Alexis Corbière : "On fait des économies sur le dos des chômeurs"

Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis et porte-parole de Jean Luc Mélenchon, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le vendredi 8 octobre sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 8h15.

Alexis Corbière, interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio, le vendredi 8 octobre, dans "le petit déjeuner politique".

Alexis Corbière : "Les organisations politiques les plus en vue sont sur des thématiques qui ne sont pas sociales"

Depuis plusieurs mois, de nombreuses personnalités prévenaient d'un risque d'explosion sociale à l'automne. Finalement, le taux de chômage est au plus bas depuis 2008, peu de manifestants, mardi 5 octobre. Macron aurait-il gagné son pari économique ? Alexis Corbière rectifie sur les chiffres du chômage. "Il y a plus de chômeurs dans les catégories A, B et C mais on nous dit que le taux de chômage baisse", souligne-t-il. "Il y a aujourd'hui 24 chômeurs pour un emploi", affirme le député LFI de Seine-Saint-Denis.

Du côté de la France insoumise, on propose "la garantie emploi" qui pourrait créer "2,8 millions d'emplois" avec un dispositif public. Le porte-parole du parti de Jean-Luc Mélenchon dénonce l'entrée en vigueur de la réforme de l'assurance-chômage depuis le 1er octobre. "1,15 million de chômeurs qui touchaient l'assurance-chômage, vont voir leurs indemnités baisser de manière significative", déplore-t-il en accusant le gouvernement de "faire des économies sur le dos des chômeurs, alors que les profits s'accumulent à une minorité".

La faible mobilisation du mardi 5 octobre est une "vraie question" pour Alexis Corbière. "Il ne suffit pas d'être dans la galère pour se mobiliser, c'est parfois l'inverse, plus les gens sont dans la difficulté, plus le quotidien étant rude, ce n'est pas facile de perdre une journée de salaire", note l'élu de Seine-Saint-Denis. La faute également aux organisations politiques les plus en vue dans l'actualité "qui sont sur des thématiques qui ne sont pas sociales". "Ça pèse sur le climat social", regrette-t-il en voulant essayer "de mettre en avant des thèmes qui rassemblent les gens".

 

Il faudrait rendre l'optimisation "illégale"

Alexis Corbière rappelle qu'il y aurait, selon les services de l'État, "entre 80 et 100 milliards d'euros qui échapperaient à l'impôt". La faute à l'exil fiscal mais aussi à l'optimisation fiscale, pourtant légale, que le député de la France insoumise souhaiterait "rendre illégale". "Il suffirait de consacrer 5 milliards pour permettre à tous nos jeunes, entre 18 et 25 ans de pouvoir percevoir le RSA", souligne le parlementaire qui observe "une paupérisation qui se généralise dans la jeunesse".

Le gouvernement a annoncé une aide de 500 euros par mois pour les jeunes. Insuffisant pour Alexis Corbière qui note que cette somme "est en dessous du seuil de pauvreté". L'élu regrette l'évolution du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. "Ils étaient 9 millions en 2017, aujourd'hui, ils sont au moins 11 millions", rapporte-t-il, contrastant avec "les gens les plus fortunés qui ont vu leur fortune doubler". Le député assure "ne pas en vouloir aux plus riches", mais être "un partageux". "Je ne vis pas bien quand il y a de la misère, ça disloque la société, ça la fracture", regrette-t-il.

 

La sortie de Mgr de Moulins-Beaufort est "une grande maladresse"

Après le rapport Sauvé établissant le nombre de cas de pédophilie dans l'Église de France, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr de Moulins-Beaufort, a réaffirmé l'importance de l'inviolabilité du secret de la confession. "Ce qui a de plus terrible dans le secret de la confession, c'est un système d'omerta et de protection d'une institution qui a eu des conséquences terribles", réagit Alexis Corbière. La sortie de Mgr de Moulins-Beaufort est pour le député "une grande maladresse et inacceptable".

 

La laïcité permet "quelles que soient nos convictions de vivre ensemble"

Un an après l'assassinat de Samuel Paty, un hommage sera rendu dans tous les établissements scolaires, avec une heure de cours laissée libre. En tant que professeur d'histoire-géographie, Alexis Corbière propose de débattre dessus. "C'est bien s'il y a un temps de discussion", juge-t-il, rappelant que la laïcité permet "quelles que soient nos convictions de vivre ensemble". Après des siècles de conflits religieux en France, le député LFI souhaite faire vivre "une laïcité concrète" et trouver "cet équilibre subtil" entre le droit de critiquer une religion, sans racisme et humiliation.

 

"Les thématiques que nous portons sont majoritaires dans ce pays"

À six mois du scrutin présidentiel, 60% des Français estiment qu'aucun candidat de gauche n'est en mesure de gouverner le pays et d'arriver au second tour. Jean-Luc Mélenchon semble être le mieux placé dans les sondages mais refuserait toute alliance, ce que dément Alexis Corbière. "On a souvent interpellé l'ensemble des organisations pour avancer ensemble", rappelle le porte-parole de la France insoumise qui, d'abord, "avance sur un programme". "Les thématiques que nous portons sont majoritaires dans ce pays", estime l'élu.

Les relations avec le Parti socialiste semblent être au plus bas avec Jean-Luc Mélenchon qui leur aurait répondu "d'aller se faire voir", lorsque la direction du PS leur signifiait "c'est derrière nous ou pas". "Si le PS considère encore que nous sommes comme il y a 10 ou 20 ans, qu'ils sont les chefs de tout, que toute union doit avoir lieu derrière eux, que le PS serait le seul parti de gouvernement et que nous, pauvres manants de LFI, nous ne serions pas un parti de gouvernement, ils se trompent", adresse Alexis Corbière. Selon lui, "ce qui s'est passé en 2017 est un séisme qui n'a pas fini encore de se faire entendre, la vieille classe politique s'est effondrée".

 

Alexis Corbière : "Notre pays est blessé démocratiquement"

Alexis Corbière demande des réponses "à des questions fondamentales", que ce soit sur les thématiques sociales, la crise écologique et la question démocratique. "Notre pays est blessé démocratiquement, il faut de nouvelles institutions", préconise le député qui veut "renouer des liens entre le peuple et ceux qui le représentent". Le porte-parole de la France insoumise appelle à mettre fin "aux divisions artificielles" et souhaite "se regrouper" avec le Parti communiste, ou avec Arnaud Montebourg.

Le député de Seine-Saint-Denis ne souhaite pas se prononcer en cas de deuxième tour Zemmour-Macron. "C'est le pouvoir d'injonction des sondages à six mois des élections, je ne subirai pas ça", répond Alexis Corbière. L'élu estime que "les conditions sont réunies pour qu'il y ait une candidature populaire au second tour", portée par Jean-Luc Mélenchon. "Je ne veux pas de ce second tour Macron-Zemmour", insiste-t-il en appelant les classes populaires "à ne pas se faire avoir". "Éric Zemmour n'est pas le candidat du peuple français mais celui de l'élite", lance le parlementaire.

 

 

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