Pour la première fois, jusqu'à dix millions d'élèves seront interrogés en novembre à l'école, sur d'éventuelles violences sexuelles subies. Un outil prometteur, selon les associations et syndicats, à condition que les révélations recueillies débouchent sur une protection effective.
Des questions sur les violences sexistes et sexuelles seront ajoutées au questionnaire sur le harcèlement scolaire distribué chaque année aux élèves de la grande section de maternelle à la terminale.
"Dix millions d’élèves seront interrogés sur ce qu’ils ont éventuellement été amenés à subir", a expliqué le ministre de l'Education Edouard Geffray, rappelant que "un enfant sur dix est victime de violences sexuelles en France". Il s'attend à des résultats "sismiques".
Le repérage des enfants victimes de violences sexuelles par un questionnement systématique est une des premières recommandations de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).
"Les agresseurs utilisent des stratégies pour réduire leurs victimes au silence: +tous les papas font cela+, +c'est un secret entre nous+. C'est important que des personnes extérieures à la famille posent la question. Pour un enfant, répondre à une question que pose l'école, c'est normal", observe la Dr Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV) qui gère la ligne d'écoute Violences sexuelles dans l'enfance.
Pour les associations et syndicats de l'éducation, ce questionnaire représente une avancée majeure. "Il va permettre de disposer de données chiffrées chaque année sur l'ampleur des violences sexuelles sur mineur, sur un échantillon inédit", souligne Marceau Beauvois de Face à l'Inceste.
L'association y voit un outil de sensibilisation des enfants, des parents et professionnels et un levier de repérage des victimes.
- Besoin de procédures "claires" -
Reste à définir la façon dont le questionnaire sera formulé et présenté aux élèves, notamment aux petits qui ne savent ni lire ni écrire. Le ministre a suggéré des "smileys" et des "émoticônes".
Les experts soulignent la nécessité de disposer de professionnels formés à l'accueil de la parole de l'enfant, capables d'écouter sans suggérer
Thibaud MORITZ - AFP/Archives
Les experts soulignent la nécessité de disposer de professionnels formés à l'accueil de la parole de l'enfant, capables d'écouter sans suggérer, mais ils demandent aussi des procédures claires pour savoir comment agir et vers qui orienter l'enfant.
"On a l'impression que ce n’est pas préparé. Recueillir la parole d'un enfant de 5 ans c'est une compétence clinique à part entière", souligne Gwenaëlle Durand, secrétaire générale du syndicat d'infirmières scolaires SNIES-Unsa, qui souligne que les infirmiers couvrent parfois une dizaine d'écoles.
"Il faut garantir une mis en oeuvre dans de bonnes conditions, avec une sensibilisation en amont des adultes de confiance formés à l'accueil de la parole de l'enfant et qui puisse signaler ces violences dans le cadre de procédures claires qui permettront de déclencher la protection", abonde Marceau Beauvois.
Le questionnaire sera anonyme mais les élèves pourront laisser leurs noms s’ils souhaitent rencontrer un adulte de confiance.
"Qu'est-ce qu'on fait d'un questionnaire anonyme qui rapporterait des faits graves ? On ne peut pas se dire qu'on ne fait rien", prévient Aurélie Gagnier, du premier syndicat de professeurs des écoles, le Snuipp-FSU, qui pointe un problème "moral et légal".
De nombreuses questions pratiques se posent. Qui va traiter ces questionnaires ? Qui va adresser les signalements à la justice ?
Les réponses apportées dépendront des situations. "Si un enfant évoque un exhibitionniste, on peut en parler en classe. S'il s'agit d'inceste, les professionnels devront procéder à un signalement au procureur", explique la Dr Piet.
Pour les spécialistes, l'enjeu est d'éviter que les enfants se confient sans être ensuite protégés.
"Le risque, s'il n'y a pas rapidement une réflexion sur la suite donnée aux paroles d'élèves, c'est que l'on passe à côté de certains faits", prévient la secrétaire générale du syndicat des enseignants Snes-FSU, Sophie Vénétitay.
Reste la capacité des forces de l'ordre et de la justice à traiter les cas qui leur seront transmis: après l'affaire Lyhanna, une collégienne violée et tuée en juin dans le Gers, le Garde des sceaux Gerald Darmanin a demandé un examen des 85.047 plaintes en cours de traitement pour violences sexuelles sur mineurs.
Cet audit a mis en lumière de nombreuses défaillances: plaintes non transmises à la justice par les forces de l'ordre, enquêtes à l'abandon ou perdues, manque d'effectifs.
Par Catherine FAY-DE-LESTRAC, Julia PAVESI / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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