Amélie de Montchalin : "J'en ai marre des étatologues, des spécialistes de la réforme de l'État"

Amélie De Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, était l’invitée du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 8 février 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Amélie De Montchalin interviewée par Patrick Roger sur Sud Radio le 8 février 2021 à 7h40.

Amélie de Montchalin : "On a chacun entre nos mains la suite des événements"

Les variants continuent de menacer la France et les médecins s’inquiètent et s’alarment, alors que le gouvernement a décidé de ne pas reconfiner les Français ni même de leur interdire les déplacements durant les vacances de février 2021. "On se bat, et l’objectif du Président, c’est qu’on tienne, ensemble", explique Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. "Et on le sait tous, on a chacun une part de responsabilité", précise-t-elle, notamment dans le respect des gestes barrière. "On a chacun entre nos mains la suite des événements."

Le télétravail est encore et toujours la norme en France, même si le respect de cette mesure a faibli après les vacances de Noël. Organisations syndicales, employeurs ou encore ministères sont "très alignés", précise la ministre : "on veut une chose : c’est combattre l’épidémie et prendre notre part", donc permettre un bon fonctionnement des services publics tout en télétravaillant "plus". Elle annonce notamment la fin des réunions en présentiel "si on peut le faire en visioconférence". "Et si on se réunit, on essaye vraiment d’être moins de six."

 

Télétravail : "C’est prouvé, ça fonctionne : ça limite les brassages, ça limite la contagiosité"

L’équipement du personnel avance : "depuis le mois de mars, on a déployé 150.000 ordinateurs, là on en a commandés encore 50.000". "On équipe les agents en outils informatiques de partage de fichiers", explique la ministre. "Bref, on investit. Il y a plus de 200 millions d’euros du plan de relance qui sont là pour les agents publics, pour leur numérique, pour leurs outils de travail."

Amélie de Montchalin rappelle que l’engagement du gouvernement était que tous les agents qui ont des missions "télétravaillables soient équipés au 1er juillet" 2021. "La semaine dernière, 42% des agents de l’État hors policiers, gendarmes, enseignants, avaient télétravaillé. Et l’objectif, c’est qu’on arrive le plus proche possible de 50%."

Elle souligne que la volonté de mettre en place le télétravail n’est justifiée ni parce que "c’est une règle" ni parce que "c’est un dogme", mais parce que "c’est prouvé, ça fonctionne : ça limite les brassages, ça limite la contagiosité".

 

"L'État, ce n’est pas un monstre éloigné"

L’administration est montrée du doigt lorsque certains problèmes de gestion surviennent, comme c’est le cas dans le cadre de la campagne de vaccination. Pour certains élus et anciens élus, toutefois, ce n’est pas l’administration mais les gens qui dirigent l’administration, donc les hauts fonctionnaires et le gouvernement, qui sont fautifs. "J’en ai marre", souligne Amélie de Montchalin. "Notre état d’esprit, avec le Président, c’est de tenir face à l’épidémie et tenir nos engagements."
Mais il y a, selon elle, "tout un groupe de commentateurs, je les appelle les étatologues, vous savez, les spécialistes de la réforme de l’État" dont les livres foisonnent aujourd’hui en librairie. Pour elle, "ça ne sert à rien d’avoir ces débats : l’État, ce n’est pas un monstre éloigné. Et puis c'est surtout un esprit de défaite !" estime-t-elle.

"Vous avez l'impression que tous les livres commencent par 'le pays est foutu, l'État est ingouvernable, le politique est impuissant'. Ça ne sert à rien ! Les Français attendent de nous qu'en 2021, au moment où je vous parle, on mène une bataille de l'efficacité. Mon but, explique Amélie de Montchalin, n’est ni de détruire l’État, ni de réformer l’État, mais que ça marche. Et ainsi de faire en sorte que dans la vie quotidienne, les choses fonctionnent".

 

"L'opposition est trop pressée d'être en 2022 !"

Beaucoup assurent qu'il y a beaucoup de ratés sur le terrain, souligne Patrick Roger. "Mon engagement, et c'est ce qu'on fait avec le Premier ministre, le Président et chacun des ministres, au début du mois de janvier, sur gouvernement.fr, on a rendu publics tous nos résultats département par département, sur les 25 réformes prioritaires que l'on mène depuis 2017, rappelle-t-elle. C'est poser sur la table des faits, et pas du blabla ! Dans ce baromètre, on assume qu'il y ait des choses qui ont progressé et on voit aussi très bien qu'il y a des départements où on n'est pas, reconnaît la ministre. Une fois qu'on a mis les résultats sur la table, on redonne les moyens aux acteurs de terrain et surtout, on va évaluer les préfets sur les progrès", explique-t-elle.

Amélie de Montchalin s'insurge également contre l'opposition, "trop pressée d'être en 2022 ! selon elle. Mais avant 2022, il y a 2021 et nous, ministres, on doit régler les problèmes de 2021. Quand l'opposition nous dit qu'on n'a rien fait et qu'il faut tout refonder, ce n'est pas comme ça qu'on avance ! En février 2021, où sont les propositions ?" s'interroge-t-elle.

 

Dette Covid : "On va payer tout ça par la croissance"

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a affirmé qu'il était hors de question d'annuler la dette Covid. "Cette dette est contractée à des taux très bas, rappelle Amélie de Montchalin, on n'est pas en train de nous ruiner pour le futur parce qu'il faudrait qu'on rembourse les intérêts. Ensuite, on va payer tout ça par la croissance, explique-t-elle. On fait un plan de relance de 100 milliards d'euros parce qu'on veut recréer des emplois, former les Français, réussir notre transition, on veut être un pays compétitif, capable de produire des richesses. Ça prendra peut-être 5 ans, 10 ans, 15 ans, mais on ne repaiera rien par magie, on le fera en ayant de la croissance, en créant des emplois et de la richesse".

"Ce plan de relance est le plus grand effort d'investissement public depuis la seconde guerre mondiale, souligne la ministre. En mettant 100 milliards d'euros sur la table, vous soutenez les PME, la robotisation, la modernisation, vous formez les Français. On va faire revenir des entreprises de pharmacie, de production. C'est ça qui va nous faire repayer."

 

 

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