L'Europe vue par la socialiste Rita Maalouf

Rita Maalouf
AFP

Le Parti Socialiste a publié le 18 septembre un document de travail en vu des élections européennes du 26 mai 2019. Document que nous nous sommes procuré. Il prône une collaboration participative du Comité National et affirme haut et fort que « Nous socialistes, sommes européens de cœur et de raison ». On peut aussi y lire que « le projet européen est abîmé, contesté et aujourd’hui gravement menacé ». Rita Maalouf, franco libanaise, membre du conseil national, ancienne candidate malheureuse aux dernières législatives a accepté de répondre à nos questions concernant ce document.

Rita Maalouf, vous êtes donc membre du conseil national du Parti Socialiste, vous êtes issue de la société civile, vous dirigez la société de communication Héliopolis Conseil. Partagez-vous les craintes des autres élus socialistes ?

Je suis inquiète sur la situation en Europe pour deux raisons principales : sa politique économique de réduction des déficits et le retour au nationalisme.

Que faire en matière d’économie ? Tout d’abord, comme le propose le commissaire européen Pierre Moscovici, il faut absolument une convergence fiscale entre tous les états membres sinon les injustices demeureront. Puis, il faut arriver à imposer une convergence sociale pour limiter les inégalités. Instaurer un salaire minimum me paraît être une bonne idée.

Cela sera t-il suffisant ? Non, bien entendu. Mais, si ces deux points sont réalisés alors, vous verrez que l’Europe sera en bien meilleure forme. Il faut avancer pas à pas et déterminer les priorités. Soyons réaliste !

Et sur la crainte du retour des nationalismes, vous allez fermer les frontières, renvoyer les migrants ou laisser faire ? Je suis née au Liban, j’ai fui mon pays à cause de la guerre. J’ai eu la chance d’être acceptée par la France. Je suis donc très sensible au sort des migrants. J’ai bien conscience que la situation d’aujourd’hui n’est pas celle que j’ai connu en 1975. La montée du national populisme prospère en raison de l’augmentation des flux migratoires et de l’explosion des inégalités au sein des pays et entre les pays européens. Voilà le résultât du chacun pour soi de la part des Etats membres qui multiplient les lignes de fractures entre les pays et au sein des pays.

Alors,  que faire ? Le constat est important. Il y a deux clans en Europe, le nationalisme qui veut la détruire soutenu par le clan Viktor Orban (Premier ministre ultraconservateur hongrois) et Matteo Salvini (ministre de l’intérieur italien, chef de la ligue) qui défendent un projet souverainiste et l’autre clan, celui d’Emmanuel Macron qui veut réduire l’Europe à un grand marche. D’ailleurs, Marine Le Pen a bien dit que le choix se fera entre l’Europe d’Emmanuel Macron qui va vers le fédéralisme et l’immigration de masse et l’Europe des identités et des protections. Il faut briser ces deux options et ouvrir une troisième voix.

Laquelle ? Notre projet tournera clairement le dos à une Europe technocratique et libérale qui s’est coupée des peuples et n’a pas su leur offrir une perspective d’avenir meilleur. Nous proposons de renouer avec l’ambition initiale d’une construction européenne qui avait su apporter la paix et la prospérité. Face aux menaces, face aux risques de déclin, l’Europe doit défendre son projet et ses valeurs, faire de nouveau le choix de la solidarité, passer à l’offensive pour changer la mondialisation, défendre l’emploi et réussir la transition écologique et énergétique. Ce n’est pas très nouveau.

Le Parti Socialiste, votre parti semble avoir toujours été sur cette ligne politique, non? Notre constante est donc rassurante. Mais, je conçois qu’il va falloir convaincre et innover. On y travaille

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