Benoit Chaumont - Crise sanitaire : "On aurait peut-être pu être mieux préparés"

À L’occasion des 1 an de l’annonce du confinement par Emmanuel Macron, le journaliste et réalisateur français Benoit Chaumont était l’invité de Valérie Expert et Gilles Ganzmann sur Sud Radio le 16 mars dans "Le 10h - midi". Il présente son documentaire diffusé mardi 16 mars à 20h50 sur France 5 : "Le monde en Face : Covid 19, aux origines d’une crise mondiale".

Le journaliste et réalisateur Benoit Chaumont, invité de Valérie Expert dans "Le 10h - midi" sur Sud Radio.

Benoit Chaumont - Covid-19 : "On n'y croyait pas, il y a eu une sorte de déni. Est-ce de l'arrogance ou de l'optimisme ?"

Le tournage du documentaire "Le monde en Face : Covid 19, aux origines d’une crise mondiale," réalisé par Benoit Chaumont, a démarré il y a un an. "Dans le film on revient sur les 6 premiers mois de cette crise : de décembre 2019 à la levée du confinement, où tout le monde espérait que ce serait derrière nous explique Benoit Chaumont. On commence en décembre 2019, où certains scientifiques reçoivent parmi leurs mails un bulletin d'alerte qui parle d'une pneumopathie étrange. C'est juste une alerte à l'époque, rien de plus".

"C'est assez saisissant de revoir ces images à l'aune de ce que l'on sait aujourd'hui souligne Valérie Expert, de voir comme personne ne le prenait au sérieux au départ". "La Chine c'était très loin et c'est quand même une dictature, qui ne nous a pas donné tous les chiffres dans le détail précise Benoit Chaumont. Ensuite, on a eu du mal à comprendre, les scientifiques les premiers. Au départ on parlait d'une grippette, mais c'était l'état des données scientifiques de l'époque".

Il y a pourtant des signaux, que l'on voit bien dans le documentaire, comme les hôpitaux construits dans l'urgence. "C'est vrai que c'est curieux ! reconnaît le réalisateur. Pourquoi les services de renseignement français ne se sont pas posés de question sur les chiffres par rapport à la construction des hôpitaux de campagne ? s'interroge Benoit Chaumont. Ils auraient pu se demander s'il y avait quelque chose derrière... On n'y croyait pas, il y a eu une sorte de déni estime-t-il. Est-ce de l'arrogance ou de l'optimisme ? C'est vrai que ça n'est jamais arrivé, pour l'instant on n'a jamais eu de grosses épidémies en Occident".

Le film revient également sur les erreurs et contradictions de cette crise, "et les avertissements ajoute le réalisateur. Plusieurs personnalités civiles ont averti, notamment Bill Gates dans une conférence en 2015, où il disait que la prochaine catastrophe mondiale ne serait pas une crise nucléaire mais une pandémie. La science n'est pas son domaine, mais il a lu des rapports qui existent et qui ont été sur la table à l'Élysée des précédents présidents de la République, ça s'appelle des livres blancs."

Le documentaire fait le parallèle avec la grippe espagnole. "C'est saisissant de voir le parallèle entre cette époque et la pandémie d'aujourd'hui explique Benoit Chaumont, comme cette image de cet homme qui refuse de serrer la main alors qu'on est en 1918. Les mêmes gestes barrières, toutes les fermetures comme aujourd'hui. S'enfermer chez soi a toujours été la seule solution pour lutter contre une pandémie". À la question de l'origine exacte du virus, "on ne le sait toujours pas, c'est d'ailleurs pour ça que je ne rentre pas dans les détails".

 

"À chaque fois que je revois ces images de confinement, j'ai la chair de poule !"

De nombreux experts interviennent dans le documentaire, notamment Christine Ockrent et d'autres géopoliticiens reviennent sur cet aspect géopolitique très fort. "On a essayé d'avoir une lecture géopolitique et d'analyser l'impact géopolitique sur la planète confirme Benoit Chaumont. Une mondialisation remise en question, une économie à l'arrêt pendant plusieurs mois, le choc entre la Chine et les États-Unis, le retour des frontières. A priori, le virus vient de la Chine, ils ont essayé de se racheter une image au pic de la crise, avec les masques, en envoyant au monde entier des stocks de masques pour dire 'on est là et on vient vous aider'".

Dans le documentaire, deux témoignages spécialement marquants de correspondants en Italie et en Chine. "Le correspondant chinois de France 2 part le 22 janvier de Pékin explique Benoit Chaumont. Il va couvrir le début d'une épidémie à ce moment-là à Wuhan et il va y rester 4 mois confiné. Les images qu'il ramène sont incroyables et effrayantes. Dès le départ, il y a une lecture géo-politique insiste le réalisateur : c'est arrivé dans une dictature et dans une ville au cœur de la mondialisation et de la globalisation, l'un des plus gros aéroports de Chine, d'où décollaient des centaines d'avions tous les jours pour desservir le monde entier. Potentiellement avec des malades qui atterrissent aux États-Unis, en Europe..."

"Ce documentaire représente deux mois de montage confie le réalisateur. À chaque fois que je revois ces images de confinement, j'ai la chair de poule ! C'est sidérant". On prend conscience que nous avons vécu un événement historique souligne Valérie Expert. "C'est du jamais vu ! concède Benoit Chaumont. On n'était pas en manque de superlatifs dans ce documentaire ! La moitié de l'humanité enfermée chez elle ! Notre espace de vie et de liberté s'est réduit à 4 murs. C'est délicat de refaire le match après, mais on aurait peut-être pu être mieux préparés. La Corée du Sud était par exemple bien mieux préparée que nous rappelle-t-il. Quand le monde se confine, il n'y a que les écoles fermées chez eux en mars, parce qu'ils ont des méthodes ultra-agressives envers le virus, qui n'auraient pas marché chez nous. On a essayé avec l'application "stop covid" et ça n'a pas marché. Là-bas, c'était non seulement "stop covid", mais ils ont en plus recoupé les informations des cartes bancaires, de caméras de vidéo surveillance pour recouper les cas contacts. On a mis un an à mettre en place la technique du tracer dépister isoler, eux ils l'ont mis en place en 3 semaines et ça a tout de suite fonctionné".

 

Les politiques n'ont pas souhaité répondre aux questions dans le documentaire. "On a lancé des invitations à l'ensemble des membres du gouvernement qui étaient concernés. Ils ont tous refusé de participer ! assure Benoit Chaumont. Même Roselyne Bachelot qui, par solidarité gouvernementale, a préféré ne pas nous répondre. Au début, Agnès Buzyn a dit qu'elle était prête à nous parler puis elle a renoncé après avoir eu son avocat, en raison des procès. Il n'y a que Jean-Michel Blanquer qui a accepté de participer".

 

 

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