C'est un tournant dans l'histoire judiciaire du Liban. Réuni en séance mardi, le Parlement a adopté la proposition de loi abolissant la peine capitale, après avoir introduit plusieurs amendements au texte. "Le projet de loi visant à abolir la peine de mort au Liban a été approuvé", a annoncé le bureau du président de l'Assemblée.
Une peine remplacée par la réclusion à perpétuité
La réforme remplace la peine de mort par la réclusion à perpétuité. Pour les crimes commis après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, un amendement porté par le député Abdel Rahman Bizri instaure même une peine de réclusion à perpétuité aggravée, assortie de travaux forcés. Les modalités pratiques de cette nouvelle peine restent toutefois à préciser, notamment dans un système pénitentiaire où ce type de dispositif est rarement appliqué.
Plus de vingt ans sans exécution
Dans les faits, le Liban n'avait plus procédé à une exécution depuis le 17 janvier 2004. Depuis, le pays vivait sous un moratoire de facto : aucune exécution n'était mise à exécution, mais les tribunaux continuaient de prononcer des condamnations à mort, y compris très récemment pour des affaires de meurtre, de terrorisme ou d'espionnage. Selon Amnesty International, au moins 85 personnes se trouvaient encore dans le couloir de la mort en janvier 2026.
Une décision saluée par la communauté internationale
Le ministre de la Justice Adel Nassar a souligné qu'avec ce vote, Beyrouth ne serait plus débouté de ses demandes d'extradition de suspects par des pays ayant eux-mêmes aboli la peine de mort. Du côté des ONG, la réaction a été unanime. Ramzi Kaiss, chercheur pour Human Rights Watch, y voit "une étape monumentale pour les droits humains dans le pays". Amnesty International a salué de son côté une décision qui "transforme une suspension précaire des exécutions en une protection juridique durable".
Une première au Moyen-Orient, mais pas dans le monde arabe
Si le Liban devient le premier pays du Moyen-Orient à abolir formellement la peine capitale, il n'est pas le premier pays arabe à le faire : Djibouti, membre de la Ligue arabe, l'avait déjà supprimée de sa législation en 1995.