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 Iran - Etats-Unis : le bilan de 6 mois d'une guerre inutile

Par Hugo Paillart

ANALYSE SUD RADIO - Le 28 février dernier, les États-Unis et Israël entraient en guerre contre l'Iran. Six mois plus tard, rien n'est réglé et le chemin de la paix est loin d'être en vue. Le régime iranien n'est toujours pas tombé et Donald Trump voit sa popularité au plus bas. Etats des lieux.

Le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran continuent six mois après.
Le conflit entre les Etats-Unis et l'Iran continuent six mois après.

C'est un anniversaire dont on se serait bien passé : le 28 août marque les 6 mois du conflit opposant les États-Unis à l'Iran. Déclenchée le 28 février dernier suite aux bombardements américano-israéliens sur le territoire iranien, cette guerre qui devait être éclair s'est enlisée et a embrasé toute la région telle une poudrière. À cette crise internationale s'est ajoutée une crise du pétrole qui impacte le monde entier. Entre situation sclérosée et grand désordre mondial, Sud Radio vous propose de faire le bilan de ces six mois de guerre inutile.

Le régime des mollahs toujours en place

Donald Trump et son allié israélien Benjamin Netanyahou avaient prédit que le régime des mollahs tomberait en moins de deux semaines. Après les bombardements du 28 février 2026 ayant entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei, les deux leaders estimaient que la chute de l'ancien empire perse était inéluctable. « Les États-Unis et Israël visaient une victoire rapide, mais ils ont mal anticipé la résilience de la République islamique », déclare Ali Vaez, directeur du programme Iran de l'International Crisis Group. Six mois après, le régime n'est toujours pas tombé et la guerre s'est enlisée.

Si Mojtaba Khamenei, fils d'Ali, n'est pas le même animal politique que son père, le régime des mollahs reste fort. Les Gardiens de la Révolution ont pris la main en renforçant la surveillance de la population. La répression s'est durcie, avec une multiplication des arrestations et un contrôle renforcé de l'information. « Le système iranien, d'une certaine manière, est passé d'une théocratie à un État sécuritaire dominé par les Gardiens de la Révolution », explique Ali Vaez.

La population iranienne, plus surveillée que jamais, est l'une des victimes de ce conflit. Non seulement elle doit composer avec les bombardements, mais elle subit de plein fouet une paupérisation extrême, avec une inflation qui a atteint environ 50 % selon les derniers chiffres disponibles. La consommation de viande et de produits laitiers a presque disparu de l'assiette de nombreuses familles. Les retraités sont contraints de travailler pour survivre. « Il est difficile de dire si l'Iran est plus fort ou non après cette phase de la guerre. En tout cas, le régime a survécu à cette menace existentielle », souligne Arman Mahmoudian, enseignant-chercheur à l'université de Floride du Sud.

Une crise du carburant qui a fait flamber les prix

En représailles aux bombardements américains, Téhéran a commencé à couler des navires de commerce transportant du pétrole et à bloquer le détroit d'Ormuz. Avec la fermeture de ce point de passage, un effet boule de neige s'est créé : le cours du Brent a bondi et le prix à la pompe s'est mis à flamber. Les Pays-Bas, l'Italie, la France et l'Espagne comptent parmi les dix pays les plus durement touchés par les surcoûts d'importation de combustibles fossiles provoqués par les perturbations au Moyen-Orient.

La Hollande a dû faire face à des coûts supplémentaires estimés à 11,5 milliards d'euros entre mars et août, suivis par l'Italie avec 10,8 milliards d'euros, la France avec 9,5 milliards d'euros et l'Espagne avec 8,8 milliards d'euros. À eux quatre, ces économies de l'UE ont absorbé près de 41 milliards d'euros de coûts supplémentaires liés aux combustibles fossiles, sans importer de nouveaux volumes d'énergie.

Ces chiffres mettent en lumière la vulnérabilité des économies européennes face aux prix mondiaux du pétrole et du gaz, révélant une crise qui a ajouté environ 283 milliards d'euros aux factures d'importation de combustibles fossiles dans le monde, le pétrole brut représentant à lui seul 141 milliards d'euros de cette hausse, selon le Centre de recherche sur l'énergie et l'air propre (CREA). Les prix du gaz naturel liquéfié (GNL) ont augmenté de 60 % dans l'Atlantique et de 75 % dans le Pacifique, tandis que les prix du diesel et de l'essence ont bondi de 59 % depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur offensive contre l'Iran le 28 février.

Le feu a toute une région

Autre conséquence du déclenchement de ce désordre régional aux répercussions mondiales : les tirs de missiles sur les États voisins. Le conflit devait être cantonné à l'Iran, aux États-Unis et à Israël. Or, en représailles aux bombardements américains, la République des mollahs a visé plusieurs alliés des États-Unis dans la région. L'Arabie Saoudite, le Qatar et les Émirats Arabes Unis ont été pilonnés par l'Iran, entraînant des états d'alerte successifs.

Avec la fermeture du détroit d'Ormuz, des pays du Golfe comme l'Irak et le Koweït ont également été impactés. Suite à cette crise, les « monarchies » pétrolières ont pris conscience de la nécessité de diversifier leurs sources de revenus.

Face au risque nucléaire iranien, Donald Trump a par ailleurs ouvert la voie à une coopération nucléaire civile avec l'Arabie Saoudite. Un accord signé le 22 juillet 2026, que le président américain a explicitement conditionné à l'adhésion du royaume aux accords d'Abraham, c'est-à-dire à la reconnaissance d'Israël.

La question du nucléaire iranien toujours pas réglée

Au cœur des principaux leviers pour arriver à un accord de paix, le nucléaire iranien est le point d'orgue des négociations portées par Donald Trump. Alors que le président américain s'était retiré de l'accord sur le nucléaire iranien lors de son premier mandat, celui-ci souhaite désormais que les mollahs remettent tout leur uranium enrichi. Selon les rapports de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique), l'Iran dispose de centaines de kilos d'uranium enrichi (notamment à 60 %), ce qui représenterait théoriquement le matériau nécessaire pour fabriquer plusieurs charges nucléaires si un choix politique d'enrichissement à 90 % était acté.

Malgré des frappes et des tensions militaires régulières impliquant Israël et les États-Unis, les experts estiment que les infrastructures fondamentales et le savoir-faire de Téhéran restent largement intacts. Les négociations internationales et les discussions indirectes entre Washington et Téhéran restent dans l'impasse, ou du moins sujettes à de fortes fluctuations géopolitiques. « L'Iran est-il aussi fort, militairement parlant, qu'avant les premières attaques américaines ? Bien sûr que non. L'Iran est-il aujourd'hui faible ou inoffensif ? Non plus », résume Arman Mahmoudian.

Le fiasco de Trump

Lors de sa première accession à la Maison Blanche, Donald Trump avait annoncé ne plus vouloir « se mêler des affaires mondiales ». Il
voulait renouer avec la traditionnelle politique isolationniste des États-Unis. Dix ans plus tard, la réalité est tout autre : Donald Trump est devenu l'homme du chaos et du désordre mondial. Et cela pourrait lui coûter cher sur le sol national.

Le conflit a montré que la politique de Donald Trump à l'international connaît ses limites. Selon Téhéran, plusieurs navires de guerre
américains auraient dû se retirer temporairement du détroit d'Ormuz après des tirs de missiles iraniens — une affirmation démentie par
l'armée américaine, qui assure n'avoir subi aucun dommage sur ses bâtiments de guerre.

Au mois de novembre prochain, l'enlisement de cette guerre pourrait en tout cas peser sur le parti du président américain lors des élections
de mi-mandat. Ce conflit illustre en creux les limites du rôle de «gendarme du monde » que continuent de revendiquer les États-Unis.

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