Élise Lucet - Pandora Papers : "DSK est emblématique d'une dérive de certains hommes politiques" 

Élise Lucet et Linda Bendali étaient les invitées de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 5 octobre dans "Le 10h - midi". Elles présentent le prochain numéro de Cash investigation : "DSK, enquête sur un homme d'influence", et "Pandora Papers" : une nouvelle enquête sur les paradis fiscaux, 5 ans après les "Panama Papers", à retrouver jeudi 7 octobre sur France 2.

Élise Lucet et Linda Bendali, invitées de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Le prochain numéro de l'émission Cash investigation – "DSK, enquête sur un homme d'influence" sera diffusé jeudi 7 octobre à 21h05 sur France 2. Cette enquête a été réalisée par Linda Bendali, en partenariat avec le consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) qui a publié dimanche 3 octobre une nouvelle enquête d’envergure sur les paradis fiscaux. Cinq ans après les "Panama Papers", les "Pandora Papers" promettent des révélations d’une tout autre ampleur sur les évasions fiscales.

 

Linda Bendali - Pandora Papers : "C'est la face cachée d'un business qui existe depuis 10 ans !"

Pour réaliser cette enquête, l'équipe de Cash investigation s'est plongée pendant des mois dans des millions de documents confidentiels, confiés par une source à l'ICIJ. "À l'origine, on cherche tous les Français dans cette base de données de 12 millions de documents, explique Linda Bendali. C'est une source anonyme qui donne à l'ICIJ cette masse de documents, qui la met à disposition de 600 journalistes dans le monde, qui eux vont y chercher des histoires, des faits qu'ils vont raconter".

"Ce sont des documents d'optimisation fiscale et ce qui est intéressant par rapport aux Pandora Papers, c'est que tout venait d'un cabinet du Panama, alors que là, ça vient de 14 cabinets différents, ajoute Élise Lucet. C'est la première fois qu'on a une géographie assez claire de la manière dont le monde offshore, extrêmement secret, évolue. Depuis les Pandora Papers, il y a eu une véritable action des pouvoirs publics pour faire bouger ces paradis fiscaux, mais on voit que ces zones offshores bougent et arrivent dans de nouvelles régions". "Le travail de Linda est pharaonique, tient à souligner la journaliste. Il faut se plonger dans une masse de documents et si on n'était pas plus de 600, on y arriverait jamais ! Sur les dossiers français, on travaille avec Le Monde et avec Radio France, chacun fait une partie de l'enquête et on partage tout".

"On a trouvé 600 Français dans ces documents, annonce Linda Bendali, dont le tennisman Guy Forget, ou encore l'ancien député européen Aymeric Chauprade. Parmi ces Français, on voit Dominique Strauss-Kahn. Ce qui est intéressant dans ces documents, c'est la face cachée d'un business qui existe depuis 10 ans et qu'on peut enfin mettre en lumière !". "À part ces trois-là, les autres sont des inconnus", précise Élise Lucet.

 

Élise Lucet : "Dominique Strauss-Kahn est emblématique d'une dérive de certains hommes politiques" 

"Dominique Strauss-Kahn est assez emblématique de ce qu'on voit plus globalement dans les Pandora Papers, estime Élise Lucet. Quand on voit Tony Blair, ancien Premier ministre anglais de gauche, le Premier ministre tchèque qui se retrouvent dans les Pandora Papers, on se dit qu'en France, Dominique Strauss-Kahn est emblématique d'une dérive de certains hommes politiques, qui ont bénéficié de ces sociétés offshores et de ces paradis fiscaux, alors qu'ils avaient un tout autre discours politique face aux Français. C'est cette dissonance entre le personnage public, la manière dont il a pu s'exprimer, qui nous a intéressés. Ce qu'on a découvert, c'est que ses actes vont à l'inverse de ses discours".  

Tout cela n'est pas moral mais c'est légal, souligne Valérie Expert. "Ce qui est intéressant, c'est l'impôt sur les sociétés que Dominique Strauss-Kahn aurait dû régler en France pendant ces 5 années-là où il a eu 0% d'impôt sur les sociétés, à l'époque il était domicilié en France", estime Élise Lucet. "La question qui se pose, c'est que tout le carnet d'adresses de Dominique Strauss-Kahn, son réseau, les conseils qu'il vend, il l'a acquis grâce à l'État français. Ne doit-on pas redonner à un moment à la collectivité qui a permis tout ça ?, interroge Linda Bendali, qui reconnaît qu'on se place du point de vue moral et non légal".

Dominique Strauss-Kahn a réagi en dénonçant par un tweet une méchanceté et un mensonge, rappelant qu'il est résident fiscal marocain depuis 2013, qu'il paie ses impôts à hauteur de 23,8% de ses bénéfices. "Toute l'équipe de Cash investigation réfute totalement ces accusations !, affirme Élise Lucet. On fait un travail journalistique factuel, ultra vérifié. Il répond totalement à côté : lui parle d'impôt sur les dividendes, et nous d'impôt sur les sociétés, qui sont deux choses totalement différentes. Quand il parle de ses impôts au Maroc, il accole deux impôts qui sont différents : l'impôt sur les dividendes et celui sur les bénéfices et on ne parle pas des mêmes années : nous parlons des 5 années pendant lesquelles il a bénéficié d'une exonération fiscale en délocalisant son activité. Il y a un brouillage de pistes !"

"On a tout tenté pour lui donner l'occasion de s'exprimer pour l'émission, on comprend mal le tweet", regrette la journaliste.

 

Linda Bendali : "Dominique Strauss-Kahn aime frayer avec les marges, la canaille"

Cette enquête met également en avant les accointances de Dominique Strauss-Kahn avec des dictateurs en Afrique. "C'est surtout l'opportunisme avec lequel il semble fonctionner et la légèreté dans tout ça qui m'ont frappée, confie Linda Bendali. Il aime frayer avec les marges, la canaille, il a des personnalités peu recommandables autour de lui. Cette galaxie de personnages est assez troublante. Il semblerait qu'il n'ait pas beaucoup de scrupules dans ses actions..."

 

 

Cliquez ici pour retrouver l'intégralité de l’interview média en podcast.

Retrouvez l'invité média de Valérie Expert et Gilles Ganzmann du lundi au vendredi à partir de 10h00 sur Sud Radio dans "Le 10h - midi".

Sur quelle fréquence écouter Sud Radio ? Cliquez ici !