"Si vous voulez le changement à Paris, cette élection va être serrée. Après 25 ans de gauche, si les voix se dispersent, nous perdrons. J’appelle au vote utile, mais pas un vote utile par défaut : un vote utile pour le changement." Au micro de Sud Radio, Rachida Dati a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
Iran : "Il faut espérer qu’il y ait un changement de régime et que le peuple iranien soit libéré, et surtout que la guerre cesse"
Jean-François Achilli : Nous sommes à 11 jours du premier tour des élections municipales avec une actualité dominée par la guerre en Iran. Est-ce que vous ne craignez pas une forme de démobilisation des électeurs comme ce fut le cas sous la crise Covid lors du précédent scrutin ?
Rachida Dati : "Tout d’abord, je voudrais avoir une pensée pour le peuple iranien qui est quand même mobilisé, qui est quand même sous le joug d’un régime plus qu’oppressif. Donc il faut espérer qu’il y ait un changement de régime et que le peuple iranien soit libéré, et surtout que la guerre cesse. Cette région a toujours été inflammable, enflammée. Donc aujourd’hui, il faut que chacun, au niveau de la communauté internationale, prenne aussi ses responsabilités. D’ailleurs, le discours du président de la République hier a été un discours de responsabilité."
Jean-François Achilli : Emmanuel Macron vous a convaincue ou pas ? Parce que la position de la France est compliquée quand même.
Rachida Dati : "Oui, mais la position de la France et le discours du Président hier ont été unanimement salués, y compris dans la classe politique et y compris chez ses opposants."
Jean-François Achilli : C’est-à-dire ne pas soutenir forcément le principe d’une intervention qui va à l’encontre du droit international, mais ne pas regretter la disparition du dirigeant iranien ?
Rachida Dati : "S’il y a une communauté internationale, c’est qu’il y a un respect des règles et des principes. Il les a rappelés. Il a eu un discours à la hauteur, responsable, comme un chef d’État d’une puissance nucléaire."
Jean-François Achilli : La campagne des municipales, vous pensez qu’elle est menacée par cette actualité internationale ?
Rachida Dati : "Non. Cette actualité internationale n’est pas récente. Sur les deux mandats d’Emmanuel Macron, il y a eu la pandémie mondiale, qui a aussi perturbé la géopolitique, mais aussi l’agression de l’Ukraine. Le contexte international est très instable, très perturbé. Et au contraire, en termes de politique intérieure, cela permet aussi de clarifier des positions, notamment s’agissant de la gauche vis-à-vis de certains régimes."
Jean-François Achilli : Vous évoquez Emmanuel Macron. Est-ce que vous assumez, est-ce que vous êtes fière d’être la candidate soutenue par le président de la République ?
Rachida Dati : "Il l’a dit dans le communiqué quand j’ai quitté le gouvernement. Et puis je le remercie de m’avoir confié le ministère de la Culture. Cela a été pour moi un immense honneur, donc je lui exprime ma reconnaissance."
"Je demande aux Parisiens de me faire confiance, le changement, ils le verront"
Jean-François Achilli : Cela n’a pas empêché des membres de sa famille politique, Gabriel Attal ou Édouard Philippe, de soutenir Pierre-Yves Bournazel, qui est un concurrent direct dans votre camp.
Rachida Dati : "Le président de la République n’est pas le chef d’un clan, il n’est pas chef de parti. Gabriel Attal, nous n’avons pas échappé au fait que ses relations avec le Président sont notoirement dégradées. Ils ont souhaité soutenir un autre candidat."
"Moi, je souhaite changer Paris. La majorité des Parisiens veulent l’alternance. D’ailleurs, je suis en tête du camp du changement et de l’alternance. C’est pour cela que j’appelle les Parisiens à ne pas disperser leurs voix. Cette élection est cruciale et historique. Le mode de scrutin a changé : les Parisiens pourront voter directement pour leur maire. Étude après étude, sondage après sondage, le camp du changement me met en tête. Donc il ne faut pas disperser les voix. Si vous voulez le changement à Paris, cette élection va être serrée. Après 25 ans de gauche, si les voix se dispersent, nous perdrons. J’appelle au vote utile, mais pas un vote utile par défaut : un vote utile pour le changement."
"Je demande aux Parisiens de me faire confiance. Le changement, ils le verront. Je rencontre aussi des Parisiens qui sont résignés après 25 ans de gauche. Ils sont usés d’avoir vu cette ville se dégrader. Je leur dis : ne vous résignez pas, mobilisez-vous, allez voter, faites-moi confiance. Je changerai votre vie et je la changerai en mieux."
Jean-François Achilli : Vous avez l’impression que Gabriel Attal et Édouard Philippe veulent atteindre Emmanuel Macron à travers cette histoire ?
Rachida Dati : "Ils sont censés rassembler, pour la présidentielle notamment, les électeurs de la droite et du centre. Et aujourd’hui, avec la dispersion des voix, ça veut dire qu’ils souhaitent l’élection, la réélection de la gauche. Et cette gauche, je dis toujours, c’est la même équipe en pire."
"Ils ont la gauche radicale sur leur liste : il y a Madame Simonnet, Monsieur Louffok qui est LFI, Madame Castets, Monsieur Sorel qui dit tous les jours que la police tue. On a vu d’ailleurs Monsieur Grégoire soutenir le comité Adama Traoré contre des décisions de justice. Est-ce que c’est ça qu’on peut espérer pour Paris ? Non, il faut que ça change à Paris."
Municipales 2026 : "La Jeune Garde a soutenu Emmanuel Grégoire, il ne s’en est pas dissocié"
Jean-François Achilli : Vous avez vu ce qui s’est passé hier soir ? Le Parti socialiste, bureau national, qui a pris la résolution de ne pas faire d’accord avec LFI au deuxième tour des municipales, le PS qui a officiellement attribué des propos antisémites intolérables à Jean-Luc Mélenchon. Un commentaire ?
Rachida Dati : "Mais Monsieur Grégoire a des LFIstes sur sa liste. Ils ont rompu peut-être avec Monsieur Mélenchon, ils n’ont pas rompu avec les valeurs. Est-ce que Madame Simonnet a été soutenue pour son élection par Monsieur Jeremy Corbyn, qui est un antisémite notoire reconnu ? Madame Simonnet, vous pouvez retrouver aisément sa campagne, a été soutenue par Jeremy Corbyn qui est venu à Paris pour faire sa campagne."
"Monsieur Grégoire est responsable du recrutement des animateurs qui sont dans le périscolaire"
"La Jeune Garde a soutenu Emmanuel Grégoire, il ne s’en est pas dissocié. Lucie Castets est sur les valeurs de LFI. Monsieur Louffok a été candidat LFI à deux reprises. Il y a un candidat dans le 19e arrondissement qui est soutenu par la Jeune Garde."
"Voilà la liste de Monsieur Grégoire. J’invite les Parisiens à regarder cette liste. Effectivement, il y a des antipolice, des antisémites, des racistes sur leur liste. C’est une réalité."
"Nous, nous sommes toujours ciblés pour un oui ou pour un non, mais comme par hasard on considère que eux, c’est le camp du bien. Eh bien non, le camp du bien n’est pas sur cette liste. Et ce n’est pas une bonne politique pour Paris. Par quel miracle changeraient-ils de politique après 25 ans au pouvoir, avec les résultats et le bilan catastrophique à Paris aujourd’hui ?"
"Quand on voit à Paris que, sous la dernière mandature, Monsieur Grégoire est comptable d’un bilan : l’explosion de la délinquance, 218 % d’augmentation du narcotrafic, 60 % des agressions sexuelles, 25 % des atteintes aux biens. Vous avez vu le scandale dans le périscolaire. Dans le périscolaire, ce sont 100 000 enfants. Monsieur Grégoire est responsable du recrutement des animateurs qui sont dans le périscolaire. Ils n’ont pas reçu les familles. Nous ne savons pas le nombre d’enfants qui sont victimes. Nous avons la rentrée scolaire. Il n’y a aucune action majeure qui a été prise pour savoir où on en est du périscolaire. On ne connaît pas le nombre d’animateurs qui ont été suspendus, déplacés, et pourquoi."
Jean-François Achilli : Donc pour vous, Rachida Dati, quand Emmanuel Grégoire dit pas d’accord au deuxième tour avec LFI, pour vous c’est faux ?
Rachida Dati : "C’est déjà fait. Ils sont sur sa liste. Monsieur Brossat était adjoint au Logement. Il y a un scandale dans les HLM de Paris, dans le parc social de Paris. C’est la presse, vos confrères, qui ont révélé ce scandale des détournements d’argent public dans le parc social."
"Moi, j’ai fait tout le parc social parisien. Il est soit dégradé, soit insalubre. On ne respecte pas les gens qui sont dans ce parc social. Donc ils font campagne aujourd’hui en disant : Madame Dati, si elle est élue, va expulser les locataires du parc social. Moi, je dis aux locataires du parc social : avec moi, je vais rénover tous vos appartements. Ils vous ont méprisés et ils ont en plus détourné l’argent qui servait aux travaux du parc social. Voilà la réalité. Voilà le bilan de Monsieur Grégoire aujourd’hui. Et aujourd’hui, cette ville n’a pas été gérée, elle a été mal gérée. Tous les jours nous découvrons un scandale : dans le périscolaire, dans le parc social, sur les notes de frais. Tous les jours des scandales sont révélés."
"Nous, on souhaite quoi ? On souhaite une ville qui soit sûre à 100 %, qui soit propre à 100 %, dans laquelle on circule, dans laquelle on circule en liberté."
"Je le dis aux Parisiens : le changement, ils le verront très rapidement"
Jean-François Achilli : Il faudrait que vous soyez élue pour changer Paris selon vos idées. Le problème c’est Sarah Knafo. Elle a dit récemment : « Je ne suis absolument pas là pour me désister. » Mais elle veut en même temps un accord de second tour pour ne pas faire perdre la droite. Qu’est-ce que vous lui dites ?
Rachida Dati : "Moi, je dis à tous ces électeurs qui souhaitent le changement : une candidature à 10 %, 11 %, si elle se maintient, je le dis aussi avec gravité, nous perdrons. Et vous aurez la gauche, et vous aurez la gauche en pire, avec le bilan qu’on connaît et avec un programme qui est bien pire que celui qu’on a eu pendant 25 ans."
Jean-François Achilli : Donc si elle se maintient, vous perdez. Pourquoi est-ce que vous ne lui lancez pas un appel ce matin directement ?
Rachida Dati : "Moi, écoutez, je lance un appel aux Parisiennes et aux Parisiens. Est-ce que vous voulez le changement, oui ou non ? Est-ce que vous voulez que ça s’arrête, cette dégradation de Paris, ou que ça se poursuive ? C’est soit avec nous, et ça changera, et en mieux : sécurité, propreté, mobilité, une qualité de logement, un périscolaire complètement revu, une école publique restaurée."
Jean-François Achilli : Elle est à 11 points d’intention de vote. Elle mène une bonne campagne quand même ?
Rachida Dati :" Je ne suis pas là pour porter des jugements sur des campagnes. Je suis là pour m’adresser aux Parisiennes et aux Parisiens. Quand vous êtes candidat à la mairie de Paris, c’est un chemin très long. Le projet que nous portons est sérieux, il est crédible. Il est crédible sur le fond, il est crédible financièrement et il est réalisable. Si je suis élue maire de Paris, j’ai des élus expérimentés : Geoffroy Boulard dans le 17e, Philippe Goujon dans le 15e, Jean-Pierre Lecoq dans le 6e, Delphine Bürkli dans le 9e. Nous avons des élus implantés dans tous les arrondissements, des professionnels de la gestion municipale. Si nous sommes élus demain, nous sommes opérationnels immédiatement. Je le dis aux Parisiens : le changement, ils le verront très rapidement."
Pierre-Yves Bournazel "souhaite la réélection de la gauche radicale"
Jean-François Achilli : Pierre-Yves Bournazel était à votre place ici même il y a quelques jours. Il s’en est pris à vous en parlant de la procédure pénale, du procès qui arrive et qui pourrait vous concerner. Il dit : « Ce n’est pas une affaire privée », il parle d’enjeu démocratique. Il dit que vous êtes passible d’inéligibilité.
Rachida Dati : Les mêmes qui se gargarisent des principes pour les autres… Monsieur Édouard Philippe est mis en cause dans une affaire aussi de favoritisme, de prise illégale d’intérêt et d’argent public, ce qui n’est pas mon cas.
"Personne ne connaît cette procédure. Je le dis très franchement aux Parisiens : faites-moi confiance, je suis très sereine. Je ne serai pas empêchée. On m’accable tous les jours, on instrumentalise tout en disant des affaires. Je n’ai pas d’affaires. Votez pour le changement. Je changerai Paris."
Jean-François Achilli : Une question sur Bournazel quand même. Il veut rester jusqu’au bout. Il a dit qu’il ne partira pas.
Rachida Dati : "Il ne veut pas le changement pour Paris. En disant cela, il ne souhaite pas le changement. Il souhaite la réélection de la gauche radicale à Paris. D’ailleurs, après sa déclaration, de nombreux colistiers sur sa liste nous ont appelés dans tous les arrondissements. Ils nous ont appelés en disant : « Nous ne sommes pas d’accord avec cette déclaration et nous souhaitons vous rejoindre. » C’est pour cela que j’appelle les électeurs à voter pour nous dès le premier tour."
Jean-François Achilli : Une dernière question. Les gens me disent : « Elle ne changera rien. » Je parle de ceux qui circulent en voiture et qui n’en peuvent plus des limitations. Je me fais le porte-voix de ce que j’entends. Est-ce que vous allez changer la circulation ?
Rachida Dati : "Les Parisiens, qu’est-ce qu’ils me demandent ? Ils veulent que la ville retrouve de la sécurité. C’est un enjeu majeur. J’ai été magistrate, je sais comment mettre des dispositifs de sécurité sur l’espace public et comment on agit sur la politique pénale pour réduire la criminalité."
"Sur la propreté : 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, je m’y engage. Je tiendrai comme je le fais dans mon arrondissement. Ceux qui habitent le 7e arrondissement le savent : je sais faire."
"Sur la mobilité : c’est la seule ville de France qui n’a pas de plan de circulation. Je ferai un plan de circulation avec des données et des études d’impact. Je ne fermerai pas la rue de Rivoli comme ils l’ont fait. On ferme d’un trait de plume et on dit « on verra comment ça se passe ». Je rétablirai une politique de stationnement. Sur le périphérique, nous rétablirons la vitesse initiale de 70 km/h."
"Nous rétablirons de la mobilité. Le vélo restera évidemment, les voies cyclables seront augmentées. Chacun circulera dans son couloir. Ceux qui ne respecteront pas les règles, que ce soit le vélo ou la voiture, seront sanctionnés. Le grand oublié de la circulation, je vous le dis, c’est le piéton, qui est en danger en permanence. C’est pourtant le premier mode de déplacement."
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