Hier soir, les États-Unis et l'Iran ont signé le protocole d'accord mettant fin à la guerre déclenchée simultanément par Israël et Washington le 28 février. C'est sous le regard d'Emmanuel Macron, lors du dîner organisé au château de Versailles ce mercredi, que Donald Trump a choisi de parapher le document. À distance, Massoud Pezeshkian signait lui aussi, au même moment, cet accord provisoire en quatorze points. Reste une question : est-ce une victoire ou une capitulation pour Donald Trump ?
La fin immédiate du conflit dans toute la région
Le protocole d'accord de paix prévoit avant tout la fin durable du conflit entre les deux pays. En signant ce protocole, tous les belligérants « déclarent la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban ». De plus, Téhéran et Washington s'engagent « à respecter la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'autre et à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de l'autre ».
La réouverture du détroit d'Ormuz
Du côté du détroit d'Ormuz, l'Iran doit mettre fin au blocage, « assurer la sécurité du passage des navires commerciaux, sans frais », tandis que les États-Unis doivent « lever leur blocus naval et toute perturbation ou entrave visant la République islamique d'Iran ». S'il s'agit d'un protocole provisoire, les deux parties « s'engagent à négocier et à conclure l'accord final dans un délai maximum de 60 jours ».
Pas d'armes nucléaires et 300 milliards de dollars de réparations
Sur le nucléaire, « la République islamique d'Iran réaffirme qu'elle ne se procurera ni ne développera d'armes nucléaires », mais la question de l'uranium enrichi n'est pas encore réglée. Enfin, les États-Unis doivent lever l'ensemble de leurs sanctions envers l'Iran et ont même un devoir de réparation : « les États-Unis s'engagent, avec leurs partenaires régionaux, à élaborer un plan définitif, convenu d'un commun accord, d'un montant d'au moins 300 milliards de dollars » pour reconstruire et développer le pays.
Des milliards dilapidés par Trump
Une guerre. Des milliards engloutis. Des morts. Une crise pétrolière aux dimensions quasi mondiales. Et, au bout de trois mois, un protocole en quatorze points. La question mérite donc d'être posée sans détour : sur lequel de ces points Donald Trump peut-il revendiquer une victoire ? A-t-il seulement atteint l'un de ses objectifs initiaux ?
À lire le texte ligne après ligne, et à le confronter aux ambitions affichées en début de conflit, la réponse est non. Le constat est implacable : c'est un échec.
Deux « victoires » à l'arrière-goût de défaites
Sur le nucléaire, Trump avait fait de l'anéantissement du programme iranien sa priorité absolue. Téhéran affirme certes renoncer à l'arme atomique, mais il l'avait déjà affirmé en 2015, et dix ans plus tard, la question se posait encore dans les mêmes termes. Quant à l'arsenal balistique, qui devait lui aussi être démantelé, difficile de prétendre que la mission est accomplie.
Et sur le détroit d'Ormuz, la réouverture constitue la seule avancée depuis le début du conflit. Mais c'est là une victoire en trompe-l'œil : avant la guerre, aucune pression iranienne ne s'exerçait sur ce passage. En d'autres termes, le président américain a réglé un problème qu'il a lui-même créé.
Un peuple iranien plus réprimé que jamais
Concernant la liberté du peuple iranien que Trump avait promise, il n'en est rien. Malgré la chute de figures majeures du régime - dont l'ayatollah Khamenei -, la République islamique, régime à plusieurs têtes, a su se réorganiser. Les analystes s'accordent aujourd'hui à dire que les dirigeants actuels sont plus radicaux et plus conservateurs qu'avant la guerre. Le peuple que Donald Trump promettait d'émanciper est peut-être, en définitive, plus réprimé qu'il y a trois mois.
Sarcasmes et cote de popularité en chute libre
Pour finir, sur la scène internationale comme nationale, c'est une déroute totale. L'intelligence tactique iranienne et la maîtrise de la communication de Téhéran ont fait du milliardaire la cible des sarcasmes et des moqueries du monde entier. Celui qui bénéficiait d'une base militante solide - la coalition MAGA - en a perdu une part significative. Alors qu’il est à l’origine du mouvement, beaucoup le renie. Plus grave encore, il s'est trahi, lui qui avait construit toute sa campagne sur le rejet de l'Amérique va-t-en-guerre.