoir applaudi à 20 heures, les ouvriers de l'agroalimentaire, les éboueurs, les caissières. Après la crise, qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on peut encore admettre qu’un grand patron d’une entreprise de la grande distribution gagne 300 fois ce que gagne une caissière ? On a besoin de cette reconnaissance, de vivre dignement".

Face à la fracture de la société, Boris Vallaud a un message : "soit on reste les mains dans les poches et puis on se dit c’est comme ça, soit on se dit, quand même, dans ce pays, quelle richesse". "On est capables de faire des choses", rappelle le député des Landes, car la France est "un pays riche" et "avec de la solidarité on peut surmonter bien des épreuves".

 

"Je ne me résous pas à ce que le vote populaire parte au RN ou à la France Insoumise"

À qui s'adresse aujourd'hui le Parti socialiste ? s'interroge Patrick Roger. L’électorat populaire semble acquis au Rassemblement national ou à la France Insoumise, ce qui risque de compliquer la vie du PS. "Je ne m’y résous pas." "Aujourd’hui, il faut être du côté de ceux qui subissent la vie dure, toutes ces classes populaires qui n’ont que leur force de travail pour vivre, qui parfois n'ont pas même de travail."

Pour lui, si ces personnes veulent la sécurité au quotidien, elles veulent aussi la sécurité de leur travail et de leur vie. "Il faut resécuriser tout ça."
"On ne peut pas se contenter de dire ‘on va sortir du diesel ou du véhicule thermique’ : on raconte quoi aux ouvriers des fonderies du Poitou ? Il faut leur dire que c'est avec les ouvriers d'aujourd'hui qu'on va construire l'industrie de demain. Par la formation, par des contrats de transition".

Par rapport aux écologistes, "on a des causes communes affirme Boris Vallaud. J'espère que ça nous rassemble au-delà des socialistes et des écologistes ! Pour lui, la question environnementale est un levier de transformation sociale considérable. Je plaide pour l'écologie des inégalités : le bilan carbone des 1% les plus riches dans le monde est équivalent à 50% des plus pauvres ; ce sont les 1% les plus riches qui doivent d'abord faire des efforts ! Il faut donc essayer de construire une union de la gauche la plus large possible, on se bat pour les plus modestes".

 

"Ce que l’on regrette, d’abord, c’est cette espèce de divorce entre le conseil scientifique et le gouvernement"

L’Assemblée nationale est appelée, cette semaine du 10 mai 2021, à se prononcer sur le texte de loi sur la sortie de crise sanitaire. "Ce que l’on regrette, d’abord, c’est cette espèce de divorce entre le conseil scientifique et le gouvernement", notamment car ce dernier n’a pas été consulté alors qu’il "a émis un avis qui alerte".

"Les chiffres sur lesquels on se fonde pour sortir du confinement aujourd’hui sont ceux qui nous ont emmenés à nous confiner au mois de novembre décembre", souligne Boris Vallaud. "On a besoin de compréhension. Ensuite, on a besoin de contrôle régulier de ce qui se passe, de clarté dans les décisions et cette clarté, on ne l'a pas !"