Aurore Bergé : "comment peut-on être contre le fait d'interdire le voile pour les petites filles ?"

Aurore Bergé, Députée LREM des Yvelines et Présidente déléguée du groupe LREM à l'Assemblée Nationale, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 15 décembre 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Aurore Bergé interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 15 décembre 2020 à 7h40.

Aurore Bergé : "Le gouvernement empêche, dans le futur, toute loi ou décision qui ne respecterait pas les engagements écologiques"

Emmanuel Macron, à la surprise générale, a annoncé qu’un référendum sur le climat serait organisé, afin de répondre aux demandes de la Convention Citoyenne sur le Climat dont les participants se sentaient lésés. "Le message est clair, c’est-à-dire que suite à la convention citoyenne sur le climat, il y a un engagement qui est pris par le chef de l’État : à la fois, évidemment, de passer devant l’Assemblée et le Sénat quasiment l’intégralité des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat", explique Aurore Bergé. Et ce, "sans filtre" : "toutes les propositions sont transmisesEt en plus, sera inscrit, si les Français en décident ainsi, à l’article 1er de la Constitution, un engagement environnemental, pour la biodiversité, climatique extrêmement clair."

Ce changement constitutionnel, qui se fera par référendum, implique que "toutes les lois qui ne respecteraient pas l’article 1er de cette Constitution qui serait réécrit, seraient inconstitutionnelles", souligne la députée LREM des Yvelines. Ainsi faisant, le gouvernement empêche, dans le futur, toute loi ou décision "qui ne respecterait pas les engagements écologiques". Un futur gouvernement, pour contourner la nouvelle Constitution devrait en effet "rechanger la ConstitutionC’est une contrainte qu’on s’impose non pas juste sur un court terme, parce que les lois elles peuvent se changer, mais sur un très long terme."

 

"On a déjà vécu malheureusement dans ce mandat une forme de guérilla parlementaire, avec des milliers d'amendements"

Bien que des spécialistes estiment que ce changement constitutionnel ne changera, dans les faits, pas grande chose, les mêmes principes étant déjà inscrits dans le Préambule de la Constitution française, Aurore Bergé maintient que"ça va beaucoup plus loin". Le changement est sur "le long-terme. Quel que soit les gouvernements que nous aurons dans les années à venir, si les Français choisissent de l'inscrire dans la Constitution, ils ne pourront plus jamais faire fi des engagements écologiques".

La présidente déléguée du groupe LREM à l'Assemblée Nationale souligne en outre que le gouvernement va "demander l’avis aux Français", par le biais du référendum. Toutefois, "il faut d’abord que ce soit adopté à l’Assemblée et au Sénat". "Je souhaite que, évidemment, on l’adopte le plus vite possible."

Aurore Bergé précise que la question se résoudra, au final, devant les Français et prévient ainsi l’opposition. "On a déjà vécu malheureusement dans ce mandat une forme de guérilla parlementaire où vous avez des milliers et des milliers d’amendements qui nous empêchent d’avancer."

 

"Je crois sincèrement que ce référendum sur le climat aura lieu avant 2022"

Quant à la date du référendum, Aurore Bergé ne s’avance pas. "C’est possible" qu’il ait lieu en même temps que les élections régionales, prévues en 2021, déclare la députée, tout en précisant qu’elle "ne sait pas". "Je pense qu’il faut découpler les choses", les régionales étant une élection "locale" et le référendum étant un vote national.

Néanmoins, le référendum sera lancé "avant la Présidentielle", estime-t-elle sans pour autant s’engager. "Encore une fois, ça dépend du temps parlementaire que nous allons prendre." Il y a une possibilité "de guérilla" avec "des milliers et des milliers d’amendements", ce qui ralentirait fortement le processus.

Le référendum pourrait toutefois se transformer, dans les faits, en un référendum "pour ou contre le chef de l’État", la Présidentielle étant prévue pour 2022. Ce n’est pas ce que croit Aurore Bergé qui souligne que "à quelques mois de la Présidentielle, les Français savent qu’ils pourront s’exprimer au moment de la Présidentielle sur cette question claire : s’ils souhaitent, ou non, reconduire le président de la RépubliqueJe ne vois pas ceux qui se disent en permanence attachés à la question climatique demander à en faire un argument politique contre le président de la République" estime-t-elle.

 

"On ne peut pas donner le sentiment que le mode de scrutin préserverait les intérêts politiques de quelques-uns"

Une partie de l’opposition, notamment Xavier Bertrand, a demandé un référendum sur la laïcité. "J’aimerais comprendre", explique Aurore Bergé. "Il ne dit pas concrètement quelle serait la question : ça veut dire quoi ? On est pour ou on est contre la laïcité ? On va redéfinir la laïcité ?" Elle ne manque pas de relever que "la Constitution y fait de manière très claire référence : la République française est laïque".

La proportionnelle revient sur le devant de la scène à moins de deux ans de la Présidentielle. "Nous, on l’a portée", souligne Aurore Bergé. "Moi, ce que je considère, c’est qu’on ne peut pas donner le sentiment, par un mode de scrutin que le mode de scrutin préserverait les intérêts politiques de quelques-uns." Pour l’élue, "la proportionnelle, c’est dire aux Français chaque voix compte beaucoup plus, chaque voix est beaucoup mieux représentée." D'après elle, "les Français attendent cette réforme institutionnelle, on avait pris cet engagement et je souhaite qu'on puisse aller au bout de cet engagement".

 

Voile pour les petites filles : "Comment on peut être contre le fait, aujourd’hui, de l’interdire ?"

Aurore Bergé a publiquement affiché sa position sur le voile pour les petites filles : elle est contre. Néanmoins, cette question fait débat au sein de la majorité, certains n’étant pas favorables à une interdiction. "On va avoir un débat parlementaire", souligne la députée des Yvelines. "Je vais avoir l’opportunité de m’exprimer."

"Moi, ce que j’aimerais comprendre, c’est comment on peut être contre le fait, aujourd’hui, de l’interdire."
"Est-ce qu’il est conforme à nos principes Républicains d'accepter que des toutes petites filles, parce qu’on parle depuis l’âge de deux ans, trois ans, quatre ans", soient contraintes de porter le voile ? Ce qui, pour la députée, signifie que "le corps d’une petite fille est hypersexualisé. Quelle est la liberté de choix quand on a 5 ans ou 6 ans ?"

"Quand on veut renforcer les principes républicains, on ne peut pas avoir d’angle mort. Et dans les principes républicains, il y a la question de la dignité humaine, la question de la protection de l’enfance, la question de l’égalité entre les filles et les garçons." Ces pratiques, souligne Aurore Bergé, sont certes "marginales", mais sont des pratiques "qu’on ne doit pas accepter".

 

Monde de la culture : "Je préfère donner une date plus lointaine mais plus certaine"

Le monde de la culture manifeste mardi 15 décembre. "Il n'est pas sacrifié ! estime Aurore Bergé. Il ne l'est pas déjà d'un point de vue budgétaire, il est particulièrement soutenu et accompagné. On est le seul pays au monde à avoir autant accompagné le monde de la culture ! tient-elle à souligner. Il va falloir qu'on accepte que cet investissement soit pérenne dans le temps ajoute-t-elle. L'impact pour le monde de la culture n'est pas uniquement 2020 et 2021, c'est un chamboulement massif sur les années qui viennent".

"On ne peut pas être dans une logique de réouverture-fermeture, on doit pouvoir donner de la visibilité ! Je préfère donner une date plus lointaine mais plus certaine, pour pouvoir rouvrir dans la durée, ce qui permet une déprogrammation".

 

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