"Pour la transition énergétique, ce sont des milliers de milliards qu’il nous faut"

Participants à la Cop21, le 12 décembre 2015 (©FRANCOIS GUILLOT - AFP)

Alors qu’un sommet sur le climat accueillant plusieurs centaines d’acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique démarre à Paris cette semaine, Pierre Canet, responsable du programme Climat et Énergie WWF, dresse pour Sud Radio les enjeux de cet événement. 

Cette semaine, les acteurs de la lutte contre réchauffement climatique auront une fois de plus les yeux rivés vers Paris, qui accueille près de 2000 d’entre eux (politiques, associations, organismes…) pour avancer dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris issu de la Cop21. Responsable du programme Climat et Énergie WWF, Pierre Canet était l’invité du journal de 18h sur Sud Radio ce lundi pour en parler.

"On peut attendre une mobilisation de haut niveau. C’est important au niveau diplomatique de tenir cette endurance et ce tempo avec des rendez-vous de haut niveau. Il y a une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement qui sont attendus. Mais ces décisions qui touchent à notre planète dépassent le cadre du ministère de l’Environnement, il faut qu’il y ait aussi des ministres de l’Économie et des Finances et je pense que l’idée du sommet est aussi de parler d’environnement avec eux et de faire en sorte que des décisions soient prises au niveau des chefs d’État. Évidemment, nous jugerons en fonction des annonces car nous attendons beaucoup pour voir notamment de nouveaux pays avancer vers ce qu’on appelle la "neutralité carbone", un monde sans émissions d’ici la moitié du siècle. Faire en sorte d’avoir des annonces sur la fin du charbon et sur le déploiement des énergies renouvelables. Enfin, le thème de la finance verte : comment rediriger les flux financiers pour servir l’Accord de Paris et faire en sorte que notre système financier ne serve plus à financer les énergies fossiles du passé, mais les énergies d’avenir (isolation des bâtiments, transports propres, etc.)", déclare-t-il.

"Les flux financiers doivent maintenant servir la transition énergétique"

Parmi les enjeux abordés cette semaine figurera l’épineuse question du fonds d’aide pour favoriser la conversion des pays en développement à l’économie verte. "Le fonds est d’aujourd’hui de 10 milliards. Ce n’est pas énorme, mais ce qui est en jeu, ce sont les 100 milliards d’ici 2020 (pas seulement un fonds, mais l’ensemble des flux financiers). Ces flux issus des pays développés doivent aller vers le financement de la transition énergétique dans les pays en développement. Ce financement de 100 milliards n’est pour l’instant pas acquis, on en est aujourd’hui à 60 milliards de dollars environ. Il faut le renforcer, (…) et nous n’avons pas de garanties là-dessus. La France doit aussi préciser sa trajectoire : comment aller au-delà des 5 milliards affichés par le président Hollande avant la Cop21 ? Comment aller plus loin dans le financement de l’adaptation, qui est pour l’instant le parent pauvre de l’action climatique ? Le dérèglement climatique, c’est maintenant. Il y a déjà des impacts et des conséquences et il va falloir financer tout ça", explique-t-il.

Pour Pierre Canet, le chiffre de 100 milliards est même loin d’être suffisant au vu des défis à relever à l’échelle mondiale. "Au-delà des 100 milliards, la transition énergétique, l’isolation des bâtiments, les nouveaux transports, etc., exigent des milliers de milliards ! Tout cet argent qui a été mis au service de cette économie qui va mal, de cette économie fossile. Tous ces flux financiers doivent maintenant être redirigés. Les 100 milliards sont prévus pour les économies en développement, mais au-delà de ça, c’est toute l’économie qu’il faut transformer, et ça ne se limite pas à 100 milliards...", assure-t-il.

Réécoutez en podcast l’interview de Pierre Canet sur Sur Radio

 

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