Adrien Taquet : "L'État doit réinvestir dans la protection de l'enfance"

Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la Protection de l'enfance était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le jeudi 16 janvier sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Adrien Taquet interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le jeudi 16 janvier à 7h40.

C'est confiant et avec l'envie d'une sortie de crise qu'Adrien Taquet estime que "le compromis de la conférence de financement permet que le dialogue continue et que la grève s'arrête". Pour lui, "tout est réuni pour que les français retrouvent le calme" dans les prochaines semaines. Mais jusque là, "il faut continuer à expliquer", lance le secrétaire d'État. "C'est une réforme complexe, importante qui va avoir des implications dans la vie des gens. C'est normal que ça soulève des interrogations, des inquiétudes, des craintes", comprend-t-il avant de rappeler que "nous avons déjà apporté un certain nombre de garanties : les pensions ne baisseront pas, ce qui a été acquis ne sera pas remis en cause", assure Adrien Taquet qui note que "la mobilisation a tendance à diminuer".

 

"Nous partageons le constat des médecins démissionnaires"

Rattaché au ministère de la Santé d'Agnès Buzyn, Adrien Taquet doit également faire face aux menaces de démissions d'un millier de médecins. "Nous partageons le constat des médecins démissionnaires sur l’hôpital public. Nous avons répondu avec le plan d'urgence présenté en novembre dernier", répond le secrétaire d'État qui assure "partager aussi le caractère d'urgence". Des mesures qui prévoient entre autres une enveloppe de "450 millions d'euros débloqués sur trois ans pour acheter du matériel, une reprise de la dette des hôpitaux (10 milliards sur trois ans). Concrètement c'est 800 millions à 1 milliard d'euros qui vont être dégagés pour ouvrir des lits, verser des primes, acheter du matériel", détaille le secrétaire d'État.

"Tout ça était annoncé en novembre dernier, les premières mesures commencent à être mises en œuvre en janvier. Les établissements vont recevoir cette semaine 150 millions d'euros pour commencer à réinvestir", tente-t-il de rassurer. Pour lui, le constat est "partager" et "les trois points évoqués par les médecins trouvent leur réponse". Adrien Taquet annonce également que les médecins démissionnaires seront reçus par Agnès Buzyn, vendredi 17 juillet, "pour leur expliquer que nous sommes alignés sur le constat et les mesures à prendre".

Ségolène Royal "en deçà des attentes" ?

Le limogeage de Ségolène Royal de son poste d'ambassadrice des pôles "n'a aucun lien avec la prochaine échéance présidentielle", assure Adrien Taquet qui estime "qu'un ambassadeur qu'il soit des pôles ou d'ailleurs a un droit de réserve, qu'elle a rompu". "Elle sera libre de tenir tous les propos qu'elle a envie de tenir" désormais, ajoute le secrétaire d'État qui semble avoir "compris qu'elle était peut-être en deçà des attentes sur le fond des dossiers sur lesquelles elle a été missionnée".

Alors que la loi Bioéthique doit être examinée au Sénat la semaine prochaine, Adrien Taquet rappelle qu'il s'agit "d'une loi d'interdiction". "La non-marchandisation du corps sera fondamentale", rassure-t-il en voulant "mettre des limites à l'évolution des technologies". "Nous réaffirmons que nous interdisons la GPA", répond le secrétaire d'État à la protection de l'enfance aux détracteurs qui craignent une prochaine légalisation de cette technique de gestation. "La société française est beaucoup moins crispée qu'il y a quelques années avec La Manif Pour Tous. Même au Sénat la disposition sur la PMA pour toutes a été adoptée en commission sans aucun problème", se réjouit-il.

"L'État doit prendre ses responsabilités et garantir la sécurité des enfants"

Alors que l'émission de M6, Zone Interdite, doit diffuser un reportage, dimanche prochain, sur l'Aide sociale à l'enfance, Adrien Taquet regrette de "ne pas avoir été sollicité". Personnel non qualifié, sans diplôme, le reportage met en lumière des dysfonctionnements au sein de l'organisation venant en aide aux enfants en difficulté. "Chacun doit être au rendez-vous de ses propres responsabilités", réagit le secrétaire d'État. Adrien Taquet reconnaît des dysfonctionnements et des anomalies "qui remontent à loin". "La santé des enfants à protéger est moins bonne que la santé des autres enfants dans le pays. Il y a un problème de déscolarisation. On mobilise tout ça", énumère-t-il.

"Ce qui est évoqué dans ce reportage, ce sont des questions de sécurité immédiate. Là dessus chacun doit prendre ses responsabilités", appelle Adrien Taquet. "L'État doit garantir la sécurité de nos enfants. D'ici le semestre 2020, il y aura des normes nouvelles. L'État doit prendre ses responsabilités et garantir la sécurité des enfants pris en charge par l'ASE", annonce-t-il. "L'État doit réinvestir dans la protection de l'enfance, les départements doivent être plus stricts, avec des contrôles inopinés", détaille le secrétaire d'État.

Plus d'un mineurs isolé sur deux ne serait pas vraiment mineur

L'Aide sociale aux enfants doit également faire face aux nombreux mineurs isolés qui arrivent en France. "On ne sait pas combien de mineurs migrants arrivent. On a une estimation mais il y a une controverse sur l'âge de ces mineurs". Selon lui, sur 40.000 personnes arrivées en France en 2018 et s'étant déclarées comme mineurs, "seules 18.000 ont été reconnues réellement mineurs", annonce Adrien Taquet. "Dans notre pays, dès qu'un mineur arrive, il rentre dans le système de protection des mineurs en France. C'est un enfant avant d'être un migrant ou un étranger, nous lui devons la protection", assure-t-il.

Interrogé sur les affaires de pédophilie parmi les personnalités connues, Adrien Taquet martèle qu'il est "indispensable de mettre fin à l'impunité". "L'affaire Matzneff n'en dit pas tant sur une époque, sur un milieu ou une personne, ça en dit beaucoup sur notre époque : comment pendant 30 ans avons nous pu laisser faire cela ? On est tous responsables", déplore-t-il, souhaitant voir "un avant et un après Matzneff". Adrien Taquet souhaite tout de même rappeler que "80 % des violences sur les enfants, de toute nature, se déroulent dans le cadre familial". Les chiffres sont effrayants, "27.000 plaintes d'enfants pour agression sexuelle, 150.000 enfants probablement agressés sexuellement, 4 millions d'enfants victimes d'inceste. Un enfant meurt tous les cinq jours des coups de ses parents", alerte-t-il, invitant les citoyens ayant le "moindre doute", à le signaler au 119. "Il faut que ce soit le combat des années 2020", exhorte-t-il.

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