Arlette Chabot: "Emmanuel Macron, l'anesthésiste"

Editorial

Démineur pour certains, anesthésistes pour d'autres, Arlette Chabot évoque Emmanuel Macron dans son éditorial. Cédric Villani doit annoncer ce soir sa candidature à la mairie de Paris en concurrence avec Benjamin Griveaux, désigné par le parti. Il ne semble pas devoir être exclu. Il y a une forme d'indulgence au plus haut niveau face à des candidatures dissidentes.

"Première explication: Macron est un vrai libéral. Chacun doit avoir sa jauge, jouer son destin et développer ses potentialités, et Villani le transgressif fait du Macron, qui avait ignoré totalement les intentions de François Hollande, quitté le ministère des finances, entré en campagne présidentielle... En essayant de montrer que tout cela est totalement naturel. Le président, au delà de ce moment, a une attitude politique constituant à dédramatiser et banaliser toutes les situations. C'est son mode de fonctionnement, radicalement différent de celui de ses prédecesseurs qui aimaient mettre en scène les conflits, les bras de fer, les querelles. Lui, pas du tout. C'est la méthode de l'édredon qui étouffe les coups et les brouilles. Exemple, quand Nicolas Hulot démissione sans avoir prévenu personne. Le président dit qu'il respecte les choix personnels de Nicolas Hulot. On sent presque de la compassion. Il ignore superbement les critiques et désaccords de fond exprimés par Nicolas Hulot. Le départ inattendu et précipité d'un certain Gérard Collomb du ministère de l'intérieur, qui crée un beau désordre? Le président s'y résoud, accepte et salue le choix personnel de Gérard Collomb qui préfère retrouver sa ville et sa mairie. Franchement très compréhensif à l'égard de Gérard Collomb, silence là aussi sur les critiques et les remarques désagréables sur l'arrogance du pouvoir. Bref, avec Emmanuel Macron en politique, ça glisse. Les ministres virés partent sans bruit. Personne ne se souvient que Laura Flessel ou Françoise Nyssen sont partis. Les députés qui quittent le groupe majoritaire: pas de commentaire, pas de clash, pas d'amertume exprimée. Les nominations au gouvernement sont totalement banalisées. Elisabeth Borne? 23h30, on apprend qu'elle remplace François de Rugy en pleine tempête. Bref, tout ceci doit de passer dans le calme, Emmanuel Macron a décidé de faire de tous les événements politiques des non-évènements. Banalisation, indifférence feinte: Jupiter tout puissant, volontaire, qui clame ses intentions, sait aussi être un grand anesthésiste, avec un grand débat pour endormir la colère des jaunes et apaiser les Français."

L'entrée de Jean-Paul Delevoye au gouvernement pour traiter le dossier des retraites, ça va dans ce sens de réduction des conflits?

"Tout à fait, c'est la tentative de déminer le dossier des retraites. On écoute, on respecte, on évite les clashs. Est-ce que ça marchera pour les retraites? Pas évident, car en ce domaine l'anesthésie peut s'avérer difficile à doser."

Mais avec l'anesthésie, il y a moins de douleur...

"Mais il peut y avoir des réveils difficile..."